Le sillon fertile de l’agriculture

epa07404190 Le Salon de l'agriculture est une étape obligée pour les personnalités politiques françaises. Ici Bruno Le Maire, ministre des Finances (au centre) et Didier Guillaume, ministre à l'Agriculture (à droite). [EPA-EFE/CHRISTOPHE PETIT TESSON]

Le Salon de l’Agriculture vient de fermer les portes de son édition 2019. Le secteur est en pleine réinvention, et le mouvement est lancé avec un appétit pour le bio, le local et l’équitable. Un article de notre partenaire, Ouest-France.

L’Histoire se réinvente dans les marges. L’agriculture n’y échappe pas. C’est René Dumont plaidant pour l’agronomie face aux industriels de la chimie au détour des années 1970 ; la biologiste Rachel Carson publiant aux États-Unis en 1962 Le printemps silencieux et dénonçant les dangers des pesticides pour la biodiversité ; sans oublier les partisans de campagnes vivantes persuadés que la seule course à l’agrandissement des exploitations agricoles pouvait être une course vers l’abîme.

C’est sur ce terreau fertile que se réinventent l’agriculture et l’alimentation. Tout y contribue : les interrogations environnementales des consommateurs, la quête de sens dans une société en mal d’identité, le changement climatique. Le mouvement est lancé. De la grande distribution aux industriels de l’agroalimentaire, tout le monde a soudain de l’appétit pour le bio, le local, l’équitable.

Et si l’agriculture était l’une des solutions pour faire de la diagonale du vide qui prend la France en écharpe un croissant fertile ? Le fer de lance d’une reconquête des territoires.

À condition d’aller vite. Un agriculteur sur trois va prendre sa retraite dans les cinq ans et un sur deux dans les dix ans. Cela implique aussi de poursuivre le travail entamé lors des États généraux de l’alimentation. De faciliter l’accès au foncier de jeunes urbains désireux de s’installer. De moins gaspiller les terres et l’alimentation. La recette gagnante pourrait se décliner en trois D.

Agriculture européenne : où sont les femmes ?

Malgré les mesures en place, les jeunes et les femmes sont toujours très peu nombreux dans le secteur agricole européen. La nouvelle PAC permettra-t-elle de régler ce problème ?

Décentralisation

Dans le cadre de la prochaine Politique agricole commune (Pac) qui sera débattue par les futurs députés européens, certains présidents de Région – Alain Rousset (socialiste) ou encore Hervé Morin (Les centristes) – ont raison de plaider pour une gestion décentralisée d’une partie des soutiens européens. La diversité française des terroirs et des climats plaide en ce sens.

Les questions posées aux agriculteurs et aux industriels de la Drôme n’ont rien de commun avec celles des Bretons. Ceci éviterait le saupoudrage des subventions, un vieux travers français, et permettrait de bâtir de vrais projets agricoles alimentaires territoriaux.

Diversification 

La montée en puissance des pays du bassin de la mer Noire oblige les céréaliers français à repenser leur modèle. Réintroduire de l’élevage comme le souhaitait Xavier Beulin, l’ancien président de la FNSEA, développer de nouvelles cultures à forte valeur ajoutée, occuper toutes les niches.

L’agriculture française n’a pas vocation à nourrir le monde et à fournir des commodités comme le Brésil et les États-Unis. Mais elle peut s’appuyer sur l’innovation, et son image haut de gamme l’aider à se remplumer à l’export. La marche est haute. Le tissu industriel est vieillissant, constitué pour l’essentiel de TPE et PME dont les marges sont trop faibles. En quinze ans, nos concurrents allemands et espagnols ont vu leurs exportations progresser deux fois plus vite que celles des entreprises françaises. Attention aux discours angéliques. L’alimentation, c’est aussi une question de politique industrielle et de fiscalité.

Numérisation

S’appuyer enfin sur de jeunes pousses prometteuses. Des applis pour commander du vin et des produits, des start-up qui conçoivent drones et robots, recréent du lien entre agriculteurs, consommateurs et industriels. Les idées fourmillent, des projets émergent. Le numérique est un puissant accélérateur de toutes ces transformations.

L'essor du numérique dans l’agriculture peine à s'intégrer à la PAC

Le numérique a pris une place centrale dans le secteur agricole européen ces derniers temps. Mais son intégration à la politique agricole commune post-2020 reste incertaine.

 

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