Les agriculteurs italiens se mobilisent contre les faux produits « Made in Italy »

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Menée par la plus grande association italienne d’agriculteurs, la Coldiretti, la manifestation de lundi avait pour objectif de lutter contre l’augmentation du nombre de produits alimentaires étrangers faussement étiquetés comme produits italiens. [EPA-EFE/CLAUDIO PERI]

Dix mille agriculteurs se sont rassemblés lundi (8 avril) au col du Brenner pour exprimer leur mécontentement et recueillir des signatures pour une pétition contre les denrées alimentaires importées qui sont présentées comme d’authentiques produits italiens.

Menée par la plus grande association italienne d’agriculteurs, la Coldiretti, la manifestation de lundi avait pour objectif de lutter contre l’augmentation du nombre de produits alimentaires étrangers faussement étiquetés comme produits italiens, dans un contexte où les agriculteurs ont l’impression que l’Union européenne n’en fait pas assez au niveau des règles d’étiquetage, ce qui a permis à certains acteurs de l’industrie de commercialiser de faux produits « italiens ».

Les agriculteurs ont inspecté le contenu de camions, de véhicules frigorifiques et de camions-citernes qui transitaient par le col aux côtés des forces de l’ordre, à la recherche de « produits de mauvaise qualité ».

« Le col du Brenner symbolise le passage des produits contrefaits “Made in Italy” qui inondent notre marché, et c’est à partir d’ici que nous reprenons notre lutte pour la transparence de l’étiquetage concernant l’origine, qui est un droit des citoyens européens », a déclaré Ettore Prandini, président de la Coldiretti, durant la manifestation.

Ce rassemblement d’agriculteurs marque le lancement d’une pétition visant à mettre fin aux faux produits « Made in Italy », en demandant une loi étendant les exigences en matière d’étiquetage de l’origine à tous les produits alimentaires commercialisés au sein de l’UE. Aujourd’hui la mention de l’origine est obligatoire dans l’UE si l’information est nécessaire pour ne pas être trompé (produits arborant un drapeau national par exemple).

L’objectif de la Coldiretti est de recueillir un million de signatures en faveur de cette proposition.

Les agriculteurs italiens demandent également un renforcement des contrôles afin de prévenir la fraude alimentaire, comme par exemple les pommes de terre étrangères vendues comme étant italiennes, les artichauts de Brindisi contrefaits provenant d’Afrique ou encore l’huile de graine vendue comme de l’huile d’olive extra vierge dans les restaurants de Rome.

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Gare au protectionnisme

Dans une interview accordée à Euractiv Italie, Stefano Corsi, professeur associé d’économie agricole à l’Université de Milan, a noté que la manifestation visait à protéger les produits nationaux de la concurrence déloyale.

Il a souligné que les préoccupations de la Coldiretti concernant le manque de réciprocité dans les normes alimentaires et les systèmes de production sont légitimes, mais que l’absence de réciprocité n’est pas nécessairement synonyme de fraude alimentaire.

Si l’importation de denrées alimentaires produites dans des pays où le cadre de règlementations environnementales et sociales différentes peut avoir un impact sur la santé des consommateurs et sur la compétitivité des produits italiens et européens, seules les denrées alimentaires importées de pays tiers dans l’UE en prétendant qu’elles proviennent de l’UE constituent des cas de fraude.

M. Corsi a également mis en garde contre la mise en place de mesures trop protectionnistes, soulignant les risques qu’elles font peser sur les balances commerciales, les industries nationales et les exportations, qui soutiennent l’économie italienne. Il a insisté sur la nécessité de trouver sa place sur les marchés mondiaux tout en respectant les règles du marché afin d’éviter d’éventuelles retombées négatives.

En effet, l’Italie est une grande productrice et exportatrice de denrées alimentaires, en particulier de produits transformés (pâtes, préparations à base de tomates, huile, vin), mais pour certains d’entre eux, la production de matières premières agricoles est bien inférieure aux besoins de l’industrie », a expliqué M. Corsi.

De ce fait, « empêcher les importations mettrait en péril la chaîne d’approvisionnement, la consommation et surtout les exportations, qui ont soutenu notre économie ces dernières années ».

Il a cité en exemple la production italienne de couscous. Bien que l’Italie soit en tête de la production de blé dur — à partir duquel le couscous est fabriqué — elle n’est pas autosuffisante, puisqu’elle importe environ 65 % de sa consommation, ce qui fait d’elle le quatrième importateur mondial de blé dur.

En outre, les industries italiennes sont la première destination mondiale du concentré de tomates chinoises, provenant directement du Xinjiang, où la minorité ouïgoure fait l’objet d’une répression systématique. En 2020, plus de 97 000 tonnes de concentré de tomate chinois sont arrivées dans le pays, ce qui représente environ 11 % des exportations totales de Pékin — un chiffre qui a doublé en 2021.

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[Édité par Anne-Sophie Gayet]

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