La réforme agricole doit être au cœur de la politique climatique

Les mesures visant à numériser l'agriculture pourraient mener à un endettement massif et intenable des agriculteurs. [Shutterstock]

Le rapport spécial du Giec sur le changement climatique et les sols montre, en particulier, l’urgence à réformer les systèmes agricoles pour réduire la dégradation des terres et les rendre plus résilientes. Un article de notre partenaire le Journal de l’Environnement.

Le pied sur le frein. Logiquement, les associations de défense de l’environnement recommandent aux gouvernements, et en particulier des États les plus riches, de réduire leurs émissions de gaz à effet de serre. « La révision des contributions nationales volontaires prises dans le cadre de l’Accord de Paris est une bonne opportunité pour revoir à la hausse le potentiel climatique des sols d’ici à 2020 », affime Doreen Stabinsky, professeure de politique de l’environnement à l’Atlantic College (Maine, Etats-Unis). Une révision prévue par l’accord trouvé à Katowice lors de la COP 24.

Cet engagement sur le papier ne suffira pas. Dans sa contribution nationale, le Brésil assurait, en 2015, qu’il allait restaurer 12 millions d’hectares de forêts d’ici à 2030. Selon le dernier bilan publié par l’institut brésilien d’études géographiques, la déforestation s’est au contraire accrue de 13,7 % entre août 2017 et juillet 2018. Soit 790 000 hectares de forêt amazonienne perdus en un an seulement.

Pourtant, cinq défis doivent bel et bien être relevés, selon les auteurs de ce rapport spécial : l’adaptation et l’atténuation du changement climatique (en particulier l’arrêt de la déforestation, l’afforestation et la reforestation), la lutte contre la désertification, l’inversion de la dégradation des terres et l’amélioration de la sécurité alimentaire.

Cibler les activités agricoles et d’élevage

«En plus de stopper la déforestation et de restaurer des forêts, il est nécessaire de transformer notre système alimentaire», note Doreen Stabinsky. Le système alimentaire représente à lui seul environ 25 à 30 % des émissions mondiales (pratiques agricoles, changement d’affectation des sols, stockage, transport, emballage, transformation, vente au détail, consommation et gaspillage) selon le Giec. Les activités agricoles et d’élevage représentent à elles seules un potentiel d’atténuation compris entre 1,5 et 4 milliards de tonnes éq. CO2 (Gtéq.CO2) par an d’ici à 2030.

Autre piste : les changements alimentaires offrent un potentiel de réduction des émissions estimé entre 1,8 et 3,4 Gtéq.CO2 par an d’ici à 2050. A condition qu’ils s’appuient sur les légumineuses, fruits et légumes, noix et graines.

Réduire le gaspillage alimentaire est une autre priorité. Il implique de développer et d’améliorer la chaine du froid dans les pays en développement et plus globalement de développer le stockage à la ferme et les emballages pour réduire les pertes.

Climat et foncier ensemble

Les conflits d’usage ne vont pas manquer de se multiplier sur le terrain : changements de pratiques agricoles ou agrocarburants à large échelle ? Autant d’hypothèses qui nécessitent l’élaboration d’une politique nationale spécifique visant l’usage des sols. Et le climat. « Des politiques cohérentes en matière climatique et foncière ont le pouvoir d’économiser des ressources et d’amplifier la résilience sociale et la restauration écologique », résument les auteurs.

Une réforme agricole urgente

Chaque euro investi dans une gestion durable des terres rapporte 3 à 6 fois plus à la collectivité en services rendus par les écosystèmes. À l’inverse, un report des actions d’atténuation et d’adaptation ne fera qu’augmenter la facture et accroître les risques pour la biodiversité et la sécurité alimentaire. « Ce rapport du Giec doit permettre à nos décideurs politiques de comprendre l’urgence à réformer notre système de production agricole pour assurer la sécurité alimentaire des années à venir », conclut Laurence Tubiana, directrice générale de la Fondation européenne pour le climat.

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