L’agriculture française improvise son avenir

[EPA-EFE/CIRO FUSCO]

La crise sanitaire liée au COVID-19 a sérieusement modifié le paysage agroalimentaire français. L’occasion de tester un modèle agroécologique à grande échelle ? Un article de notre partenaire, le Journal de l’environnement.

Quels sont les risques d’approvisionnement ?

À l’unanimité, tous les acteurs du secteur agroalimentaire ont réaffirmé que les stocks étaient suffisants pour assurer l’approvisionnement de la population française pendant plusieurs semaines. Si les Français se ruent vers les pâtes et les conserves, tous les rayons sont ou seront remplis, y compris en produits frais. La France n’est pas en situation de pénurie, mais de surproduction, compte tenu de la régression des ventes de nombreux produits.

Les exploitations agricoles peuvent-elles poursuivre leurs activités ?

Le ministre de l’Agriculture Didier Guillaume a créé la surprise, le 24 mars, avec son grand appel « à l’armée de l’ombre », appelant les Français privés d’emploi à « rejoindre la grande armée de l’agriculture française ». Une surprise alors que le confinement se durcit en France. Il a en tout cas répondu manu militari à l’appel lancé la veille par la FNSEA, qui déplorait manquer de bras pour les cultures de fraises et d’asperges notamment en raison de l’absence des travailleurs saisonniers étrangers. Et l’appel est en train de porter ses fruits. 40.000 personnes se sont déjà portées volontaires pour assurer les récoltes du printemps, selon la FNSEA, qui espère atteindre 45 000 candidats en mars et le double en avril et en mai. Une plateforme destinée aux volontaires et aux exploitants a été mise en ligne par le ministère de l’Agriculture, en partenariat avec Pôle Emploi. Le gouvernement a précisé que l’indemnité d’activité partielle des salariés en chômage technique pouvait être cumulée avec la rémunération de ce travail saisonnier. Les professionnels de l’horticulture et de la restauration, dont les activités sont arrêtées, sont visés. Rien ne garantit toutefois l’approvisionnement en masques et en gel hydroalcoolique, demandé par les représentants de plusieurs filières agricoles.

Les eurodéputés réclament un plan d’urgence pour la PAC

Les membres du Parlement européen ont demandé à l’exécutif de l’UE de préparer une stratégie permettant d’anticiper les difficultés qui pourraient survenir dans la mise en œuvre de la politique agricole commune (PAC) en raison de l’épidémie de coronavirus.

La distribution des produits alimentaires a-t-elle changé ?

Après la fermeture des restaurants et des cantines, l’interdiction des marchés couverts ou non, annoncée le 23 mars par le ministre de l’Agriculture, a fragilisé davantage la filière agricole, et en particulier les petits producteurs.

Le décret publié le 24 mars au JO prévoit toutefois qu’une autorisation peut être accordée par le préfet, sur avis, du maire, pour répondre au besoin d’approvisionnement. L’interdiction générale ne touche pas non plus les livraisons ni les retraits de commande en ligne. Autre surprise en matière de distribution : les AMAP — qui restent autorisées — résistent particulièrement bien à la crise sanitaire. « Les livraisons des paniers ont été espacées dans le temps et l’espace pour permettre à chacun de venir s’approvisionner sans risques. Et les paysans n’accusent aucune perte de revenus », souligne le mouvement interrégional des AMAP. Mieux, certaines AMAP font face à un afflux de demandes. Enfin, la vente directe reste permise à la ferme ou dans des épiceries ambulantes, note la Confédération paysanne.

Quelles mesures de soutien pour les producteurs français ?

En plus des mesures de soutien annoncées par le gouvernement, la grande distribution, qui n’a pas fermé ses portes, a répondu à l’appel du patriotisme alimentaire. Face à la baisse des ventes sur les marchés de gros (40 % pour la filière des fruits et légumes et pour la filière pêche), Carrefour s’engage ainsi à maintenir des volumes et des prix d’achat auprès de plusieurs mareyeurs français, dont le groupe Océalliance, et à proposer exclusivement des fruits et légumes français dans ses rayons. Intermarché s’engage à sensibiliser les consommateurs et à les mettre en avant par rapport aux autres produits maraîchers, sans préciser s’ils seraient de saison.

Le transport des produits est-il pleinement assuré ?

Le transport est autorisé et assuré, mais dans de nouvelles conditions. Les transporteurs de produits frais ont profité de la crise sanitaire pour augmenter leurs tarifs (8,5 % pour le groupe Stef). S’ils ont justifié cette hausse par l’achat d’équipements et le recours aux heures supplémentaires, ils n’en ont pas moins déclenché la colère des petites entreprises du secteur, déjà confrontées à une baisse de leurs débouchés. Pour l’instant, Bercy fait le dos rond en affirmant que la DGCCRF étudie le dossier et en précisant que 50 % des camions roulent désormais à vide.

Le secteur va-t-il s’engager dans la transition agroécologique ?

Plusieurs associations professionnelles, dont la Confédération paysanne, demandent une relocalisation de la production en France et en Europe. « Si on continue à piller les ressources naturelles, à considérer la terre, le vivant et la main-d’œuvre comme des marchandises comme les autres, à produire l’alimentation comme une denrée industrielle standardisée et échangeable à travers la planète, comment ferons-nous face à l’effondrement de la biodiversité et aux conséquences sanitaires et agronomiques du changement climatique ? », alerte-t-elle, appelant à « une nécessaire refondation du système agroalimentaire ». Moins de pesticides, d’engrais et de gaz à effet de serre ? Aucune mesure de transition n’a encore été annoncée par le gouvernement. La période y est pourtant propice, entre remise en cause de la mondialisation des produits alimentaires, rapprochement entre les producteurs et les consommateurs et renégociation de la PAC. La Cour des comptes européenne a elle-même rappelé le 13 mars que « le climat ne pouvait attendre » un nouveau report de la transition agricole.

Les Français appelés au champ pour pallier l'absence des travailleurs agricoles étrangers

Le gouvernement a appelé les Français au chômage technique à se rendre disponible pour aider les agriculteurs dans les récoltes saisonnières. Un patriotisme agricole qui s’accorde mal avec le durcissement du confinement.

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