La «guerre» du camembert de Normandie s’installe au Sénat

Dégustation du camembert de Normandie AOP fromage au lait cru de vache sur le stand des appellations laitières au salon de l'agriculture, le 1er mars 2017. [Marc Ollivier/Archives Ouest-France]

Opération camembert au Sénat : une conférence de presse-dégustation était organisée par plusieurs sénateurs normands pour défendre le camembert normand « de Normandie » au lait cru, moulé à la louche. Un article de notre partenaire, Ouest-France.

C’est ce qui s’appelle en faire tout un fromage : deux semaines après une distribution de camemberts au lait cru à l’Assemblée, les sénateurs normands ont à leur tour sorti mardi les « claquos » pour promouvoir cette fois le « véritable camembert de Normandie ».

« Il était temps de donner le prix des pommes, comme on dit en Normandie », a lancé en introduction la sénatrice de l’Orne Nathalie Goulet, à l’initiative de la conférence de presse-dégustation organisée mardi au Sénat.

« Il est important que tout et n’importe quoi ne soit pas dit », a traduit sa collègue du Calvados Sonia de la Provôté.

Dans le viseur des sénateurs normands, le coup médiatique du député MoDem Richard Ramos, élu du Loiret, autrement dit pas tout à fait légitime, laissent-ils entendre, pour prendre la défense du fromage emblématique de la France, au même titre que la baguette.

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Lait cru contre lait pasteurisé

Le sujet de la discorde – ou du « débat intensément républicain », selon les termes du critique gastronomique Périco Legasse, est un accord conclu l’an dernier pour que cesse la guerre entre le camembert normand « de Normandie » (au lait cru, moulé à la louche) protégé par l’Appellation d’origine protégée, et son avatar industriel, « fabriqué en Normandie », au lait pasteurisé.

Conséquence de cet accord, à partir de 2021, la mention « fabriqué en Normandie »disparaîtra, et l’AOP « de Normandie » pourra être au lait pasteurisé. En échange, ses conditions de production sont durcies : il devra comporter au minimum 30 % de lait de vaches normandes nourries majoritairement à l’herbe dans une zone couvrant la Manche, l’Orne, le Calvados et une partie de l’Eure.

Remis en cause par Richard Ramos et la présidente de l’association Fromages de Terroir, Véronique Richez-Lerouge, l’accord a été défendu au Sénat par Patrick Mercier, président de l’organisme de défense et de gestion du camembert de Normandie, comme une « solution »qui permet aux productions artisanales comme aux fabrications industrielles de « trouver leur place ».

« Oui, c’est une concession. On laisse l’AOP ‘de Normandie’ aux industriels », a admis Périco Legasse, mais avec « une compensation énorme », a-t-il assuré : « la création d’une dénomination « véritable Camembert de Normandie » ».

AOP à deux vitesses

La crème du camembert en quelque sorte, est exclusivement au lait cru, avec une production comportant 66 % de vaches normandes, mais aussi l’absence totale d’OGM dans leur alimentation.

« La guerre du camembert est finie », veut croire Patrick Mercier. Mais Véronique Richez-Lerouge, qui a assisté à la conférence de presse, n’a pas désarmé. Selon elle, l’introduction de « deux niveaux de gammes » dans une AOP « va créer une instabilité juridique ». Et de défendre, face au buffet odoriférant agrémenté de bouteilles de jus de pomme, cidre et Calvados, la mise en place d’une Indication géographique protégée, en lieu et place d’une AOP à deux vitesses.

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