La stratégie «  De la ferme à la fourchette » s’impose d’elle-même en France

La stratégie européenne qui voulait favoriser les circuits courts est décalée à plus tard.  Mais la crise accélère l’orientation du secteur agricole vers l’autonomie alimentaire.

La crise sanitaire a désorganisé les circuits de distribution, et les agriculteurs tentent de se réorganiser pour atteindre malgré tout les consommateurs en France. Elle a aussi renvoyé dans les étagères de la Commission européenne la stratégie « De la ferme à la table », qui est officiellement en stand-by.

Alors qu’elle devait notamment favoriser les circuits courts et insister sur la qualité de l’offre, la crise sanitaire est en train de remplir certains de ces objectifs.

La Commission envisage de nouveaux objectifs pour sa politique alimentaire

En plus de restreindre l’utilisation des engrais et des pesticides chimiques, l’exécutif européen veut lutter contre l’obésité.

Les transports internationaux fonctionnent pas – ou peu – et mal, les consommateurs doivent se rabattre sur des produits locaux. Les stocks de sauce soja et de feuilles d’algues s’épuisent par exemple,  décourageant les consommateurs à se lancer dans des recettes exotiques, au profit de plats plus locaux.

Certaines filières sont aussi désorganisées : les œufs sont régulièrement en rupture de stock dans les supermarchés, les consommateurs se ruant sur cette protéine moins cher que la viande et le poisson, qui sert aussi à confectionner des gâteaux. Alors que l’offre n’est pas du tout élastique, puisqu’il faut plusieurs mois pour élever une poule qui puisse pondre des œufs, les petits producteurs d’œufs n’hésitent pas à faire grimper les prix : en région parisienne, l’œuf bio se vend à un euro pièce, contre 50 centimes avant la crise sanitaire. « Les intermédiaires en profitent, mais c’est compliqué, dans une grande ville, d’accéder directement à des producteurs » reconnait Paul, qui gère une épicerie bio dans le centre de Paris.

Dans la filière laitière, les laiteries ont rapidement demandé aux producteurs de réduire leurs volumes de livraison, de 15 % à 20 % pour certains, alors même que la production est en plein pic annuel : l’herbe verte du printemps et le retour aux champs des vaches a pour conséquence une hausse de volumes de 10 % à 15 %, et représente habituellement des mois de revenus plus importants pour les producteurs. Après avoir tardé, la Commission européenne s’est enfin décidée à augmenter les subventions à la conservation du lait en lait en poudre, en beurre ou en fromage.

La Commission se prépare à aider massivement le stockage de fromage

La Commission européenne a cédé à la pression des eurodéputés et de l’industrie agroalimentaire. Elle a annoncé des mesures exceptionnelles de soutien au marché après avoir déclaré il y a moins d’une semaine que l’argent manquait pour leur déploiement..

Pour tenter d’éviter pénurie et spéculation, les plates-formes directes de vente du producteur au consommateur ont le vent en poupe. Les structures d’achats groupés de fruits et de légumes, comme Kelbongoo, la Ruche qui dit Oui ainsi que les Amap fonctionnent à plein régime, et sont même débordées par la demande.

Face à la crise, les régions, départements et municipalités ont fortement accéléré le développement ou la mise en valeur de plates-formes qui permettent des commandes directes des consommateurs aux producteurs, comme le site Web « Au rendez-vous des Normands » en région Normandie. Une application de géolocalisation a été développée, adossée à une monnaie locale, le RolloN, pour mettre en relation au plus près les consommateurs et les producteurs. La région Grand Est offre aussi un service comparable, Loc’Halles Grand Est. En  Centre Val de Loire, un site internet propose de manger local.

Selon les Chambres d’agriculture, le tableau général est contrasté : les pertes de revenus des agriculteurs sont nombreuses, en raison de baisses de volumes et de disparitions de sources de revenus avec la fermeture des marchés ou les difficultés de vendre à la ferme en raison des distances, les solutions comme le « Drive Fermiers »  développé par le label « bienvenue à la ferme » ont vivement progressé, avec un chiffre d’affaires hebdomadaire qui a été multiplié par quatre depuis le début de la crise sanitaire.

Malgré ces initiatives, la modification des habitudes de consommation fait chuter la demande, notamment pour des produits dont les débouchés se trouvent souvent au bar ou au restaurant, comme la viande, les fromages, les vins et alcools.

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