La protection des revenus agricoles débattue à l’Assemblée nationale

Climat, environnement, souveraineté alimentaire : l’agriculture doit répondre à de nombreux défis. Or, « nos agriculteurs ne demandent rien d’autre que de pouvoir vivre de leur travail », selon Grégory Besson-Moreau. [VAKS-Stock Agency/Shutterstock]

La rémunération des agriculteurs fait son entrée à l’Assemblée nationale qui doit discuter ce jeudi (24 juin) d’une proposition de loi de Grégory Besson-Moreau. Son but : rééquilibrer les relations commerciales et mettre fin à la « guerre des prix ».

« Chaque jour, un agriculteur de notre pays se suicide. Cette situation est intolérable et la première cause est connue : la faiblesse de leur rémunération. » C’est sur la base de ce constat accablant que le député français Grégory Besson-Moreau (LREM) et nombre de ses collègues ont présenté une proposition de loi visant à protéger la rémunération des agriculteurs en mai dernier.

Proposition qui sera discutée à l’Assemblée nationale ce jeudi 24 juin, quelques jours seulement après l’approbation d’un autre texte, visant, lui, une hausse des retraites agricoles et qui sera prochainement débattu au Sénat.

Une juste rémunération des agriculteurs est également l’un des sujets au cœur des négociations de la future Politique agricole commune (PAC) de l’Union européenne : la transition écologique du monde agricole que la future PAC doit appuyer ne pourra pas réussir sans agriculteurs. Alors que la filière souffre de bas revenus et d’un manque d’attractivité pour les jeunes générations, la revalorisation du métier d’agriculteur est un enjeu de taille.

Améliorer les conditions de vie des agriculteurs, « une urgence et une nécessité »

Toutefois, cette année encore, une « guerre des prix » aura opposé les producteurs et la grande distribution lors des négociations commerciales annuelles (à l’occasion desquelles sont fixés les prix des produits agroalimentaires). Plusieurs syndicats déploraient un rapport de force inégal qui, selon eux, « appauvrit toute la chaîne » de production agroalimentaire, année après année.

Face à ce problème, la proposition de M. Besson-Moreau vise donc à « rééquilibrer les relations commerciales entre les différents maillons de la chaine alimentaire et agro-alimentaire » et de « mettre plus d’authenticité dans la définition d’un prix juste et éthique entre le monde agricole, l’industrie agro-alimentaire et les acteurs de la grande distribution ».

Améliorer les conditions de vie des agriculteurs serait « une urgence, une exigence et une nécessité », selon le texte : alors que l’agriculture doit répondre aux nombreux défis – économiques, sociaux, écologiques – du temps, « nos agriculteurs ne demandent rien d’autre que de pouvoir vivre de leur travail ». Et si les produits agroalimentaires doivent rester accessibles pour tous les consommateurs, cette accessibilité par le prix « ne doit pas être destructrice de valeur », soutient M. Besson-Moreau.

La "guerre des prix" entre producteurs et grande distribution se poursuit

Les négociations annuelles entre la grande distribution et ses fournisseurs ont officiellement pris fin hier (1er mars). Mais la « guerre des prix » qui aura encore une fois attisée les tensions cette année est loin d’être terminée.

Mettre fin à la « guerre des prix »

Bien que « de nombreux défis agricoles se règleront à l’échelle européenne », la PAC « ne sera pas là pour financer la guerre des prix », poursuit le député dans sa proposition de loi. Celle-ci prévoit donc, tout d’abord, une sortie des négociations commerciales annuelles au profit de contrats pluriannuels.

Point fondamental, le coût d’achat des matières premières agricoles doit devenir non négociable. De nombreux syndicats agricoles avaient en effet déploré que la grande distribution ne tenait pas compte de l’augmentation de ces coûts, au détriment des agriculteurs.

La proposition de loi prévoit en outre la création d’un comité de règlement des différends commerciaux agricoles. Elle précise également que « par principe, l’indication du pays d’origine est obligatoire ». Enfin, le texte prévoit que « toute publicité hors magasin sur les opérations de dégagement [soit de la promotion pour écouler une surproduction de produits alimentaire, ndlr] est soumise à autorisation de l’autorité administrative, après avis de l’interprofession concernée ».

« Le monde agricole a déjà trop attendu »

Saluée comme un « texte important » par les principaux syndicats agricoles français, la FNSEA et les Jeunes Agriculteurs, la proposition de loi « s’inscrit dans les attentes répétées de la profession ». Les deux organismes regrettent toutefois que les indicateurs de coûts de production soient absents du texte et promettent de faire des propositions pour leur prise en compte : ce serait « la condition essentielle pour construire un prix « marche avant » qui couvre les coûts de production pour les agriculteurs ».

En vue de son passage au Parlement français, les syndicats appellent en outre à un examen du texte « à la hauteur de l’enjeu pour la profession » et un consensus rapide. « Le monde agricole a déjà trop attendu », déclarent-ils, et « il ne doit plus y avoir aucune excuse au retour de valeur dans les cours de ferme ».

Avenir de la PAC : le soutien au revenu agricole, entre "besoin réel" et "statu quo" dépassé

Les négociations sur la future PAC doivent se conclure la semaine prochaine. Alors que l’introduction d’éco-régimes aura sans doute un impact important sur les revenus agricoles, la question de la redistribution des aides continue à faire débat en France.

Supporter

Measure co-financed by the European Union

Le contenu du présent rapport ou de la présente publication reflète uniquement la position de l'auteur et relève de sa seule responsabilité. La Commission européenne n’assume aucune responsabilité quant à l’usage qui pourrait être fait des informations qu’il/qu’elle contient.

From Twitter

Subscribe to our newsletters

Subscribe