Le Parlement européen réclame une interdiction du glyphosate dès 2020

Alors qu’une initiative citoyenne européenne contre le glyphosate amasse l’adhésion des Européens, les eurodéputés souhaitent que l’autorisation du produit phytosanitaire soit renouvelée pour une période de 3 ans, contre les 10 proposés par la Commission. Les États membres devront trancher le 25 octobre.

L’autorisation de l’utilisation du glyphosate ne devrait pas être prolongée au-delà de 2020, ont réclamé les eurodéputés de la commission de l’environnement et de la santé publique, lors d’un vote le 19 octobre.

Une demande qui adresse un message très clair à la Commission européenne, mais surtout aux États membres, qui doivent trancher la question le 25 octobre. Pour l’heure, la proposition mise sur la table par l’exécutif européen table sur un renouvellement de l’autorisation de l’herbicide controversé de 10 ans.

Mais plusieurs États membres, dont la France et l’Italie, ont déjà annoncé qu’ils voteraient contre cette proposition, laissant peu d’espoir à la proposition d’être adoptée à la majorité qualifiée. Sans décision de la part des États, l’autorisation de vente du glyphosate pourrait donc arriver à échéance le 15 décembre 2017.

Le glyphosate fait monter la tension entre États membres et Commission

Les États membres doivent cesser de se cacher, voire de se décharger sur la Commission sur la question du glyphosate, assure Vytenis Andriukaitis, commissaire à la santé et à la sécurité alimentaire.

Au Parlement, la résolution non contraignante a été adoptée par 39 voix pour, 9 contre et 10 abstentions, et devrait être adoptée en session plénière le 24 octobre à Strasbourg, la veille de la décision de l’UE.

« Les chefs d’État européen doivent prendre en compte les inquiétudes des citoyens européens et interdire le glyphosate », a affirmé  l’eurodéputé français Younous Omarjee (GUE/NGL).

Le Parlement européen réclame qu’une interdiction totale soit fixée à l’horizon 2020, et propose une sortie progressive en commençant par l’interdiction de l’usage de l’herbicide par les particuliers, avant de l’étendre aux usages agricoles qui représentent 76% de l’utilisation du produit.

La résolution dénonce également les doutes qui planent sur les évaluations scientifiques menées par les agences européennes sur le glyphosate. En effet, si la substance active présente dans le produit vedette de Monsanto, le Round-Up, a été déclarée cancérogène probable par le Centre international de recherche sur le cancer de l’ONU, l’Autorité européenne pour la sécurité alimentaire (EFSA), et l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA) ont estimé que le glyphosate ne présentait pas de risque pour la santé.

Mais les récentes révélations des «Monsanto Papers » ont jeté le doute sur la fiabilité des évaluations européenne. En effet, ces documents déclassifiés aux États-Unis montrent notamment que  l’évaluation de l’EFSA datant de 2015 est en grande partie copiée-collée d’une étude de Monsanto, selon un article du Guardian.

« Il est temps que l’Union européenne arrête de se laisser intimider par les lobbies de l’industrie et Monsanto. Le lien entre les agences européennes et Monsanto représente une menace sérieuse pour la démocratie »  assure Younous Omarjee.

Les agences européennes accusées de dissimuler des preuves contre le glyphosate

Les avocats qui poursuivent Monsanto en justice aux États-Unis accusent les agences européennes de sécurité alimentaire d’avoir « délibérément écarté certaines études » dans leur évaluation de la dangerosité du glyphosate.

Côté français, la question du glyphosate demeure sensible. Le 20 octobre, la société civile va officiellement remettre à Emmanuel Macron une lettre ouverte signée par 33 ONG sur le glyphosate, mais surtout une Initiative citoyenne européenne contre le renouvellement de la substance, qui a été signée par plus d’un million d’Européens.

Cette pétition, enregistrée à Bruxelles au début du mois d’octobre demande « une interdiction du glyphosate, de réformer la procédure d’approbation des pesticides et de fixer à l’échelle de l’UE des objectifs obligatoires de réduction de l’utilisation des pesticides ».

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