La révolution agricole, condition sine qua non pour atteindre la neutralité carbone

L'agriculture française doit sortir de la monoculture pour répondre au défi climatique.

La France, comme d’autres États européens, s’est fixé comme objectif d’atteindre la neutralité carbone dès 2050. Un changement qui ne se fera pas sans une modification des modes de production agricole.

« L’agriculture est responsable de 19 % des émissions de GES et contribue à 2 % du PIB seulement », détaille Christian Huyghe, directeur scientifique agriculture de l’Institut national de la recherche agronomique (Inra).

Avec d’autres acteurs du secteur, il était invité à débattre le 22 novembre sur la neutralité carbone, lors d’un colloque organisé par I4CE, un think tank sur la transition écologique, à Paris.

Dans la foulée des Accords de Paris de 2015, la France s’est engagée à atteindre la neutralité carbone en 2050. S’il ne suffira pas en soi à contenir la hausse des températures du globe sous les +2°C, l’objectif est essentiel à la démarche.

Dix pays européens exigent zéro émission d'ici 2050

Les ministres de dix États européens ont demandé à la Commission de mettre en place une stratégie « crédible et détaillée » pour une Europe zéro émission d’ici 2050.

« Sortir de la simplicité »

Le secteur agricole est donc logiquement mis à contribution, et devra entamer une nouvelle révolution de ses modes de production mis en place après 1945. « L’objectif était alors la sécurité alimentaire, puisque la moitié de l’approvisionnement dépendait du plan Marshall ou des colonies. L’agriculture y a répondu à l’époque en créant des processus simples, des parcelles monoculture de blé ou autres », poursuit le scientifique de l’Inra. Aujourd’hui, le modèle est arrivé à bout de souffle.

Des pistes pour développer la bioéconomie

Pour aider à s’affranchir des énergies fossiles, l’UE veut faire plus d’efforts dans le développement de la bioéconomie. Bon élève, la France peut toutefois progresser en mettant l’agriculteur au cœur du processus.

L’appauvrissement des sols est un sujet d’inquiétude mondial et visible partout. « Il faut sortir de la simplicité et recréer des logiques complexes. Un champ ne doit pas être réservé à une seule culture », appuie-t-il. Certains agriculteurs ont déjà enclenché le mouvement, comme la coopérative Qualisol dans le Tarn-et-Garonne, qui allie cultures du blé et de lentilles dans une même parcelle.

Stratégie pour la transition écologique bientôt dévoilée

Pour encourager cette nouvelle vision de l’agriculture et « rendre simple le complexe », des adaptations sont nécessaires. « Le ministère devrait annoncer la création d’un label « bas-carbone » dans les prochains jours. Il pourrait servir à calibrer un certain nombre d’aides en vue de la réforme de la PAC », plaide Benoît Leguet, directeur d’I4CE.

Démission de Hulot: quel impact sur la transition écologique française?

La démission du ministre de la Transition écologique est-elle une bonne ou une mauvaise nouvelle pour l’écologie ? Réponse dans la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) et la stratégie nationale bas-carbone (SNBC) qui devraient être publiées d’ici à la fin de l’année avec notre partenaire, La Tribune.

Le gouvernement doit dévoiler ses nouvelles Programmation pluriannuelle de l’énergie et Stratégie nationale bas-carbone (qui pourraient se fondre en une seule « stratégie climat » ) avant la fin du mois. Ces deux composantes sont des clés essentielles pour que la France se mette en condition d’atteindre ses objectifs de décarbonisation de l’économie. Quand elles sont suivies d’effet. Plusieurs secteurs industriels, dont l’agriculture, sont hors des clous et ne remplissent pas les objectifs fixés.

« Il y a 32 milliards par an d’investissement dans le bas-carbone en France, explique le directeur d’I4CE. Il faudrait le double pour atteindre les objectifs de l’accord de Paris. »

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