Le Brésil entrave-t-il les négociations de la COP15 sur la biodiversité ?

Lors du sommet sur la biodiversité en septembre, le président brésilien a accusé les ONG et les gouvernements étrangers d’interférence avec la souveraineté de son pays. Ici, Jair Bolsonaro lors du lancement de l'Alliance pour le bénévolat et du prix des amis du pays, à Brasilia, en novembre 2020. [EPA-EFE/Joedson Alves]

Le pays sud-américain s’est opposé la semaine dernière au vote du budget de la Conférence des parties sur la biodiversité pour l’année 2021. Un nouveau texte doit être proposé ce mercredi (25 novembre).

La Convention des Nations unies sur la diversité biologique (CBD) a décidément du mal à démarrer. Prévue initialement en octobre, la COP15 sur la biodiversité a été finalement reportée à mai prochain, pandémie mondiale oblige. Désormais, ce sont les négociations qui semblent patiner. Jeudi dernier, la présidente de la CBD a annoncé leur suspension à la suite des objections d’un seul pays, le Brésil.

Or l’enjeu est de taille : « Si la situation s’éternise, c’est l’ensemble de la COP15 qui serait mise en péril. Le budget doit impérativement être voté avant le 1er janvier, sinon le bureau de la CBD sera mis à l’arrêt », indique à Euractiv France Aleksandar Rankovic, chercheur à l’Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri). Un second texte doit être mis en ligne ce mercredi pour une nouvelle procédure d’approbation de 48 heures.

Blocages en chaîne

La réunion exceptionnelle ne devait être qu’une étape des négociations : voter le budget pour que le secrétariat de la CBD continue de fonctionner l’année suivante, et que les négociations cruciales pour la biodiversité se poursuivent. Mais le Brésil ne l’a pas entendu de cette oreille.

Interrogé dans un article du quotidien britannique The Guardian, le chef de l’équipe brésilienne des négociations de la CDB Leonardo de Athayde a affirmé que le processus de négociations, pour être efficace, se devait d’être « inclusif, transparent et équitable ». Ce qu’il ne serait pas actuellement selon les Brésiliens qui, pris d’un excès de zèle, refusent la tenue des négociations en ligne. Un désavantage selon eux pour les pays les plus pauvres qui n’ont pas accès aux mêmes conditions techniques.

Pour l’heure,  la suspension des négociations n’a engendré que peu de réactions. Pas étonnant, les concertations diplomatiques se passent généralement en toute discrétion, sans pointer du doigt qui que ce soit. Pourtant la présidente de la CBD, Yasmine Fouad,  a exceptionnellement choisi de faire l’inverse. Dans un communiqué publié jeudi 19 novembre, elle cite nommément le « gouvernement brésilien » comme seul pays à avoir demander « l’insertion de notes de bas de page dans les projets de décisions ».

Une citation qui n’est pas anodine. Depuis plusieurs mois, le Brésil est suspecté de vouloir retarder les négociations. Leonardo de Athayde a d’ailleurs dû s’en défendre dans l’article susmentionné du Guardian : « Je rejette catégoriquement ces accusations […] Nous n’entravons pas du tout le processus », a-t-il asséné.

Amazonie, un sujet brûlant

Selon les observateurs des négociations, l’objection du Brésil s’inscrit dans la continuité de la politique environnementale de son président, qui ne brille pas pour sa défense de l’environnement. Au contraire, depuis son élection Jair Bolsonaro ne cesse de clamer sa volonté d’ouvrir la forêt amazonienne aux acteurs agricoles, forestiers et miniers.

Sa politique forestière est d’ailleurs âprement condamnée par les organisations de défense de l’environnement. En octobre dernier, les militants de Greenpeace avaient érigé une statue du président sur les terres ravagées par les incendies du Pantanal. Le président brésilien, quant à lui, ne se prive pas de critiquer tous ceux qui s’en prennent à sa stratégie environnementale. En février dernier, il avait qualifié Greenpeace de « déchet ». Plus récemment, il a averti un Joe Biden fraîchement élu à la tête des USA qu’il ne se laisserait pas dicter sa politique forestière : « Quand on n’a plus de salive, il faut avoir de la poudre », a indiqué le président sur un ton belliqueux.

Pour rappel, selon le rapport sur la situation des forêts du monde de la FAO, plus de la moitié des forêts mondiales sont situées dans seulement cinq pays, notamment le Brésil qui abrite l’une des forêts les plus riches de la planète en matière de biodiversité.

Deuxième round

Le nouveau texte mis en ligne pourra être examiné par les parties prenantes, qui ont jusqu’à samedi (heures françaises) pour l’approuver. Mais rien n’est jouer avertit Aleksandar Rankovic : « Les négociations peuvent très bien être à nouveau bloquées, par le Brésil, mais aussi par d’autres États qui ne seraient pas satisfaits du nouveau document. »

Outre ce risque à court terme, le chercheur note une autre menace planant sur la COP15 : « Une absence de budget provisoire d’ici le 1er janvier serait problématique mais pas irrattrapable. Plus préoccupant serait le retard pris dans l’avancée des négociations. La durée des tractations doit être suffisamment longue pour aboutir à un texte ambitieux. » Or l’heure tourne. À la fin de cette procédure d’approbation, il ne restera plus que quatre semaines aux États pour aboutir à un accord.

La prochaine COP15 qui doit se tenir à Kunming en Chine est capital pour la préservation de la biodiversité. Un document de référence pour l’ensemble des Nations Unis, avec un cap de travail pour plusieurs décennies, doit y être adopté. Gare à ne pas louper ce tournant. Selon le Fonds mondial pour la nature (WWF), les populations de vertébrés ont chuté de 68 % entre 1970 et 2016.

 

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