L’agriculture espagnole milite pour le développement des assurances agricoles

Cet article fait partie de l'édition spéciale Politique agricole et viabilité économique.

Les agriculteurs et éleveurs espagnols veulent que la Politique agricole commune (PAC) réoriente ses ressources financières vers un système d’assurances agricoles.

Les défis auxquels font face les agriculteurs sont nombreux : volatilité des prix, guerres commerciales, effets du changement climatique, ou encore négociations d’accords commerciaux.

Les coopératives agroalimentaires et les organisations agricoles espagnoles Asaja, COAG et UPA réclament toutes des outils souples et efficaces pour répondre aux crises du marché dont les causes sont multiples : à la nature du secteur viennent s’ajouter d’autres enjeux variés comme la sortie du Royaume-Uni de l’UE, les guerres commerciales internationales, les événements météorologiques de plus en plus graves et imprévisibles et la spéculation des matières premières.

Comme l’a récemment rappelé la ministre espagnole de l’Agriculture, de la Pêche, de l’Alimentation et de l’Environnement, Isabel García Tejerina, la négociation autour de la future PAC (post-2020) est conditionnée par le Brexit, le budget, le calendrier européen et les objectifs de développement durable. Tout cela affecte directement le secteur européen qui exporte le plus d’aliments au monde. Un secteur pour lequel l’Espagne demande un budget adapté dans une situation extrêmement complexe.

Bruxelles élabore pour sa part une loi pour améliorer le fonctionnement de la chaîne agroalimentaire, et ainsi améliorer le revenu des agriculteurs et des éleveurs en les protégeant des pratiques commerciales déloyales. Les producteurs voient ce projet avec espoir mais aussi prudence, car le rapport de force dans la fixation du prix est une tâche que beaucoup considèrent comme essentielle dans la nouvelle PAC.

Les agriculteurs espagnols misent sur la PAC pour gagner en compétitivité

La nouvelle PAC pourrait permettre de réduire les procédures administratives et rendre les mesures environnementales plus efficaces. Pour la rendre profitable et durable, elle devra néanmoins être réformée.

Marché volatil

Le directeur des affaires européennes et internationales de Cooperativas Agroalimentarias, Gabriel Trenzado, assure que « les actuels mécanismes ne sont pas suffisamment réactifs et solides pour empêcher les crises ». « Il faudrait prendre des mesures d’intervention et des accords de retrait d’un produit du marché de manière concertée. Ce qu’il se passe avec la volatilité c’est qu’avec un secteur atomisé et une chaine déséquilibrée, le producteur doit faire face à de longues périodes de baisse des prix. Ce qu’il nous faut, ce sont des mesures de gestion du marché et un secteur producteur plus structuré. »

Comme le rappelle le directeur des relations internationales d’Asaja, Ignacio López, « les dernières réformes de la PAC ont démantelé les mesures de gestion publique et démontré que le marché n’était pas suffisamment efficace pour pallier les effets de l’immense volatilité. Face à cette réalité, l’UE doit se doter d’outils souples et efficaces pour répondre à ces crises. Le marché est une partie essentielle des revenus des agriculteurs, c’est pourquoi la PAC doit veiller à faciliter une meilleure orientation de nos productions sur le marché. »

Le secrétaire général de COAG, Miguel Blanco, défend que « l’UE doit changer la direction de sa politique de dérégulation des marchés et de libéralisation commerciale et instaurer des mécanismes qui stabilisent les marchés agricoles et garantissent aux agriculteurs des prix qui couvrent les coûts de production.

L'agriculture espagnole, 2ième bénéficiaire de la PAC en Europe

L’Espagne compte près d’un million d’exploitations agricoles et d’élevages, qui couvrent 30 millions d’hectares et offrent du travail à 750 000 personnes.

Assurances agricoles : l’exemple espagnol

Jaime Haddad, du ministère de l’Agriculture, défendait il y a quelques jours à peine l’Espagne et son système d’assurances agricoles le plus développé de toute l’UE.

Ce système, dont le nombre de polices a triplé et qui bat le record de capital assuré, est destiné aux agriculteurs, aux éleveurs, mais aussi à l’aquaculture et aux exploitants forestiers. Le secteur est convaincu de son utilité, mais demande des améliorations et de plus grandes aides pour que les agriculteurs puissent  bénéficier de ces polices d’assurance.

Dans ce sens, Gabriel Trenzado estime que les financements de ce système peuvent être améliorés, qu’il peut être étendu à tous les produits, et rendu obligatoire pour améliorer sa solidité et profiter des économies d’échelle.

Le président d’Asaja, Pedro Barato, réclame une « discrimination positive » envers les organisations agricoles puisque ce sont vers elles que se tournent les agriculteurs et éleveurs pour demander de l’aide. Il demande aussi un plus grand soutien de l’État aux assurances agricoles et souhaite que le système soit adapté à la variable du changement climatique.

Miguel Blanco demande qu’une plus grande partie du budget de l’État soit dédiée à l’assurance agricole pour réduire le coût des polices et contribuer à l’universalisation du système. « La gestion des risques doit être la pierre angulaire de la politique agricole, et les assurances sont des outils très importants dans cette gestion. »

Pour l’UPA, il faudrait « un système d’assurances agricoles qui agisse comme filet de sécurité, ne laisse pas tomber les professionnels du secteur et empêche la fermeture d’exploitations dans un contexte où la situation climatique est de plus en plus compliquée. Pour cela, il est indispensable que le budget dédié à ce système augmente. »

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