La justice française se penche sur les pesticides tueurs d’abeilles

les abeilles, aujourd'hui menacées, pollinisent 84 % des cultures européennes.

Une association de protection de l’environnement a déposé un recours en justice pour faire interdire le sulfoxaflor, un pesticide passé entre les mailles de l’interdiction des néonicotinoïdes.

Justice pour les abeilles. Deux recours ont été déposés le 27 octobre devant le juge administratif par l’association Générations futures, afin d’empêcher la mise sur le marché français de pesticides à base de sulfoxaflor, une molécule toxique pour les abeilles.

La production de miel espagnol chute et les abeilles continuent de disparaître

Alors que le ministre espagnol de l’Agriculture annonce une chute de la production de miel, le déclin des abeilles, qui pollinisent entre 5% et 8% de la production alimentaire mondiale, constitue une menace sérieuse pour la chaîne alimentaire. Un article de notre partenaire, EFEagro.

Ces recours font suite à un avis de l’agence nationale de sécurité sanitaire (ANSES) rendu le 26 juin dernier qui autorise la mise en circulation de Closer et de Transform, deux pesticides à base de sulfoxaflor.

Un premier recours, déposé en référé, vise à suspendre en urgence la mise sur le marché du sulfoxaflor. Si elle est décidée, cette suspension sera provisoire, jusqu’à la décision sur le fond du juge administratif.

Un dérivé de néonicotinoïde

Le sulfoxaflor est une molécule qui agit sur le système nerveux des insectes pour les tuer. Si, d’un point de vue chimique, le sulfoxaflor n’est pas un « néonicotinoïde », son mode d’action est pourtant similaire à ces types de pesticides.

La formule chimique du sulfoxaflor lui permet d’échapper au cadre de la « loi pour la reconquête de la biodiversité ». En vigueur depuis le 8 août 2016, cette loi interdit la commercialisation de pesticides à  base de néonicotinoïdes à compter du 1er septembre 2018.

Un risque pour les abeilles

L’agence européenne de sécurité des aliments (EFSA) avait, dans un rapport rendu en mai 2014, pointé les « risques pour les abeilles » que présentait le sulfoxaflor. Cet avis n’avait pas empêché l’Union européenne d’autoriser la commercialisation du pesticide en 2015.

Trois quarts du miel mondial contaminé aux néonicotinoïdes

Des traces de pesticides néonicotinoïdes ont été trouvées dans trois quarts de la production mondiale de miel, révèle une étude publiée ce 6 octobre dans la revue Science. Un article du JDLE.

« La sûreté de ces deux  produits pour les abeilles et les pollinisateurs n’est donc pas établie et ils doivent en conséquence être immédiatement retirés du marché », estime François Veillerette, directeur de Générations futures, qui appelle le gouvernement à « s’opposer clairement à l’homologation de tout pesticide contenant une substance de la famille des néonicotinoïdes ».

Dans une tribune, parue le 24 octobre dans le journal Le Monde, trois élus, dont Delphine Batho, ancienne ministre socialiste de l’écologie, militent pour l’interdiction de la substance.

Les signataires rappellent que, selon une étude publiée en octobre 2017 dans la revue Plos One, en trente ans, 75% des insectes volants ont disparu en Allemagne. Les entomologistes allemands qui ont mené les recherches pointent les insecticides comme cause principale du déclin de la population.