La sécurité alimentaire à nouveau au menu des dirigeants européens, avec une dimension mondiale

L’UE et les États-Unis, qui sont déjà deux des principaux donateurs d’aide alimentaire et nutritionnelle humanitaire dans le monde, se sont engagés à redoubler leurs efforts conjoints pour accroître la sécurité alimentaire mondiale. [EC/LICOPPE]

Avec leurs promesses et leurs initiatives mondiales à mettre en œuvre dans les prochaines années, les sommets de l’OTAN et du Conseil européen de la semaine passée ont marqué le retour de la production alimentaire comme outil d’aide humanitaire et de stabilisation géopolitique.

Bien qu’il ne s’agisse peut-être pas de sujets que l’on s’attendrait normalement à voir au menu d’un sommet européen, l’agriculture et l’alimentation ont acquis un statut de plus en plus stratégique dans l’Union européenne depuis le début de la guerre en Ukraine.

« L’Ukraine et la Russie représentent ensemble un tiers des exportations mondiales de blé. Nous devons donc éviter une crise alimentaire mondiale et nous devons agir maintenant », a déclaré la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen lors d’une conférence de presse organisée à l’issue du Conseil européen des 24 et 25 mars.

Elle a annoncé que les États membres de l’UE allaient débloquer 4,5 milliards d’euros jusqu’en 2024 pour aider les régions les plus touchées par l’insécurité alimentaire, ainsi que des mesures de soutien à l’agriculture en Ukraine.

Les dirigeants européens ont également invité la Commission, en coordination avec les partenaires internationaux, à donner la priorité aux travaux relatifs à la sécurité alimentaire dans le monde et à l’accessibilité financière aux denrées alimentaires.

« Ces travaux multilatéraux devraient garantir le fonctionnement efficace des marchés et encourager la production locale afin de réduire le risque d’insécurité alimentaire. L’intégrité des chaînes d’approvisionnement alimentaire devrait être préservée », peut-on lire dans les conclusions du sommet.

Ce regain d’intérêt est actuellement davantage axé sur les aspects liés à la disponibilité des denrées alimentaires au niveau mondial que sur la réduction des prix des denrées alimentaires dans l’UE, l’inflation record de ces dernières n’ayant pas encore atteint les consommateurs européens.

Toutefois, les récents achats conjoints de gaz et l’initiative révolutionnaire NextGenerationEU visant à soutenir la reprise économique post-Covid montrent que si l’accès aux denrées alimentaires est rendu plus difficile, il est possible d’apporter une réponse commune pour faire face à la hausse des prix.

En marge du sommet européen, un diplomate européen a confié à EURACTIV que l’éventail des investissements qui pourraient être financés par un effort commun s’est considérablement élargi en prévision de crises futures.

Les négociations américaines et l’initiative française FARM

La hausse des prix et les perturbations de l’approvisionnement alimentaire résultant de la guerre en Ukraine ont été abordées lors de la rencontre entre la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen et le président américain Joe Biden.

« Nous sommes profondément préoccupés par la façon dont la guerre de [Vladimir] Poutine en Ukraine a provoqué des perturbations majeures dans les chaînes d’approvisionnement alimentaires et agricoles internationales et par la menace qu’elle représente pour la sécurité alimentaire dans le monde », ont-ils fait savoir dans une déclaration conjointe publiée après la réunion.

L’UE et les États-Unis, qui sont déjà deux des principaux donateurs d’aide alimentaire et nutritionnelle humanitaire dans le monde, se sont engagés à redoubler leurs efforts conjoints pour accroître la sécurité alimentaire mondiale et fournir une aide alimentaire directe à leurs partenaires dans le monde entier lorsque cela est nécessaire.

Ce nouveau partenariat entre les alliés atlantiques intervient à la suite de tensions entre la Commission européenne et l’administration américaine causées par les implications plus larges de la pression exercée par l’UE sur la durabilité dans l’agriculture.

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Les États-Unis fourniront plus de 11 milliards de dollars (soit 10 milliards d’euros) au cours des cinq prochaines années pour faire face aux menaces pesant sur la sécurité alimentaire et la nutrition dans le monde, tandis que l’UE s’engage à consacrer au moins 2,5 milliards d’euros à la coopération internationale en matière de nutrition pour la période 2021-2024.

Le président français Emmanuel Macron a annoncé une nouvelle initiative de solidarité pour atténuer la crise alimentaire à venir lors d’une conférence de presse après le sommet de l’OTAN jeudi (24 mars) et après des entretiens avec le président de l’Union africaine (UA), Macky Sall.

Il a déclaré que cette initiative, baptisée FARM (Food & Agriculture Resilience Mission), sera similaire au dispositif pour accélérer l’accès aux outils de lutte contre la Covid-19 (Accélérateur ACT) de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) qui a été mis en place en réponse à la crise de la Covid-19.

M. Macron a présenté les deux piliers de l’initiative FARM. Tout d’abord, il s’agira d’élaborer un plan de stockage d’urgence en cas de crise, d’obtenir un engagement multilatéral et un suivi transparent des entraves au commerce des produits agricoles.

Ensuite, il s’agira d’augmenter temporairement les objectifs de production, de mettre en place un mécanisme de répartition des volumes et d’accroître les investissements dans les chaînes de production durables.

Nous devons « prendre nos responsabilités pour produire plus », a déclaré M. Macron, insistant sur le fait que cela se fera « dans le respect de nos normes et de nos règles ».

Les dirigeants de l’UE ont donné leur feu vert à FARM dans un ajout de dernière minute au chapitre agroalimentaire de la conclusion du Conseil européen, qui stipule que le soutien à la sécurité alimentaire et à l’agriculture en Ukraine et dans les pays tiers les plus exposés sera l’objectif principal de l’initiative.

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Le petit nouveau

Le Premier ministre italien, Mario Draghi, a également sauté dans le train de la sécurité alimentaire, soulignant que la sécurisation de l’approvisionnement alimentaire de l’UE est devenue cruciale dans le contexte actuel.

« Au sommet de l’OTAN, la sécurité énergétique et la sécurité alimentaire ont été discutées, et dans les deux cas, la réponse a été : la diversification », a-t-il expliqué à la presse avant le sommet européen.

L’importance nouvelle du secteur a été soulignée cette semaine par le commissaire européen à l’Agriculture, Janusz Wojciechowski, qui l’a placé au même niveau que celui de l’énergie.

« L’agriculture est devenue une politique de sécurité cruciale », a affirmé le commissaire européen, en prévenant que « la Russie s’est retirée du circuit international et cela a des conséquences que nous devons garder à l’esprit ».

Cette reconnaissance croissante du secteur se reflète dans les dernières conclusions du Conseil européen, où les dirigeants européens ont souligné la nécessité de donner la priorité aux travaux sur la sécurité alimentaire mondiale et l’accessibilité financière, notamment en soutenant la sécurité alimentaire et l’agriculture en Ukraine et dans les pays tiers les plus vulnérables et les plus exposés.

Les dirigeants de l’UE ont invité la Commission européenne à faire avancer les travaux relatifs à sa communication sur la hausse des prix des denrées alimentaires et la sécurité alimentaire mondiale. La communication, publiée mercredi (23 mars), présente des mesures à court terme visant à préserver la sécurité alimentaire mondiale et à soutenir les agriculteurs et les consommateurs du bloc communautaire.

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