Le sort des biocarburants n’en finit pas de diviser le Parlement européen

Une élimination totale de l’huile de palme des biocarburants européens d'ici 2021 se profile. [shutterstock]

La révision de la directive énergies renouvelables doit être votée le 17 janvier par les eurodéputés. La France critique le seul consensus trouvé par les eurodéputés, qui consistait à éliminer l’huile de palme des agrocarburants.

Le suspense sur le sort que les eurodéputés réservent aux biocarburants reste vif. À la veille du vote, mercredi 17 janvier, sur la révision de la directive RED, les eurodéputés affichaient encore des différences tranchées sur la conduite à tenir dans les années à venir à l’égard des biocarburants, alors qu’un consensus semble s’établir pour une cible de 35 % d’énergies renouvelables d’ici 2030.

Le débat revient de loin : au début des discussions au Parlement européen, certains élus souhaitaient éliminer tous les biocarburants d’ici 2030, à l’instar de la commission Environnement qui avait voté en ce sens. D’autres voulaient au contraire les développer.

Les biocarburants divisent profondément le Parlement européen

Les députés de la commission environnement proposent d’interdire la production de biocarburants en Europe, quand la commission agriculture suggérait de les favoriser. Les commissions industrie et transport doivent aussi se prononcer d’ici la fin de l’année.

Finalement, le texte risque prudemment de s’orienter vers un statu quo. Plutôt que d’éliminer les biocarburants de première génération du mix énergétique d’ici 2030, les eurodéputés proposent de conserver la part des biocarburants incorporés au carburant classique, soit 4,2 % du total au niveau européen, et avec une limite qui peut varier d’un État à l’autre.

« L’objectif est d’empêcher de nouveaux investissements, si on gèle les capacités de production on donne un signal très clair à l’agro-industrie », souligne Claude Turmes, eurodéputé vert et rapporteur de la directive.

La France au secours de l’huile de palme

Seule avancée majeure, la proposition d’éliminer totalement l’huile de palme des biocarburants européens d’ici 2021 semblait faire consensus au sein des groupes politiques.

Le gouvernement français s’est toutefois opposé à cette mesure dans un texte envoyé aux eurodéputés cette semaine. Avançant que la mesure d’élimination de l’huile de palme pourrait être attaquée devant l’Organisation mondiale du commerce, la France défend la contribution du palmier à huile, dont le bilan carbone est pourtant le pire de tous les agrocarburants en raison de la déforestation qu’il entraîne sur des zones humides qui sont des puits carbone.

« C’est un argument qui n’a pas de sens, l’interdiction de l’huile de palme ne vise pas un pays en particulier donc il ne peut pas être reçu à l’OMC » estime Yannick Jadot, eurodéputé Vert.

Le mouvement de dernière minute de la France semble être motivé par des raisons peu écologiques : dans le Sud de la France, sur l’étang de Berre, une des raffineries de Total spécialisées dans les biocarburants a largement recours à l’huile de palme, en raison de sa forte rentabilité.

C’est donc plus pour protéger des intérêts français que les producteurs d’huile de palme malaisiens que le gouvernement s’est prononcé sur ce sujet sensible, au grand dam des producteurs français de biocarburants dans les filières colza et betterave, qui souhaiteraient éliminer ce concurrent encombrant.

Le rapport de Blanco Lopez propose par ailleurs de limiter la part des biocarburants à 15 % des renouvelables utilisés dans les transports, un niveau minimal envisageable selon Dietrich Klein, président d’un groupe de travail à la fédération agricole Copa Cogeca. À l’inverse, Karima Delli, eurodéputé écologiste, regrette que les biocarburants deviennent la variable d’ajustement « parce qu’on a pris du retard sur la part des renouvelables dans les transports, notamment sur les batteries électriques ».

Les eurodéputés veulent distinguer les biocarburants européens des autres

La commission agriculture du Parlement européen a voté plusieurs amendements au projet de directive sur les énergies renouvelables. Soutenus par le PPE et les agriculteurs, contestés par certains sociaux démocrates, ces amendements visent à introduire la notion de « biocarburants durables »  dans la directive.

Biocarburants hautement durables, ultime pied de nez du PPE

Lors d’un ultime rebondissement, mi-janvier, les élus du PPE notamment français ont par ailleurs proposé une série de nouveaux amendements au texte créant une nouvelle catégorie de biocarburants, appelés « hautement durables », qui seraient exclus des seuils définis précédemment (amendements 349 à 352).

Les catégories de biocarburants méritant cette appellation sont très larges : elles concernent les biocarburants produisant également des protéines comme le colza ou à haut rendement comme l’éthanol. « C’est une façon de saborder le seuil d’incorporation, on va arriver à augmenter les seuils de production si ça passe » assure Édouard Martin, responsable du dossier pour les socialistes français.

Le moins que l’on puisse dire c’est que le Parlement européen n’aura pas trouvé de position consensuelle sur les biocarburants avant le vote, ce qui augure de négociations compliquées en trilogue pour les énergies renouvelables.

Exposé à un recul des taux d'incorporation, le biodiesel redoute aussi la concurrence argentine

La Commission européenne campe sur ses positions quant aux taux d’incorporation des biocarburants, ce qui préoccupe l’agricuture française d’autant que les importations de biodiesel argentin arrivent en Europe. C’est ce qui est ressorti d’un débat entre politiques et industrie qui a eu lieu le 5 octobre à Paris.

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