Le ministre letton de l’Agriculture Armands Krauze, a réitéré sa demande auprès de la Commission européenne et des Vingt-Sept d’agir « concrètement et sans délai » pour interdire les importations de céréales russes qui affluent dans le pays balte.
« Nous pouvons nous-mêmes fournir à notre population les meilleurs produits alimentaires au monde ; les importations en provenance de Russie devraient être interdites », a déclaré Armands Krauze, ministre letton de l’Agriculture en arrivant au Conseil « Agriculture et pêche » de l’UE ce mardi 23 janvier.
Suite à l’invasion de l’Ukraine en février 2022, l’UE a imposé des sanctions économiques à la Russie, en imposant des restrictions à l’importation des produits de l’UE et à l’exportation de ses produits en Europe, comme le pétrole brut, les produits de la mer ou les diamants.
Toutefois, les produits alimentaires en sont exclus, « afin de ne pas nuire à la population russe », précise la Commission européenne. C’est le cas des céréales dont la Russie est un des principaux exportateurs mondiaux. De même que les produits russes en transit vers les pays tiers sont également autorisés à passer par l’UE.
Ainsi, du fait d’une importante capacité de stockage des grains et de bonnes infrastructures portuaires, la Lettonie et les pays baltes sont devenus une plaque tournante des céréales ukrainiennes — depuis le blocage de la mer Noire — et russes.
Ces dernières années, les récoltes russes ont été exceptionnellement bonnes. Ainsi, selon la Commission européenne, 360 000 tonnes de céréales russes et 370 000 tonnes d’oléagineux ont franchi la frontière lettone en 2023, contre 102 000 et 80 000 respectivement en 2022.
« L’année dernière, on a observé un afflux de céréales russes bon marché en Lettonie, ce qui, dans une concurrence déloyale, éloigne les entreprises lettones et d’autres pays de l’UE de la logistique, des ports, de nos propres marchés et de ceux d’exportation », déplore le ministère de l’Agriculture letton.
Même si une partie de ces produits rejoignent ensuite les autres pays de l’UE, « il y a un problème local en Lettonie, qu’on retrouve en Lituanie mais dans une moindre ampleur », a reconnu le commissaire européen à l’Agriculture, Janusz Wojciechowski, lors de la conférence de presse.
D’après le média letton LSM, l’Italie serait le premier importateur de céréales russe en Europe, et la Lettonie le deuxième.
Soutien à l’Ukraine
Face à cet afflux, le ministre letton a demandé à l’UE et les Vingt-Sept de mettre fin aux importations de produits alimentaires russes, tout particulièrement ceux qui sont destinés au marché de l’UE.
Un appel qui avait déjà été formulé lors des derniers Conseil « Agricuture et pêche », le 3 octobre et le 11 décembre 2023.
« J’appelle à des sanctions sur l’importation de produits alimentaires et agricoles russes dans l’UE. J’invite également les collègues de tous les États membres à discuter avec leurs gouvernements et leurs Premiers ministres, car la décision d’imposer des sanctions au sein de l’UE peut être prise par les chefs d’État au plus haut niveau », a-t-il réitéré le 23 janvier.
Le ministre Armands Krauze a tenu à rappeler qu’en 2014, suite à l’annexion de la Crimée par la Russie, cette dernière avait répondu aux sanctions de l’UE par un embargo strict sur les produits alimentaires. Selon lui, en se montrant plus souple que son ennemi, l’UE soutient indirectement « l’économie et l’industrie de guerre de ce pays agresseur ».
Le Commissaire Janusz Wojciechowski a affirmé qu’il « comprenait ce problème ». Il s’est engagé à « analyser la situation » et envisage « des instruments potentiels afin de restreindre ces importations ».
Le président letton a par ailleurs réaffirmé son soutien à l’Ukraine — une « priorité » — et insiste pour que l’UE puisse « le plus tôt possible » faciliter les échanges de céréales ukrainiennes via les Pays baltes, comme cela avait été proposé cet été, afin de trouver des itinéraires d’exportation alternatifs suite au blocage de la mer Noire par la Russie.
Il précise tout de même qu’il faut trouver une solution de « long terme » pour les importations ukrainiennes, afin de « protéger les producteurs de l’UE », en particulier des États voisins de l’Ukraine — Pologne, Hongrie, Roumanie, Bulgarie et Slovaquie.
« Par exemple en assimilant les différentes normes de production de l’Ukraine aux exigences de l’UE « , a préconisé Armands Krauze.


