Le secteur agricole attend beaucoup de la bioéconomie

La bioeconomie a connu un boom après la COP21. [Shutterstock.com]

Les agriculteurs français envisagent avec attention les opportunités offertes par l’association de la biologie et de la technologie. La réduction des intrants et l’optimisation de l’utilisation des végétaux pourraient améliorer la rentabilité du secteur.

Après le plan d’action pour la France présenté en printemps dernier, et une série de propositions de la Commission européenne qui ont suivi le 11 octobre, le sujet de la bioéconomie intéresse le milieu agricole au plus haut point.

« Pour nous, c’est une opportunité, qui va dans le sens dans lequel de la transition vers laquelle nous accompagnons déjà les agriculteurs » a assuré Claude Cochonneau, président des Chambres d’agriculture, mardi 20 novembre, lors d’un débat sur la bioéconomie organisé par Euractiv.

Entre biologie et technologie, la bioéconomie représente toutes les utilisations des bioressources, qu’elles viennent de l’agriculture, de la mer, de la forêt, ou des déchets.

A la croisée de plusieurs secteurs, la discipline a vraiment décollé après la COP21 : la biomasse peut fournir une alternative intéressante aux énergies fossiles, et la recherche permet aussi de proposer des substituts biologiques à un nombre considérable de dérivés du pétrole : pour la chimie, mais aussi les matériaux composites et techniques, l’optimisation du végétal.

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L’exécutif européen veut favoriser la bioéconomie pour s’affranchir des énergies fossiles. Sans trancher sur le débat des bioénergies et de leur impact sur la forêt.

« Notre proposition est une stratégie globale. C’est d’investir 10 milliards d’euros d’ici 2027, dont une centaine de millions d’euros pour assurer les risques liés aux projets. La bioéconomie peut aussi créer de l’emploi en milieu rural » assure Christiane Kirketerpe de Viron, membre du cabinet de Carlos Moedas, commissaire à la recherche, qui a piloté la proposition.

Des montants insuffisants selon Yvon Le Henaff, président du pôle Industrie Agro Ressources de Laon, qui centralise depuis 2005 les initiatives de la bioéconomie française. « Assurer les risques d’investissement, c’est l’enjeu majeur aujourd’hui»,  assure le spécialiste. Le pôle de compétitivité de Laon a permis d’orienter 1,7 milliard d’euros dans la filière depuis 2005, dont les deux tiers de financement privés. Au total 400 entreprises, qui exploitent des micro-algues, des raffineries, des méthaniseurs ou proposent le recours aux micro-organismes pour répondre aux besoins de l’agriculture sont membres du pôle.

Pour beaucoup d’initiatives, déjà expérimentées et validées, il s’agit désormais de changer d’échelle : c’est notamment le cas des techniques de « biocontrôle », testées depuis des années par l’INRA et des agriculteurs, pour limiter les intrants dans l’agriculture, et répondre aux attentes de la société qui consistent à limiter le recours aux énergies fossiles.

Manque de capitaux

Car si la bioéconomie séduit sur le papier, la montée en puissance des pratiques rencontre des freins. A commencer par le manque de capitaux. C’est le cas du biogaz et des installations de méthanisation, qui représentent « souvent pour l’agriculteur l’investissement le plus important de sa carrière » rappelle Claude Cochonneau.

Des pistes pour développer la bioéconomie

Pour aider à s’affranchir des énergies fossiles, l’UE veut faire plus d’efforts dans le développement de la bioéconomie. Bon élève, la France peut toutefois progresser en mettant l’agriculteur au cœur du processus.

Un problème auquel le think-tank agriDées a réfléchi.« L’agriculteur est au carrefour de plusieurs services, il faut qu’il en cueille les fruits. Dans bioéconomie, il y a économie, c’est une démarche de développement économique. Nous proposons que l’agriculteur soit rémunéré pour services environnementaux dans le cadre de la responsabilité sociétale des entreprises. Pour l’instant, seules les grandes entreprises investissent dans ces « paiements pour services environnementaux », mais on pourrait généraliser cette pratique » suggère Marie-Cécile Damave, responsable innovations chez agriDées.

Un mécanisme qui permettrait aussi de redorer l’image de l’agriculture, plus souvent dénoncée qu’encensée dans les médias notamment : c’est aussi cette perspective que le secteur agricole attend de la bioéconomie.

À condition que les conditions soient réunies pour des pratiques optimales. « On a un vrai problème de surtransposition des directives en France ! reconnait l’eurodéputée PPE et agricultrice Angélique Delahaye, à propos de la terminologie. Les déjections animales, considérées comme des déchets, ne sont pas cessibles par exemple. Par ailleurs les taux d’incorporation de certains déchets pour l’épandage sont limités. Un cadre qui n’existe pas ailleurs en Europe.

« Quand une start-up vient me voir et m’explique qu’elle peut valoriser des déchets, et que le droit français le lui interdit, il faut trouver des solutions » confirme Yvon Le Hénaff.

« C’est grâce à ce colloque que je m’aperçois que le Parlement européen évoque sans cesse  la bioéconomie : l’économie circulaire en fait partie, le dossier des biocarburants aussi !» insiste l’élue, qui estime que le taux d’incorporation des biocarburants européens dans l’essence devrait être examiné à cet aulne. En effet, les protéines produites lors de la production du colza permettent d’éviter d’importer du soja OGM, et d’assurer l’indépendance de l’alimentation animale tout en proposant des biocarburants, selon l’élue. Un exemple d’économie circulaire qui devrait selon elle être encouragé.

Le sort des biocarburants n'en finit pas de diviser le Parlement européen

La révision de la directive énergies renouvelables doit être votée le 17 janvier par les eurodéputés. La France critique le seul consensus trouvé par les eurodéputés, qui consistait à éliminer l’huile de palme des agrocarburants.

 

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