Le débat sur le glyphosate reprend après la condamnation de Monsanto

[EPA-EFE/SASCHA STEINBACH]

Le tribunal de San Francisco a condamné Monsanto à indemniser un jardinier en phase terminale de cancer. Une condamnation sans précédent qui a ravivé le débat houleux sur le glyphosate en Europe. Un article d’Euroefe.

Le 10 août dernier, un tribunal a condamné Monsanto à verser 289 millions de dollars à Diwan Johnson, un jardinier américain qui assure que le célèbre herbicide Roundup est la cause du cancer qui est en train de le tuer.

Le glyphosate, principe actif du Roundup, a cependant été réautorisé pour cinq ans par la Commission européenne en décembre dernier, qui a insisté sur le fait que la responsabilité de l’autorisation finale du produit relève des États, qui peuvent décider librement d’interdire les produits contenant cette substance sur leur territoire national.

Six États membres réclament une alternative au glyphosate

Plusieurs membres de l’UE ont envoyé une lettre à la Commission européenne en décembre pour demander qu’une étude soit menée pour trouver une alternative à la substance controversée.

Même si l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a alerté en 2015 des risques cancérigènes du glyphosate, l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) et l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA) ont assuré ensuite avoir la preuve scientifique que l’herbicide le plus utilisé du monde n’est pas cancérigène.

Le groupe chimique et pharmaceutique allemand Bayer, propriétaire du producteur américain de transgéniques et d’herbicides Monsanto, soutient la même thèse.

Le glyphosate, c’est quoi ?

Le glyphosate est le principe actif de l’herbicide RoundUp, qui est aujourd’hui le plus utilisé en agriculture au niveau mondial. Introduit pour la première fois en 1974 par Monsanto, il est depuis l’an 2000 commercialisé par plus de 20 entreprises.

Il est principalement utilisé pour éliminer les mauvaises herbes, mais aussi pour les gazons et jardins. Les plantes absorbent le glyphosate par les feuilles, le produits circule jusqu’aux racines et empêche que celles-ci absorbent des nutriments essentiels de la terre, ce qui provoque leur mort au bout de quelques jours.

Son effet sur les plantes n’est pas sélectif, donc en plus d’éliminer les mauvaises herbes, la substance détruit les plantes alentours (sauf les génétiquement modifiées qui sont résistantes au glyphosate).

Une substance sure ?

Le débat sur la dangerosité du glyphosate n’est pas nouveau. En mars 2015, le Centre international de recherche sur le cancer, CIRC, a publié un rapport dans lequel elle classe l’herbicide dans les substances cancérigènes « probables » pour les humains.

Depuis lors, les organisations sociales, les scientifiques, les écologistes, et les syndicats, dans et en dehors de l’Europe, s’opposent fermement à ce produit chimique. De l’autre côté de l’échiquier, les autorités scientifiques européennes (ECHA et EFSA) et celles des pays comme les États-Unis, le Canada, l’Australie, la Nouvelle-Zélande et le Japon, continuent de s’opposer à la position du CIRC.

C’est précisément la raison pour laquelle Monsanto s’est vu infliger une amende de plusieurs millions de dollars. La Cour suprême de San Francisco a conclu que Monsanto n’avait pas correctement mis en garde contre le risque potentiel pour la santé associé à l’utilisation de Roundup, étant donné que le produit contient une substance (le glyphosate) actuellement classée comme étant « probablement cancérigène ».

Le glyphosate appartient au groupe 2A dans la classification utilisée par le CIRC pour définir une association possible avec le cancer chez l’homme. Le CIRC ne définit pas le risque que posent les substances, mais évalue simplement la force des preuves scientifiques existantes et établit ensuite une association possible ou probable avec le cancer.

Plus précisément, le groupe 2A définit les substances pour lesquelles il existe peu de preuves de cancérogénicité chez les humains et suffisamment de preuves de cancérogénicité chez les animaux de laboratoire.

En plus du glyphosate, 82 autres agents font partie de ce groupe, par exemple, la viande rouge, l’exposition professionnelle des coiffeurs, les émissions provenant de la friture des aliments à haute température ou le travail de nuit.

Études et contradictions

Sept mois après la publication du rapport du CIRC, l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA), organisme indépendant financé par l’Union européenne, a publié sa propre évaluation dans laquelle elle assure qu’il est « peu probable que le glyphosate pose un risque cancérigène pour les humains. »

Peu après, l’EFSA a été accusée par plusieurs médias d’avoir copié-collé des paragraphes entiers d’un rapport de Monsanto. Le fait qu’un document clé dans la décision de renouvellement de l’autorisation du glyphosate en Europe soit constitué de parties entières de l’étude de l’entreprise fabricant l’herbicide, a été pour beaucoup une raison suffisante pour remettre en cause l’indépendance de la décision de la Commission européenne.

