Le vin biologique prend peu à peu ses marques dans le vignoble français

Vers des vignobles moins gourmands de produits phytosanitaires. [Lukasz Szwa/Shutterstock]

Cet article fait partie de l'édition spéciale Le sujet environnemental rattrape le vignoble européen.

Alors que la consommation de vin décroit en France, les vins biologiques voient au contraire la demande progresser.  Mais le cahier des charges du bio fait prendre des gros risques aux exploitations.

En France, le marché du vin marque le pas depuis quelques années.  Avec une baisse globale de la consommation de l’ordre de 4% par an, selon Franceagrimer, les Français semblent de plus en plus raisonnables côté bouteille.

A l’inverse, le marché du vin bio connait de beaux jours, puisque la consommation des bouteilles respectant le cahier des charges de l’agriculture biologique affiche une croissance qui ne faiblit pas.  Selon une étude réalisée par l’institut britannique IWSR, les ventes de vins bios devraient croître de 14% par an au moins jusqu’en 2022.

Un dynamisme de consommation qui surfe sur la défiance grandissante des français à l’égard des pesticides de synthèses, interdits par le cahier des charges de l’agriculture biologique. En France, les vignerons qui décident de se convertir au bio sont de plus en plus nombreux.

Ainsi, le vignoble biologique représentait 94 000 hectares en France en 2018, soit une hausse de 12% des surfaces. Le chiffre d’affaires français de la filière pesant 1 milliard d’euros, selon l’Agence Bio et l’interprofession France Vin Bio.

Et la tendance devrait se poursuivre, alors que le débat publique pointe de plus en plus du doigt l’épandage de pesticides. Depuis plusieurs mois, le  grogne monte sur les Zones de Non-Traitement (ZNT), et le gouvernement a récemment engagé la consultation sur le sujet.

«  La pression sociétale est là sur la réduction de l’usage des pesticides, quand des communes veulent faire de ZNT de 150 mètres » explique Vincent Mercier, viticulteur bio en Côte de Bourg et membre du bureau de France Vin Bio.

Vignoble à faible notoriété

Les vins biologiques progressent notamment dans les vignobles aux appellations moins prestigieuses, alors que les appellations bien installées vivent sur leurs lauriers. Ainsi, les vignobles tels que l’Auvergne ont effectué un passage accéléré au vin bio. Dans les Côtes d’Auvergne (800 hectares), la moitié des vignerons indépendants sont en agriculture biologique. A l’inverse, la très réputée Champagne a encore des parts de bio très faibles, inférieures à 5%.

Pour 41 % des Français, le fait qu’un vin soit bio est un critère d’achat à part entière. Plus important encore, le prix que les consommateurs sont prêts à débourser pour une bouteille de vin bio est de 8,70 euros, soit près de 2 euros de plus que pour une bouteille de vin en agriculture conventionnelle, pour laquelle les Français estime pouvoir débourser 6,90  euros.

«Mais attention il faut faire un distinguo entre les intentions d’achat et les actes d’achat qui ne se concrétisent pas toujours, car la hausse du pouvoir d’achat des français n’est pas au RDV» assure. Vincent Mercier.

Pour autant, la conversion d’un vignoble en bio ne séduit pas tout le monde. Le cahier de la charge de l’agriculture biologique ne prend pas en compte l’ensemble des critères permettant de préserver l’environnement, notamment les émissions de CO2.

Et le renoncement à tout traitement de synthèse fait peser un risque non-négligeable sur les vignerons. « La prise de risque en bio c’est de renoncer complètement à un traitement conventionnel, donc  de risquer de perdre la récolte. Garder une possibilité de traitement c’est compréhensible» reconnait Vincent Mercier.

Et les intrants autorisés en agriculture biologique, comme le cuivre et le souffre font aussi l’objet de critiques d’un point de vue environnemental. D’autres démarches en faveur de l’environnement  peuvent séduire les viticulteurs, comme la biodynamie ou les vins nature, dont le cahier des charges est encore plus stricte.

Ce projet a été financé avec le soutien de la Commission européenne. La présente publication reflète uniquement l’avis de l’auteur et la Commission ne peut être tenue responsable de l’usage qui pourrait être fait des informations qu’elle contient.

Subscribe to our newsletters

Subscribe

Envie de savoir ce qu'il se passe ailleurs en Europe? Souscrivez maintenant à The Capitals.