La souveraineté alimentaire, enjeu de taille pour l’avenir de la « ferme France »

Préoccupation majeure depuis que la crise sanitaire a dévoilé les fragilités du système agroalimentaire, la souveraineté alimentaire est un sujet particulièrement important en France, première puissance agricole au sein de l’Union européenne et sixième exportateur mondial de produits alimentaires. [MisterStock/Shutterstock]

« Sortir des dépendances » et créer un « nouveau contrat social » avec le monde agricole : lors du Grand rendez-vous de la souveraineté alimentaire qui s’est tenu en ligne ce mardi (18 mai), représentants de la filière et politiques sont revenus sur leurs attentes et ambitions pour la « ferme France ».

« La souveraineté alimentaire est le sujet le plus important auquel nous devons aujourd’hui faire face » : c’est par ces mots que le ministre de l’Agriculture et de l’alimentation, Julien Denormandie, a ouvert le débat hier (18 mai). Moment fort de la Semaine de l’agriculture française – qui se déroule en ligne autant que sur le terrain depuis le 13 et encore jusqu’au 24 mai – le Grand rendez-vous de la souveraineté alimentaire aura marqué l’occasion pour les principaux syndicalistes, mais aussi le chef de l’État Emmanuel Macron, de réaffirmer leur volonté de restaurer la compétitivité et l’indépendance de l’agriculture française.

Préoccupation majeure depuis que la crise sanitaire a dévoilé les fragilités du système agroalimentaire dans un monde interconnecté, la souveraineté alimentaire est un sujet particulièrement important en France. Première puissance agricole au sein de l’Union européenne et sixième exportateur mondial de produits alimentaires, la « ferme France » pâtit d’un manque croissant de compétitivité, du malaise de grand nombre de ses agriculteurs et de l’impact de plus en plus violent du changement climatique en même temps qu’elle affronte le défi de la transition écologique.

Face à ces défis, le monde agricole français doit « sortir des dépendances », selon le ministre de l’Agriculture. Dépendance aux importations, aux « systèmes de production qui ne respectent pas nos standards de production » et aux « marchés qui ne valorisent pas assez » la qualité française, mais aussi dépendance vis-à-vis du changement climatique. Au-delà de la question de l’indépendance, la souveraineté alimentaire serait une question de protection des agriculteurs ainsi que des consommateurs français et enfin, d’identité.

Lutte contre la concurrence déloyale

Premier problème : la concurrence déloyale que risquent d’engendrer des accords commerciaux comme le très controversé Mercosur. Les agriculteurs français craignent ainsi d’être fortement pénalisés par l’importation à bas prix de produits alimentaires aux standards sanitaires et environnementaux moins contraignants que ceux de l’UE.

Accord que « je ne ratifierai pas », a assuré Emmanuel Macron à l’occasion du Grand rendez-vous ce mardi. « On ne peut pas demander des efforts à nos agriculteurs tout en important depuis des régions qui n’en font pas », a souligné le chef de l’État, affirmant que « je tiendrai sur ce point avec force ». La défense des « clauses miroirs » – qui doivent permettre d’interdire l’entrée dans l’UE de produits aux standards inférieurs de ceux obligatoires en Europe – sera ainsi une priorité de la présidence française de l’UE au premier semestre 2022, promet aussi le ministre de l’Agriculture.

Revenu agricole : pour un « nouveau contrat social »

Autre défi majeur évoque lors des débats, la faiblesse du revenu agricole. Face à cette difficulté, de moins en moins de jeunes prennent aujourd’hui le relai – un agriculteur français sur deux a plus de 50 ans. Or, « pas d’agriculture sans agriculteurs », comme le rappelle régulièrement le ministre de l’Agriculture.

Si le secteur est poussé à se verdir rapidement dans le cadre du Pacte vert européen et de la nouvelle Politique agricole commune (PAC), de nombreux exploitants craignent par ailleurs une perte de revenu importante. En cause : la redistribution des aides qui s’annonce dans la cadre de la future PAC et qui doit davantage soutenir les pratiques vertueuses pour l’environnement, au détriment des plus grands bénéficiaires aujourd’hui.

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Les négociations sur la future PAC doivent se conclure la semaine prochaine. Alors que l’introduction d’éco-régimes aura sans doute un impact important sur les revenus agricoles, la question de la redistribution des aides continue à faire débat en France.

Ainsi, l’eurodéputé Pascal Canfin (Renew Europe) a souligné, lors du Grand rendez-vous, l’importance de créer un « nouveau contrat social » avec le monde agricole. La transition agroécologique voulu au niveau européen devrait aller main dans la main avec la protection et une rémunération juste des agriculteurs, a-t-il soutenu.

« Il faut accompagner les agriculteurs dans la prise de risque liée au progrès environnemental », a également insisté Sébastian Windsor, président des Chambres d’agriculture de France. Pas question d’opposer agriculture, environnement et société : de nombreux agriculteurs seraient « prêts à s’engager » davantage. Toutefois, il faudrait « faire accepter aux consommateurs de payer un prix » pour cet engagement.

« Plus vert, c’est plus cher », a aussi soutenu la présidente de la FNSEA (principal syndicat agricole de France), Christiane Lambert. « Je souhaite convaincre les citoyens qu’en mangeant français, ils ont plus de qualité et ils soutiennent les agriculteurs – et donc il y a un coût », selon Mme Lambert.

Adaptation au changement climatique

Enfin, quid de l’adaptation au changement climatique, essentielle pour protéger les agriculteurs et leur permettre d’œuvrer au nom de la souveraineté alimentaire française ?

Pour le ministre de l’Agriculture, il s’agit surtout de permettre à « la raison et la science » de guider l’action politique en ce sens. En misant par exemple sur la sélection variétale et notamment les nouvelles technologies génomiques (NTG) – sujet pour autant extrêmement controversé en France.

Pour le chef de l’État, il s’agit en outre de trouver un « nouveau régime de partenariat » avec les exploitants : « si on veut une ferme France, il va falloir reformer le modèle de l’assurance récolte », selon M. Macron. L’épisode de gel qui a durement frappé la France au mois d’avril ayant démontré la nécessité de mieux protéger les exploitants face aux aléas climatiques, le président veut « créer un système totalement neuf pour permettre de répondre au risque de catastrophe dans la durée ». Le chemin s’annonce difficile alors que de nombreux exploitants refusent un régime assuranciel obligatoire – mais « si la nation veut être souveraine, il faut avancer sur cette question », selon Emmanuel Macron.

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