Les députés LREM s’opposent à l’interdiction du glyphosate en France

Le glyphosate, herbicide commercialisé sous le nom de Roundup, reste très controversé en France (ici, une caricature datant d'août 2021). [Spech/Shutterstock]

Des députés de la majorité présidentielle viennent de se positionner contre l’interdiction du pesticide controversé en France, alors qu’une possible ré-autorisation du produit est actuellement évaluée au niveau européen.

Plusieurs dizaines de députés LREM se sont opposés, le 31 décembre dernier, à une proposition de loi visant à interdire le glyphosate en France qui avait été enregistrée à l’Assemblée nationale le 30 novembre par des députés de La France Insoumise (LFI).

Après une année 2021 marquée par les controverses autour des insecticides néonicotinoïdes et la possible ré-autorisation du glyphosate dans l’Union européenne, cette nouvelle annonce laisse présager des débats houleux en 2022 également, alors même qu’Emmanuel Macron a promis de faire de la diminution de l’emploi de pesticides dans l’UE un axe important de la présidence française du Conseil de l’UE (PFUE) que la France assume depuis le 1er janvier.

Pour rappel, la proposition de loi présentée par les députés LFI fin novembre appelle à l’interdiction de l’utilisation de produits phytopharmaceutiques contenant du glyphosate sur le territoire français.

Réaffirmant la « dangerosité avérée » du pesticide – classé cancérogène probable par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) -, les auteurs de la proposition soutiennent qu’en tant que présidente du Conseil de l’UE, la France « doit être exemplaire et ambitieuse » en interdisant cette substance, dont la dernière ré-autorisation en 2017 avait déjà été lourdement contestée.

Alors que l’autorisation actuelle expire fin 2022, une nouvelle autorisation du pesticide pour une période de cinq ans est actuellement examinée au niveau européen. Si le Groupe d’évaluation du glyphosate (GEG) – dont la France fait partie – avait jugé que le glyphosate « remplit les critères d’approbation pour la santé humaine » en juin dernier, les associations de protection de la santé et de l’environnement critiquent un processus d’approbation biaisé.

Argument repris par les députés LFI qui fustigent « l’opacité » du processus de ré-autorisation du glyphosate et sa « dépendance envers les données industrielles ».

Le glyphosate serait « le symbole d’un système agricole à bout de souffle », soutiennent les auteurs du texte, soutenant qu’interdire le glyphosate serait non seulement un engagement pour la santé publique et l’environnement, mais aussi contre l’emprise des « multinationales des phytosanitaires » qui seraient à la source d’un « modèle agroalimentaire mortifère, règne de la malbouffe imprégnée de pesticides et de perturbateurs endocriniens ».

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Dans un rapport publié ce mardi (16 novembre), l’association de défense de l’environnement soutient que le travail de réévaluation du glyphosate en vue de la ré-autorisation du pesticide au niveau européen l’année prochaine a été « gravement biaisé ».

Une posture que viennent donc de contester les députés de la majorité présidentielle. Dans un amendement présenté le 31 décembre, ceux-ci demandent la suppression de l’article unique de la proposition de loi.

« L’interdiction des produits contenant du glyphosate sans solutions ni alternatives aurait des effets désastreux sur notre agriculture, en engendrant des surcoûts importants pour nos agriculteurs et en fragilisant de nombreuses filières », selon les députés LREM.

Ceux-ci disent défendre « la vision d’une agriculture pragmatique engagée dans la transition environnementale et la baisse durable de l’utilisation des produits phytosanitaires par la mise en œuvre de solutions concrètes ».

En revanche, « l’interdiction générale et indifférenciée des produits contenant du glyphosate relève davantage du totem que d’une volonté de transition de notre agriculture, et n’est qu’un prétexte pour s’opposer à notre modèle agro-alimentaire, jugé « mortifère », alors même qu’il permet de nourrir des milliers de nos concitoyens », selon les signataires de l’amendement.

Le sujet sera à l’ordre du jour de la prochaine séance publique de l’Assemblée nationale, le 13 janvier prochain. Affaire à suivre.

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