Le glyphosate, encore utilisé et toujours contesté

Alors qu’il est classé comme « potentiellement cancérigène » par l’OMS depuis 2015, le glyphosate reste un incontournable de l’agriculture européenne. [Shutterstock]

Trois ans plus tard, la proposition d’Emmanuel Macron pour sortir du glyphosate est toujours dans les tiroirs. La bataille se jouera au niveau européen en 2022.

La position était claire, le message limpide : « J’ai demandé au gouvernement de prendre les dispositions nécessaires pour que l’utilisation du glyphosate soit interdite en France dès que des alternatives auront été trouvées, au plus tard dans trois ans », a tweeté le président français le 27 novembre 2017. Trois ans plus tard, le compte n’y est pas : cet herbicide reste un élément incontournable de l’agriculture française et aucune date de sortie du glyphosate n’a pour l’heure été actée.

Pourtant les occasions de le prohiber ne manquaient pas : il s’en est fallu de peu pour que l’interdiction avec dérogations soit inscrite au sein de la loi Égalim en 2018 ; un an plus tard, l’Assemblée nationale s’est penchée sur une proposition de La France Insoumise (LFI) d’« interdiction du glyphosate », avant de la rejeter. « La prise de conscience doit se faire au niveau européen », a assené le député LREM Jean-Baptiste Moreau lors de l’examen de la proposition de loi LFI devant la commission des affaires économique le 13 février 2019.  « […] Ce serait un non-sens d’interdire à nos agriculteurs français des pratiques qui sont autorisées chez nos voisins européens et dont la production peut se retrouver librement sur nos étals de marchés. »

Bataille européenne

Inquiets d’éventuelles distorsions de concurrence, nombreux sont les observateurs à renvoyer la question au niveau européen. Dans un entretien au quotidien La Croix, le président de la Commission Environnement au Parlement européen Pascal Canfin a affirmé que « la bataille du glyphosate se gagnera à l’échelle européenne ».

En 2017, l’interdiction du glyphosate était toute proche. Mais à l’issue de longues tractations, la Commission européenne a finalement renouvelé pour cinq ans l’autorisation de mise sur le marché (AMM) de l’herbicide. Tandis que la France, la Belgique, le Luxembourg, l’Autriche, la Grèce, la Croatie, l’Italie, Chypre et Malte se sont opposés à la nouvelle autorisation controversée, l’Allemagne et 17 autres pays d’Europe de l’Est et du Nord l’ont approuvé.

Les choses se passeront elles différemment lors du prochain vote sur le sujet le 15 décembre 2022 ? En cinq ans, la situation a beaucoup évolué. Sur l’interdiction du glyphosate, un pays a depuis franchi le cap : le 1er janvier prochain, le Luxembourg sera le premier (et seul) État de l’Union à s’affranchir définitivement de l’herbicide.  Outre-Rhin aussi les lignes ont bougé. En septembre 2019, la ministre allemande de l’Environnement, Svenja Schulze, a annoncé en grande pompe l’interdiction de l’herbicide produit désormais par le géant allemand de l’agrochimie et de la pharmaceutique, Bayer.

Débats dans le gouvernement allemand

Pas sûr pour autant que le prochain vote de l’UE sonne le glas du glyphosate. Cinq ans après, les débats sont toujours aussi houleux, comme le prouvent les récentes passes d’armes au sein du gouvernement allemand.  Dans un article publié ce mercredi, le quotidien allemand Süddeutsche Zeitung a mis en lumière les vives tensions qui divisent la ministre de l’Agriculture, Julia Klöckner, et la ministre de l’Environnement, Svenja Schulze, avec la question du glyphosate en toile de fond.

Tandis que la ministre de l’Agriculture a dénoncé, dans un courrier adressé à la chancellerie, les avances arbitraires de Svenja Schulze sur la protection des insectes, le ministère de l’Environnement a dénoncé, via une note interne dévoilé par la Süddeutsche Zeitung, le « blocage » qu’exerce Julia Klöckner pour empêcher « tout progrès dans la protection légale des insectes et la restriction des pesticides nocifs ». Le ton est donné.

2022, date butoire

Alors qu’il est classé comme « potentiellement cancérigène » par l’OMS depuis 2015, le glyphosate reste un incontournable de l’agriculture européenne. Aujourd’hui rares sont les gouvernements à vouloir se mouiller sur le sujet. En comparaison de ses voisins européens, la France reste pionnière en la matière. Le 9 octobre dernier, l’Agence de sécurité sanitaire (Anses) a proscrit certains usages du glyphosate, dès lors qu’une alternative existe.

Paris, qui s’était déjà mobilisée en 2017 pour convaincre ses partenaires de sortir du glyphosate, réitèrera sans aucun doute l’expérience en 2022. Heureuse coïncidence pour la France : c’est la France qui prendra la tête du Conseil de l’UE au premier semestre 2022.

 

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