Le retour possible des manifestations d’agriculteurs pourrait renforcer l’extrême droite aux Européennes

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Un récent rapport du Comité des régions (CdR) a confirmé que les agriculteurs pourraient devenir un important vivier électoral pour les partis d’extrême droite lors des prochaines élections. [EPA/PAWEL SUPERNAK]

Les mouvements de contestation contre les politiques environnementales de l’UE devraient se poursuivre, avec de possibles relances des manifestations d’agriculteurs avant les élections européennes de juin, ce qui pourrait faire les choux gras des partis d’extrême droite dans les zones rurales.

Alors que les États membres ont vu les agriculteurs déployer leurs tracteurs dans les grandes villes et bloquer les frontières pour protester contre les nouvelles règles européennes applicables au secteur, les partis conservateurs ont cherché à se positionner comme les principaux alliés des agriculteurs.

Entre autres griefs, le secteur agricole protestait contre les obstacles économiques et administratifs liés aux réglementations écologiques de l’UE, ce qui a poussé la Commission européenne à proposer d’assouplir certaines exigences environnementales de la Politique agricole commune (PAC).

Parallèlement, un récent rapport du Comité des régions (CdR) a confirmé que les agriculteurs pourraient devenir un important vivier électoral pour les partis d’extrême droite lors des prochaines élections.

Le quartier européen de Bruxelles a été le théâtre de pas moins de trois manifestations depuis le début de l’année, et un groupe d’agriculteurs radicaux menace maintenant de ramener les tracteurs au cœur de l’Europe quelques jours avant les élections européennes, qui auront lieu du 6 au 9 juin.

La Force de défense des agriculteurs néerlandais (FDF), fondée en 2019 en réponse aux manifestations des militants animalistes aux Pays-Bas, appelle les agriculteurs — ou, comme ils le disent, les « guerriers » et les « combattants » — à se joindre à une manifestation qui aura lieu le 4 juin.

« Si nous voulons nous débarrasser du joug [écologiste] de Bruxelles, nous devrons nous mettre au travail ! », peut-on lire dans leur communiqué de presse du 12 avril.

Interrogé sur la date de la manifestation, le porte-parole de l’organisation a expliqué à Euractiv qu’ils voulaient être proches des élections européennes et sensibiliser les gens à la possibilité de voter pour un avenir différent.

Selon la FDF, des groupes d’agriculteurs de dix États membres différents participeront, dont la Coordination Rurale française, la Plataforma 6-F espagnole et la Land schafft Verbindung (LsV) allemande.

La Coordination Rurale, le syndicat agricole le plus hostile au gouvernement français, a confirmé à Euractiv sa volonté de s’associer au mouvement.

En Pologne, les agriculteurs prévoient de descendre à nouveau dans les rues de Varsovie le 10 mai, après des mois de manifestations intermittentes à travers le pays et de blocages à la frontière avec l’Ukraine.

Le mécontentement des agriculteurs est particulièrement profond dans le pays, notamment à cause des importations de céréales ukrainiennes, les efforts du gouvernement pour les apaiser s’étant révélés insuffisants.

L’objectif de la manifestation, organisée par le syndicat Solidarnośc, est clair : mettre fin à l’agenda environnemental de l’UE, comme l’illustre l’affiche représentant une main frappant un crâne vert.

Colère agricole : les États membres accordent plusieurs milliards d’euros d’aide au secteur agroalimentaire

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L’extrême droite surfe sur la vague

Les dirigeants d’extrême droite de l’Union européenne ont saisi l’occasion de s’engouffrer dans la brèche ouverte par les manifestations d’agriculteurs, en se positionnant comme le meilleur candidat pour les zones rurales.

Selon Andrés Ródriguez-Pose, professeur d’économie et de géographie à la London School of Economics, l’extrême droite a trouvé dans les zones rurales un vaste vivier de potentiels électeurs.

« Les régions où le déclin économique est le plus important sont celles où le mécontentement a le plus augmenté », a-t-il expliqué à Euractiv, ajoutant que cette situation est exploitée par les partis antisystème et populistes.

La stratégie des dirigeants d’extrême droite pour mobiliser les zones rurales ressemble à la rhétorique guerrière utilisée par la FDF et Solidarnosc — il s’agit de « frapper » les règles de l’UE.

En Espagne, Santiago Abascal — dont le parti d’extrême droite Vox (groupe Conservateurs et Réformistes européens au Parlement européen, CRE) est le plus populaire dans les zones rurales —, a affirmé que les agriculteurs étaient « sur le pied de guerre ».

Il a décrit le Pacte vert pour l’Europe (Green Deal) et les Objectifs de développement durable (ODD) de l’ONU comme une « menace de mort » pour le secteur, ajoutant que quiconque les soutient est « l’ennemi des campagnes ».

De même, Jordan Bardella, leader du parti d’extrême droite français Rassemblement national (groupe Identité et Démocratie, ID), a accusé à plusieurs reprises l’UE de vouloir la « mort » de l’agriculture, affirmant que les manifestations d’agriculteurs étaient « le cri de la France qui ne veut pas mourir ».

Leçons pour les élections de juin

Les récentes expériences électorales en Europe semblent confirmer les prévisions d’un virage à droite lors des prochaines élections, et les zones rurales devraient constituer un vivier électoral important.

Au Portugal, le parti d’extrême droite Chega (ID) a quadruplé son nombre de sièges lors des élections du 10 mars et a renforcé son emprise sur les zones rurales.

En Pologne, où les élections régionales ont eu lieu le 7 avril, le parti national-conservateur Droit et Justice (PiS, CRE) a obtenu 43 % des voix dans les zones rurales.

« C’est la revanche de ces régions qui ont l’impression de compter pour rien du tout », selon M. Ródriguez-Pose, qui a ajouté que les zones rurales essayaient de gagner en visibilité en se « ruant » sur les partis les plus extrémistes.

« Si vous perdez tout espoir, vous vous révoltez contre le système », a-t-il expliqué, soulignant le « piège du développement » qui entrave les perspectives économiques dans les campagnes.


Hugo Struna a contribué à la rédaction de cet article.

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