Le secteur agricole mise sur l’exploitation des données spatiales

Galileo GNSA

L’accès aux données est devenu un enjeu central pour le secteur  agricole. Et pourrait bénéficier des programmes spatiaux européens.

Du champ à l’espace, il n’y a qu’un pas. Avec le développement de l’agriculture de précision, l’accès aux données devient de plus en plus central pour le secteur agricole.

L’objectif étant d’améliorer au travers des nouvelles technologies la connaissance des exploitations et d’adapter in fine les techniques de production. Si une partie de ces données sont collectées par des outils terrestres (drones, capteurs), elles sont également produites à une échelle plus large par les nombreux satellites gravitant autour de Terre, dont ceux financés par l’Union européenne dans le cadre de sa politique spatiale.

Le Brexit retarde la course aux étoiles de l'Europe

La perspective des négociations de divorce entre le Royaume-Uni et l’UE ont forcé la Commission à repousser le financement de projets spatiaux à après 2020, malgré leur importance dans la politique spatiale européenne.

« Le spatial nous permet d’avoir une vision globale des choses », explique Hervé Pillaud, agriculteur et membre du Conseil national du numérique, lors d’une conférence organisée le 10 juillet au siège des Chambres d’agriculture françaises, à Paris. « Cela permettra à l’agriculture de jouer son rôle dans la transition écologique ». Selon l’agriculteur, les données collectées au niveau spatial peuvent également contribuer à améliorer la gestion des risques (climatiques par exemple) et l’information sur l’évolution des marchés mondiaux agricoles.

Au niveau européen, trois programmes spatiaux peuvent être mobilisés par le secteur agricole. Le programme d’observation de la Terre Copernicus tout d’abord, dont les données collectées trouvent des applications pour la compréhension du changement climatique, de l’évolution de la biomasse ou encore de la gestion de l’eau.

Les programmes de navigation par satellite Galilelo et EGNOS ensuite, le premier propre à l’Union européenne et le second venant renforcer le signal du système américain GPS. Particulièrement utiles pour l’agriculture de précision, les usages de ces systèmes vont du guidages des engins agricoles à l’application de débit variables, le suivi des récoltes et du bétail.

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Le programme d’observation de la Terre Copernicus arrive à mi terme. Lucas Buthion, directeur du bureau d’Eurospace à Bruxelles, estime que sa prolongation est une priorité industrielle pour l’UE.

« Les économies sont énormes en termes de ressources et de travail », estime Matthias Pestchke, chef d’unité à la direction générale pour la croissance de la Commission européenne, en charge de la politique spatiale, quant à l’utilisation de la navigation par satellite dans le domaine agricole.

D’après le fonctionnaire, EGNOS en particulier, comprend déjà une importante « communauté d’utilisateurs », mais le taux des équipements agricoles compatibles avec la technologie de navigation par satellite est, lui, plus limité.

« L’Europe va continuer à investir dans ces programmes », a promis Matthias Pestchke. Dans sa proposition pour le prochain cadre financier pluriannuel, la Commission souhaite investir 16 milliards d’euros en prix courants (sans prendre en compte l’inflation) pour sa politique spatiale sur la période 2021-27.

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Après 2020, l’UE devrait mobiliser la Politique agricole commune (PAC) pour introduire les technologies numériques nécessaires dans le secteur agricole, selon les experts en agriculture de précision.

Sensibilisation

L’Union européenne a adopté une approche ouverte des données collectées par ses satellites, en raison de leur caractère civile et non militaire.

Si cette ouverture donne accès à une masse de données considérables, elle pose la question de leur compréhension et de leur exploitation par les agriculteurs.

« Il ne faut pas prendre de retard pour sensibiliser les agriculteurs », a pointé Christiane Lambert, présidente du Conseil de l’Agriculture française, en soulignant le rôle de son organisation pour le développement des compétences des exploitants agricoles dans le domaine.

« Les plateformes de valorisation vont prendre de plus en plus d’importance, ces personnes qui vont être capables de créer les algorithmes pour travailler les données », plaide encore Hervé Pillaud.

Dans le secteur privé, des entreprises ont déjà investi le filon et proposent des services de mise à disposition des informations obtenues par satellite, ainsi que de conseil sur la base de ces dernières.

« Notre métier est vraiment d’aller jusqu’au conseil », défend David Hello, directeur général de TerraNIS,  qui propose de tels services dans les domaines agricole et viticole. « Ces conseils viennent soit de personnes dans notre équipe capables de faire le lien entre l’image et le monde de l’agronomie, soit de partenaires externes qui vont interpréter ces données en les croisant avec d’autres informations.» .

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