« La nouvelle PAC doit prendre en compte l’impact environnemental des fermes »

Les agriculteurs s'inquiètent de la nouvelle PAC. [De Svend77/Shutterstock]

Cet article fait partie de l'édition spéciale Agriculture européenne : où sont les femmes ?.

L’agriculture polonaise est surtout constituée de petites exploitations. Une agricultrice bio livre ses attentes vis-à-vis de la nouvelle PAC à Euractiv Pologne.

La Pologne compte principalement de petites fermes. Des données de l’Office central des statistiques révèlent qu’un agriculteur polonais dispose en moyenne de 2 à 5 hectares de terrain. Les propriétaires terriens polonais sont généralement des hommes de 45 ans, le nombre de jeunes agriculteurs étant en forte chute. Les femmes sont également représentées. Selon des données de 2016, le pays compterait plus de 30 000 agricultrices âgées entre 25 et 34 ans.

Monika Styczek-Kuryluk tient une exploitation bio avec son mari dans le village de Holeszów, situé dans la province de Lublin.

Vous n’avez pas grandi à la campagne, et c’est seulement à l’âge adulte que vous avez décidé de vous lancer dans une activité agricole. Votre mari a lui grandi dans une ferme et vous avez décidé de reprendre cette ferme avec lui. Comment évaluez-vous ce choix de vie professionnelle avec du recul ?

C’était plus un choix de cœur qu’une décision rationnelle, mais mon intuition ne m’a pas déçue. Aujourd’hui, après six années à travailler à la campagne et vivre de la terre, je n’ai aucun doute sur le fait que c’était la bonne décision. Ma vie professionnelle est comblée, pleine de défis et de satisfaction. Le dur travail à la ferme est une ligne directrice de la vie que je veux mener et de ce que je veux apporter à nos clients : de la nourriture de très haute qualité avec un goût unique.

Quels sont les principaux défis non agricoles quand on habite à la campagne ?

Il y a trois questions à se poser : comment mettre fin à l’exode rural, comment préserver le paysage agricole et comment préserver la biodiversité ?

Dans quelle mesure est-il judicieux de travailler au développement de nouvelles infrastructures et de nouveaux emplois non agricoles en zones rurales ?

Je pense que de telles initiatives doivent être mises en place de manière équilibrée, afin de ne pas éloigner les agriculteurs de leur métier. Les activités non agricoles ne doivent pas perturber le caractère du village.

Quel est l’impact de la Politique agricole commune (PAC) actuelle sur la situation des agriculteurs polonais ?

La PAC a ses avantages et ses inconvénients. Ses avantages incluent : l’ouverture des frontières pour la libre circulation des biens et des services au sein de l’UE, les subventions versées, le système de compensation en cas de catastrophe naturelle, l’obligation de labéliser les aliments (qui a un impact sur la qualité de la nourriture), l’amélioration de la production végétale et enfin, l’augmentation du niveau de vie des agriculteurs.

Mais elle a aussi des inconvénients : une bureaucratie étouffante, aucune restriction géographique pour les subventions utiles, un manque d’infrastructures pratiques  pour la transformation des produits agricoles, des règles sanitaires empêchant la transformation de produits dans les fermes, le manque de protection du marché commun contre l’afflux de marchandises à bas prix issues des pays tiers (principalement d’Ukraine et de Chine), les régulations artificielles de la production, le système de subvention par hectare (qui ne soutient pas assez les fermes de l’agriculture biologique), la concentration progressive des terres, les différences de taux de subventions entre les pays, un déclin marqué de la biodiversité, le financement de l’élevage industriel et les aides insuffisantes à l’agriculture biologique.

Qu’attendez-vous de la nouvelle PAC ?

J’espère par-dessus tout que les subventions seront octroyées en fonction de l’impact environnemental et la définition de plafonds sur les surfaces.

Il faudrait également qu’elle protège mieux les agriculteurs européens contre l’afflux de marchandises bon marché venant des pays tiers et instaure des marchés publics pour les aliments biologiques locaux, des bonus pour les agriculteurs et éleveurs utilisant des méthodes durables et facilite la transformation des aliments dans les fermes.

Enfin, il est essentiel qu’elle soutienne la vente directe des produits agricoles, qu’elle accorde des bonus aux exploitations qui participent activement au système d’éducation à l’agriculture biologique et qu’elle promeuve les produits issus de l’agriculture biologique dans les écoles.

La PAC doit-elle inclure un traitement spécial pour les jeunes agriculteurs ?

 Je pense qu’elle pourrait leur faciliter l’achat ou la location de terres, et leur assurer un système de conseil efficace (juridique, comptabilité, marketing, etc.) avec des professionnels formés.

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