Le manque de diversité des semences pénalise la sécurité alimentaire

Le marché européen des semences dépend d'une poignée de grandes entreprises. La sécurité alimentaire du continent pourrait être menacée, selon un rapport commandé par les Verts.

Le groupe Verts/ALE a présenté un rapport sur la concentration du pouvoir dans le marché des semences le 29 janvier. Il en ressort que cinq entreprises contrôlent environ 95 % du secteur des semences végétales et 75 % des parts de marché du maïs.

Cette révélation va à l'encontre de la position de la Commission européenne et de l'industrie des semences. Selon elles, le marché est constitué d'environ 7 000 petites et moyennes entreprises (PME), ce qui garantit une concurrence loyale.

« C'est absolument faux. Le marché européen des semences n'est pas loyal. Il n'est pas diversifié », a déclaré Bart Staes, eurodéputé belge qui a présenté le rapport « Concentration of market power in the EU seed market ».

D'après les Verts, la concentration du pouvoir au sein de quelques grandes entreprises pourrait fortement influencer la Commission européenne dans ses propositions relatives à la commercialisation de matériel de reproduction des végétaux.

Ces propositions présentées par la Commission en mai 2013 étaient « à l'avantage du lobby pro-semences », selon Bart Staes.

Garlich von Essen, secrétaire général de l'Association européenne des semences (ESA), représente une trentaine d’associations de semences des États membres. À ses yeux, le chiffre de 7 000 PME est « tout à fait exact ».

Un évaluateur externe avait fourni les mêmes données à la Commission européenne. « Je suis quasi certain que [la Commission] n'a pas simplement recopié les chiffres provenant de l'ESA », a-t-il assuré.

Sécurité alimentaire

La majorité des eurodéputés ont décidé de bloquer la loi sur les semences, mais en grande partie en raison d'irrégularités dans la procédure, a expliqué Bart Staes à EURACTIV.

Les Verts estiment que la domination du marché par les grandes entreprises agricoles a des conséquences sur la diversité des cultures et la sécurité alimentaire.

L'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) estime que la diversité dans les cultures a chuté de 75 % au cours du 20e siècle. Elle prévoit également qu'un tiers des variétés actuelles pourraient disparaître d'ici 2050.

Les auteurs du rapport des Verts citent d'autres estimations de la FAO : dans l'histoire de l'humanité, environ 7 000 espèces végétales ont été cultivées. Pourtant, seulement trois espèces constituent l'apport calorique de plus de la moitié de la population.

La diversité des espèces qui a contribué à une nutrition équilibrée de l'humanité s'en trouve dès lors très restreinte, révèle le rapport.

« Nous avons besoin de cette diversité génétique […], qui joue un rôle essentiel dans la biodiversité agricole pour la sécurité alimentaire à long terme en vue de réduire les risques d'invasions de parasites et de mauvaises récoltes provoquées par de plus en plus d'évènements climatiques extrêmes. [Nous en avons aussi besoin] en vue de maintenir le capital génétique pour s'adapter à des défis, comme le changement climatique. », peut-on lire dans ce rapport.

« La diversité est essentielle pour notre propre sécurité alimentaire », a déclaré Satu Hassi, eurodéputée verte finlandaise.

D'après le rapport, l'innovation agricole que les agriculteurs avaient l'habitude d’atteindre grâce à des techniques de reproduction traditionnelles, est dorénavant la chasse gardée des grandes entreprises agricoles.

Cette situation a créé une « dépendance taillée sur mesure vis-à-vis des produits agrochimiques », ont indiqué les auteurs du rapport.

« Les [entreprises qui ont] le monopole des semences partagent les mêmes intérêts que le secteur agrochimique. Dans certains cas, elles sont d'ailleurs regroupées dans les mêmes sociétés. Dans d'autres, l'argent utilisé pour mettre au point des semences provient du secteur agrochimique en collaboration ouverte », ont poursuivi les auteurs.

Garlich von Essen a expliqué à EURACTIV que, selon lui, la diversité ne faisait pas défaut au secteur des semences :

« Nous pouvons fournir les preuves que, chaque année,  le nombre d'enregistrements de nouvelles variétés de plantes augmente. Elles doivent toutes être différentes de celles existantes, sinon elles ne correspondront pas aux règles actuelles. De nouvelles [semences] font donc leur apparition. »

Il a ajouté que les agriculteurs avaient toujours la possibilité de puiser dans une panoplie d'anciennes variétés de semences : elles sont conservées dans les magasins et les banques de gènes. Ils préfèrent pourtant choisir de nouvelles variétés qui sont prêtes à l'emploi.

« Si vous avez le choix entre la nouvelle Golf de Volkswagen ou une Volkswagen de plus de vingt ans, vous choisiriez la nouvelle. C'est ce que font les agriculteurs », a-t-il expliqué.

Le rapport a été réalisé par un chercheur enregistré auprès de l'Observatoire de l'Europe industrielle et MSC, une ONG active dans le domaine de l'agriculture et de la sécurité alimentaire.

La Commission européenne a publié des propositions sur les normes en matière de santé et de sécurité le 6 mai 2013.

Le train de mesures inclut des propositions relatives au matériel de reproduction des végétaux, dont le marché des semences.

Les groupes socialiste et vert du Parlement européen ont tous deux appelé au rejet des propositions en première lecture.

Parlement européen

Commission européenne

Industrie agricole

Subscribe to our newsletters

Subscribe

Envie de savoir ce qu'il se passe ailleurs en Europe? Souscrivez maintenant à The Capitals.