Le Parlement européen veut lutter contre le faux miel importé en Europe

Les apiculteurs dénoncent le miel frelaté. [Jérôme Fouquet/Ouest-France]

À l’approche d’un vote sur la protection des abeilles et l’importation de miel frelaté, les eurodéputés se penchent sur un secteur pesant 14,2 milliards d’euros dans l’UE. Un article de notre partenaire, Ouest-France.

Les eurodéputés ont débattu des moyens à mettre en œuvre pour en finir avec le miel frelaté le 28 février à Bruxelles. Ils demandent notamment plus de contrôle sur les produits importés de Chine et une labellisation plus facile d’accès pour les consommateurs. Le secteur apicole représente un marché de 14,2 milliards d’euros dans l’Union européenne.

Le Parlement européen vote jeudi sur un rapport d’initiative appelant à protéger les abeilles et stopper les importations de faux miel sur le continent. La plupart des groupes politiques soutiennent le texte, le sujet étant régulièrement porté au débat dans cette enceinte.

Les eurodéputés souhaitent l’augmentation des contrôles en qualité et quantité sur le miel importé, avec des pénalités plus lourdes pour les fraudeurs. Ils demandent également un label plus précis pour assurer une meilleure information des consommateurs.

Un tiers du miel vendu dans l’UE est frelaté

Allongés au sirop de sucre, élaborés à partir de maïs ou de riz, faussement étiquetés bio : plus de 30 % des miels vendus en Europe sont frelatés. Des eurodéputés socialistes interpellent la Commission.

Indispensables à la pollinisation des cultures

Les abeilles sont considérées comme très importantes car elles aident à la pollinisation des cultures agricoles. Dans le rapport porté par le Hongrois Norbert Erdos (conservateur du PPE, Fidesz), on estime que 84 % des espèces végétales et 76 % de la production alimentaire en Europe dépendent de cette pollinisation.

« Nous appelons la Commission européenne et les États membres à soutenir sans tarder des politiques ambitieuses avec un budget solide », déclare l’eurodéputé Michel Dantin (Les Républicains – PPE), président de la Semaine européenne des abeilles et des pollinisateurs

Les apiculteurs tirent régulièrement la sonnette d’alarme car le nombre d’abeilles et de colonies ne cesse de diminuer. En cause : l’agriculture intensive, l’utilisation de pesticides « tueurs d’abeilles », l’apparition de prédateur comme le frelon asiatique et la destruction de leur habitat naturel.

« L’environnement n’est guère favorable avec la pollution atmosphérique, celle des rivières, les conséquences des traitements agricoles et la disparition de notre bocage », explique Alain Lesclavec, président de la Manche Apicole. « Tout cela a conduit à un appauvrissement des sources de nectar. On en est arrivé à cette situation paradoxale où la biodiversité est aujourd’hui meilleure en ville », déplore-t-il.

La PAC laisse de côté les abeilles et les pollinisateurs

À l’occasion de la semaine de l’abeille, la question de l’inclusion des pollinisateurs dans la Politique Agricole Commune a été mise sur la table par les apiculteurs et les agriculteurs, qui estiment que des mesures spécifiques pourraient être mises en œuvre. 

Le marché du miel suscite la convoitise

Autre phénomène inquiétant : les vols de ruches, comme chez Joël Pelluau, apiculteur professionnel depuis 26 ans au Cap Fréhel. Il s’était fait voler 19 de ses 20 ruches durant l’été 2017. Le préjudice financier s’élevait à plusieurs milliers d’euros : 5 000 € pour le matériel et plusieurs milliers pour le miel. Il expliquait alors que ce type de vol était en train de se multiplier : « Avant, le phénomène concernait surtout le sud de la France. Mais on le voit se développer dans le Grand Ouest. »

Le secteur de l’apiculture possède un poids économique non négligeable : le marché dans l’UE représente 14,2 milliards d’euros. Avec seulement 600 000 apiculteurs et 17 millions de ruches, ce sont 268 millions de tonnes de miel qui ont été produites en 2015. L’Europe est ainsi le second producteur mondial, derrière la Chine. Cependant, pour répondre à la consommation des Européens, les importations venues de Chine sont importantes.

Malheureusement, le miel produit est souvent contrefait. Lorsque des contrôles sont effectués, on s’aperçoit que 20 % des échantillons prélevés sur les produits importés sont du « faux miel », communément appelé « miel frelaté ». Il s’agit principalement de mélanges de miel européen avec des produits frelatés ou contenant du sirop de sucre.

Autre problème : des erreurs volontaires sur l’origine géographique ou le caractère bio du miel. Les consommateurs doivent ainsi faire très attention. Même dans les magasins de grandes chaînes bios, cela manque parfois d’éthique sur l’étiquette. La mention « produit de France », conditionné dans l’Hexagone, n’est souvent pas clairement identifiée à côté du miel réellement « produit en France ».

« Il est urgent que l’UE prenne des mesures »

Autre enjeu : assurer la protection des abeilles. Les associations de défense de l’environnement dénoncent régulièrement l’utilisation par les agriculteurs des néonicotinoïdes, un groupe de pesticides controversés, utilisé depuis les années 1990. Ces pesticides très courants contribuent à la destruction des abeilles et autres pollinisateurs. Ils affectent le système nerveux des insectes, provoquant la paralysie et la mort. Or, ils ne font pas le tri entre types d’insectes, tuant les abeilles au passage.

En France, les députés ont effet voté en 2016 l’interdiction de ces pesticides, avec des dérogations possibles jusqu’en 2020. À compter de cette date, tous les néonicotinoïdes seront interdits en France. Le gouvernement d’Édouard Philippe a confirmé en juin 2017 que ces pesticides seront bien bannis dès 2018 avec des dérogations jusqu’en 2020.

« La pollinisation réalisée par les abeilles est essentielle à notre agriculture et notre environnement », déclare l’eurodéputé Michel Dantin. « Il est urgent que l’UE prenne des mesures énergiques pour soutenir la protection des abeilles », ajoute-t-il.

L'exécutif européen au chevet des pollinisateurs

Une consultation publique est ouverte jusqu’au 5 avril dans le cadre d’une initiative européenne, qui vise à enrayer le déclin inquiétant des pollinisateurs. Un article de notre partenaire, le Journal de l’environnement

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