Labels truqués, produits contaminés : Foodwatch alerte sur la fraude alimentaire en France

Selon Foodwatch, « impossible de savoir » si un produit est fraudé ou non : « potentiellement, aucun canal de distribution ni produit n’échappe à la fraude alimentaire ». [SHarms/Shutterstock]

L’organisation française Foodwatch a lancé jeudi (25 mars) une campagne pour alerter sur les fraudes alimentaires. Son but : militer pour plus de transparence dans le secteur alimentaire.

Poisson, viande, huile d’olive, boissons alcoolisées, miel, fruits et légumes : ce sont les produits « les plus à risque » en matière de fraude alimentaire, selon Foodwatch, organisation à but non-lucratif qui dit se battre « pour une alimentation sans risque, saine et abordable ».

La fraude alimentaire – le fait de « tromper intentionnellement les consommateurs, obtenant ainsi un avantage injuste et violant la législation sur la chaîne agroalimentaire », selon la définition officielle de la Commission européenne – serait un mal répandu en France. Un poisson sur deux présenterait des « mensonges sur l’étiquette ou des soucis d’hygiène », plus de la moitié du foie gras vendu en Franc serait non-conforme aux règlements, des « centaines de tonnes de tomates » provenant d’autres pays membres de l’UE voire du Maroc auraient été vendues comme « françaises », soutient Foodwatch sur son site internet – pour n’en nommer que quelques exemples.

En cause : des profits « importants » pour un risque de se faire attraper « minime », selon l’organisation. Malgré une réglementation européenne « claire », censée garantir des produits conformes aux normes et sans risque pour la santé, « l’insuffisance des moyens alloués aux contrôles, le manque de transparence sur les résultats de ces contrôles et les sanctions peu dissuasives offrent un terrain favorable à la fraude », selon Foodwatch.

Pire, il serait « impossible de savoir » si un produit est fraudé ou non : « potentiellement, aucun canal de distribution ni produit n’échappe à la fraude alimentaire ». Consommer local ou français « n’est pas une solution » pour éviter la fraude : « 9 % des produits estampillés IGP  vendus en Europe sont des faux », soutient l’organisation. Concernant les fruits et légumes, ce seraient « même et surtout » les produits bio qui présentent le plus de risque en matière de fraude.

Mais alors qu’une tromperie sur l’origine n’entraîne pas nécessairement un risque pour la santé, « certains cas de fraudes sont plus préoccupants, car ils concernent des substances potentiellement dangereuses », avertit l’organisation. Un produit phytosanitaire sur sept serait contrefait en Europe, selon Foodwatch – des imitations de pesticides qui « échappent aux contrôles et font donc courir un risque pour la santé » des agriculteurs comme des consommateurs.

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« Rien ne justifie l’opacité actuelle »

Si la France « n’est pas le pays le plus mal loti face au risque global de fraudes », Foodwatch déplore un « climat d’opacité et d’impunité », marqué par des moyens alloués à la prévention et aux contrôles « largement insuffisants » et des résultats de contrôles « le plus souvent tenus secrets par les autorités ».

La transparence serait « pourtant essentielle pour inciter efficacement les fabricants et les détaillants à prévenir la fraude », poursuit l’organisation. Elle serait dissuasive, aiderait à regagner la confiance des consommateurs et valoriserait « celles et ceux qui ne trichent pas ».

Afin d’exiger cette transparence, Foodwatch a donc lancé une pétition en ligne qui sera présenté aux ministres de l’Économie, des Finances et de la Relance ainsi que de l’Agriculture et de l’Alimentation. La campagne s’accompagne par ailleurs de la publication d’un livre dans lequel la directrice de l’information de Foodwatch et ancienne journaliste Ingrid Kragl présente ses enquêtes sur le phénomène.

En 400 pages, elle égrène les scandales alimentaires des dernières années en Europe : la viande de cheval vendue comme étant du bœuf, l’huile de tournesol devenue soudainement de l’huile d’olive, beaucoup plus chère, grâce à un ajout de chlorophylle, le thon avarié injecté d’additifs dangereux pour lui donner l’air d’être frais, etc.

« J’ai voulu créer un électrochoc », a expliqué Mme Kragl à l’AFP. « D’autant qu’avec l’épidémie de la Covid-19, cela ne s’arrange pas, les autorités de contrôle étant focalisées sur d’autres priorités en lien avec la crise sanitaire. »

Mais comme le rappelle l’organisation dans sa pétition, « rien ne justifie l’opacité actuelle ». « Rien ne vous interdit d’être transparent », interpelle-t-elle les ministres. « Il s’agit avant tout d’un choix politique, aujourd’hui entre vos mains. »

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