L’agriculture urbaine en intérieur plante ses graines en France

Hydroponie. [Shutterstock]

Le distributeur Metro a ouvert un potager urbain à l’intérieur de son entrepôt de Nanterre.  17 variétés de plantes aromatiques y sont cultivées en hydroponie par la start-up allemande InFarm, explique notre partenaire, le Journal de l’environnement.

Sans terre et sans soleil. Juste un petit morceau de tourbe pour aider les racines à prendre pied. À Nanterre, le basilic, la coriandre et la ciboulette poussent sur des plateaux enfermés dans des armoires vitrées chauffées à 22°C, éclairées par des Led.

Un exemple parfait d’hydroponie high-tech, une culture hors sol qui se passe de substrat et alimente les graines par un mélange liquide de nutriments et de sels minéraux. La recette est gardée dans le secret par la start-up allemande InFarm, qui assure seulement qu’elle n’a recours à aucun pesticide, fongicide ou herbicide. Impossible toutefois d’obtenir le label d’agriculture biologique en raison du caractère hors sol des cultures.

Des consommateurs dubitatifs

Aujourd’hui, deux projets de ce type sont menés sur le territoire. À Paris, Agricool cultive des fraises dans un container pour livrer deux magasins Monoprix. Dans le Rhône, la ferme urbaine lyonnaise produit des légumes dans un espace fermé de 1 000 mètres carrés.

«Les Français ne semblent pas particulièrement attirés par ce mode de culture», observe Christine Aubry, responsable de recherche sur l’agriculture urbaine à l’Institut national de recherche agronomique (INRA).

L’Institut lance d’ailleurs une étude sur l’acceptabilité de ces productions par les Parisiens. «Ces fruits et légumes cultivés en intérieur ne présentent quasiment aucune différence de qualité mais les consommateurs ont tendance à préférer des aliments cultivés dans la terre, même s’ils proviennent d’une culture intensive sous serre en Espagne», affirme-t-elle.

Secret commercial

Surtout, quel est leur impact environnemental? Si ces fermes de haute technologie consomment peu d’espace, elles sont avides d’eau et d’énergie. Difficile, pourtant, d’obtenir des chiffres précis des représentants d’InFarm, en charge de l’exploitation.

Pour l’heure, la start-up vante son dispositif en le comparant à la situation actuelle, selon laquelle une herbe aromatique achetée par un professionnel, restaurateur ou distributeur, a parcouru en moyenne 1 500 kilomètres avant d’atterrir dans une assiette. Elle vient en effet le plus souvent du Maghreb ou du Moyen-Orient.

Selon le responsable d’InFarm France, Florian Cointet, «ce potager consomme environ 95% d’eau en moins qu’une culture conventionnelle».

«Le problème majeur de ces dispositifs c’est qu’ils sont fermés au sens propre comme au figuré. Comme il est très difficile d’obtenir des informations correctes de ces entreprises, on ne peut pas encore établir de bilan environnemental solide. Un projet européen a dû être abandonné en 2017 pour cette raison», note Christine Aubry.

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Analyse du cycle de vie

InFarm a toutefois fait un pas vers la transparence, en contactant l’Inra pour qu’elle lance des travaux. «C’est pour nous l’occasion d’analyser les intrants ainsi que la consommation d’eau et d’énergie du potager», affirme Christine Aubry.

Pendant trois ans, une doctorante de l’Inra va réaliser sa thèse sur l’agriculture urbaine en hydroponie, en ayant recours à des méthodes d’analyse de cycle de vie (ACV).

Actuellement, deux zones sont particulièrement friandes d’hydroponie: l’Europe du Nord et de l’Est, pour compenser l’absence de soleil, et des pays asiatiques où les structures urbaines sont très denses, comme à Singapour.

L’Inra distingue deux types d’hydroponie: high-tech lorsque l’éclairage, la température et les intrants sont régulés, comme c’est le cas du potager de Metro, et low-tech  lorsque les plantes cultivées n’ont pas besoin de lumière artificielle. Une dizaine de projets de ce genre existent en France, dont la culture à Paris de champignons et d’endives en sous-sol par la société Cycloponics.

Un dispositif qui cherche sa place

En attendant, la start-up prévoit de produire 4 tonnes d’herbes et de micro-végétaux (graines germées de radis rouge, moutarde et shiso) par an, à raison d’une récolte chaque jour, sur un espace réduit à 80 mètres carrés grâce à l’empilement des plateaux en hauteur.

«Nous avons ciblé les plantes aromatiques, faciles à cultiver. Mais en théorie, nous pouvons produire de nombreuses variétés. Nous envisageons de développer, dans d’autres pays, la culture du riz, du soja et des haricots dont la demande pourrait fortement augmenter dans les 10 à 20 ans à cause de la multiplication des sécheresses dans le monde liées au réchauffement climatique», déclare Erez Galonska, président co-fondateur d’InFarm.

Aucun potager urbain traditionnel ne peut afficher une productivité comparable à celle des armoires d‘InFarm.

«Ce type de dispositif semble cohérent pour certaines productions, comme les plantes aromatiques ou cosmétiques, pour lesquelles les restaurants, la grande distribution et les industriels demandent des volumes très importants. Mais il faut absolument préciser à quel coût économique et environnemental cela est possible», observe Christine Aubry.

La chercheure rappelle par ailleurs que l’agriculture urbaine en extérieur (en pleine terre, en serre, sur les toits) reste la meilleure des solutions pour approvisionner une population locale.

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