Le blé européen menacé par le football ?

Bearded wheat in Thésée, Loir-et-Cher, in France. [Sybarite48/Fotopedia].

Bearded wheat in Thésée, Loir-et-Cher, in France. Wheat is one of a number of 'energy crops'. [Sybarite48/Fotopedia].

Des travaux français présentés lundi 23 avril appellent à la vigilance face la périculariose du blé, un champignon sont certaines souches seraient déjà présentes sur les pelouses de stades de football. Un article de notre partenaire, le Journal de l’environnement. 

Chez les spécialistes de biologie végétale, Magnaporthe oryzae est surtout connu comme modèle d’étude des interactions entre un parasite et son hôte végétal le plus fréquent, en l’occurrence le riz. Il n’en demeure pas moins un ravageur important, engendrant chaque année 0,8 % des pertes de rendement en riziculture, et expliquant à lui seul deux tiers des fongicides utilisés dans cette culture.

Le blé, touché en 1985 au Brésil

Or selon les souches, la pyriculariose s’avère capable d’attaquer d’autres plantes cultivées, telles que le blé, le maïs, le millet ou encore le « ray-grass » (Lolium perenne), espèce herbacée qui constitue le gazon des stades de football et du green des golfeurs. La pyriculariose du blé, contre laquelle les fongicides s’avèrent peu efficaces, a ainsi émergé en 1985 au Brésil, avant de s’étendre à d’autres pays d’Amérique du Sud (Bolivie, Paraguay, Argentine).

La maladie a ensuite franchi le Pacifique, probablement via des semences de blé contaminées, touchant le Bangladesh en 2016 et 2017 : cette dernière année, 10 à 15 % des champs, dans 11 des 66 districts que compte le pays, ont été affectés, avec des pertes de rendement en moyenne de 60 %, mais pouvant s’élever localement jusqu’à 100 % localement. L’Inde a également été touchée, dans une moindre mesure.

Pas d’inquiétude en France sur les concombres infectés

Les autorités nationales sont sereines sur les risques de propagation du virus lié aux légumes espagnols exportés en Allemagne du Nord. Bruxelles mène des analyses pour connaître l’origine exacte de l’infection.

La piste du football ?

Face à la mondialisation des échanges, rien n’exclut que l’Europe, qui produit chaque année 250 millions de tonnes de blé sur 62 millions d’hectares, soit touchée à son tour. Dans sa présentation lors d’une conférence internationale organisée à Paris, Didier Tharreau, chercheur à l’unité mixte de recherche BGPI (Biologie et génétique des interactions plante-parasite, Montpellier), évoque deux voies d’entrée possibles : primo, l’introduction de semences infectées ; secundo, un « saut d’hôte » à partir de ray-grass contaminé.

Cette dernière hypothèse n’a rien d’insensé : l’équipe a même détecté du « ray-grass » contaminé par la pyriculariose dans le stade de football de Montpellier, où les chercheurs exercent. Depuis 2016, la pelouse montre en effet des traces d’attaque fongique. Contacté par le JDLE, le gestionnaire du stade, à savoir Montpellier Méditerranée Métropole, n’a pas donné suite aux demandes d’interview.

D’autres villes touchées

D’autres stades de villes françaises montrent des symptômes similaires. Contacté par le JDLE, Ollivier Dours, qui se définit comme animateur de la filière gazon auprès du ministère de l’agriculture, évoque les cas des stades de Bordeaux, Lyon, Toulouse et Saint-Etienne.

En France, la maladie de ces pelouses sportives est survenue en 2016, certains évoquant l’Euro de foot qui s’est déroulé en France cette année-là. Elle serait aussi présente dans plusieurs stades de villes étrangères, notamment en Espagne, en Italie et en Suisse.

Une souche d’origine inconnue

Quant à la souche isolée à Montpellier, « on ne sait pas d’où elle provient », explique Didier Tharreau, en raison d’un manque d’échantillons de Lolium perenne infectés. Ollivier Dours évoque l’arrivée en Europe de semences de ray-grass d’origine des États-Unis, pays qui a également été touché par cette pyriculariose.

Les gestionnaires de stades seraient particulièrement réticents à s’exprimer au sujet de l’état de leurs pelouses — qui leur coûtent des centaines de milliers d’euros. « C’est n’importe quoi : ce qu’il faut c’est de l’épidémiosurveillance, faire circuler l’information. Le but n’est évidemment pas de tirer les oreilles des gestionnaires », juge Ollivier Dours.

Selon Didier Tharreau, « il faut informer le public et les décideurs, prévenir toute introduction de la pyriculariose du blé par des semences contaminées, et vérifier s’il n’y a pas déjà des épidémies naturelles sur du « ray-grass » sauvage ».

Subscribe to our newsletters

Subscribe