La France renonce à interdire plus rapidement le glyphosate

Promise par Emmanuel Macron, l’interdiction du glyphosate sous trois ans en France n’a toutefois pas été adoptée lors de l’examen du projet de loi Agriculture et alimentation.

Il existe actuellement plus de 800 études et rapports d’organismes officiels – en Allemagne, aux États-Unis, en Corée par exemple – en plus de l’EFSA et de l’OMS qui concluent qu’il est peu probable que le glyphosate soit cancérigène pour les humains.

Cependant, le 16 mars dernier, un tribunal fédéral de San Francisco a déclassifié une série de documents internes de la multinationale, appelés les « Monsanto Papers », qui démontrent la participation et la manipulation des rapports scientifiques par l’entreprise depuis des décennies. Les documents, qui comprennent la transcription des appels téléphoniques internes et des courriels, soulèvent des questions sur la sécurité des produits et les pratiques de recherche de Monsanto. Suite à la publication des Monsanto Papers, l’indépendance et la véracité des études publiées jusqu’à présent ont donc été remises en question.

Audition de Monsanto sous haute tension au Parlement européen

Les commissions environnement et agriculture du Parlement européen organisent le 11 octobre une audience publique très attendue sur les « Monsanto papers », ce qui risque d’enflammer encore plus le débat sur le glyphosate.

Mais le 23 août, le groupe chimique et pharmaceutique allemand Bayer a insisté sur le fait que l’herbicide glyphosate « ne cause pas de cancer » et que la décision d’un juré américain contraignant Monsanto, qu’il a acquis en juin, à payer une compensation de plusieurs millions de dollars, est « incohérente ». Le groupe allemand a conclu l’achat de Monsanto le 7 juin dernier, dans le cadre d’une opération évaluée à environ 63 milliards de dollars (environ 54 milliards d’euros).

Renouvellement du glyphosate : un cas unique en Europe

Le 27 novembre 2017, la Commission européenne a proposé de renouveler l’approbation du glyphosate pour une période de cinq ans. Au total, 18 pays se sont prononcés en faveur de l’extension de la licence de l’herbicide, y compris l’Espagne, 9 pays s’y sont opposés et le Portugal s’est abstenu.

Toutefois, ce renouvellement est un cas exceptionnel. Habituellement, le délai de renouvellement de l’approbation d’une substance active est de 15 ans, mais la Commission européenne a décidé que, puisqu’il s’agissait d’une substance controversée, le délai de renouvellement devrait être raccourci.

Malgré une quantité importante d’informations et de recherches, l’innocuité du glyphosate fait l’objet d’un réexamen constant. Selon la Commission européenne, « des informations supplémentaires continuent d’être publiées à un rythme exceptionnellement élevé par rapport à d’autres substances actives » et, compte tenu du « potentiel de développement rapide de la science et de la technologie à l’avenir », la Commission considère que la meilleure option est de repenser le renouvellement du glyphosate dans un avenir proche.

Les citoyens européens exigent plus de transparence

En 2012, un nouvel outil de l’UE (Initiative citoyenne européenne) est entré en vigueur, permettant aux citoyens de proposer des initiatives en demandant à la Commission européenne de proposer une législation. Lorsqu’une initiative recueille un million de signatures, la Commission décide des mesures à prendre.

Les eurodéputés divisés sur l'initiative citoyenne visant à interdire le glyphosate

Plus d’un million de citoyens européens ont signé une pétition visant à interdire le glyphosate, un pesticide classé cancérogène probable. Face aux inquiétudes des européens, les députés sont divisés.

Jusqu’à présent, quatre initiatives ont été couronnées de succès. L’une d’entre elles est l’initiative « Interdire le glyphosate et protéger la population et l’environnement contre les pesticides toxiques », qui a trois objectifs principaux :

  1. Interdire les herbicides à base de glyphosate, dès lors que des liens ont été établis entre une exposition à ceux-ci et l’apparition de cancers chez l’homme et que l’utilisation de ces produits a provoqué des dégradations des écosystèmes.
  2. Veiller à ce que l’évaluation scientifique des pesticides aux fins d’une approbation par les autorités de régulation de l’UE s’appuie uniquement sur des études ayant été publiées, commandées par les autorités publiques compétentes et non par l’industrie des pesticides.
  3. Fixer à l’échelle de l’UE des objectifs obligatoires de réduction de l’utilisation des pesticides en vue de parvenir à un avenir exempt de pesticides.

En réponse à la demande du public, la Commission a annoncé une proposition législative visant à améliorer la transparence des évaluations scientifiques et de la prise de décision.

En attendant, le débat sur la dangerosité du glyphosate se poursuit dans l’UE.

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La Commission a renouvelé la licence du glyphosate pour 5 ans mais tente de contenir les critiques sur la partialité des agences européennes.

 

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