Les eurodéputés divisés sur l’initiative citoyenne visant à interdire le glyphosate

Le glyphosate est l'herbicide le plus vendu au monde. [Mike Mozart/Flickr]

Plus d’un million de citoyens européens ont signé une pétition visant à interdire le glyphosate, un pesticide classé cancérogène probable. Face aux inquiétudes des européens, les députés sont divisés.

Un million trois cent mille citoyens européens souhaitent l’interdiction du glyphosate. Le parlement européen, qui a rejeté un renouvellement de dix ans de l’autorisation du glyphosate en octobre et a proposé une interdiction totale d’ici 2022, débattait lundi 20 novembre d’une initiative citoyenne européenne intitulée : « Interdire le glyphosate et protéger la population et l’environnement contre les pesticides toxiques ».

Isolé sur le glyphosate, le CIRC répond

Le Centre international de recherche sur le cancer, le CIRC, émanant de l’OMS, n’en démord pas : le glyphosate, pesticide le plus utilisé au monde, est probablement cancérigène. L’agence est cependant isolée.

« Nous nous félicitons de cette initiative, signe de bonne santé de la démocratie européenne », ont salué en chœur Éric Andrieu, du groupe S&D et Ian Huitema, député Alde. Le député socialiste semble toutefois s’alerter plus que son collègue néerlandais : «  nous devons appliquer le principe de précaution immédiatement » lance-t-il, tandis que le député libéral s’interroge : « l’interdiction du glyphosate permettra-t-elle d’engager la transition verte de notre agriculture ? ».

La situation est bien résumée par Brendan Burns , responsable en charge de l’agriculture et du développement auprès du comité économique et social européen : « les politiques européens sont placés dans une situation complexe dans la mesure où des études scientifiques arrivent à des conclusions contraires sur le glyphosate ».

Alors que l’OMS, par l’intermédiaire de son Centre international de recherche sur le cancer (Circ), a déclaré le pesticide « cancérogène probable pour l’Homme », d’autres études récentes semblent contredire cette analyse : une étude du Journal of the National Cancer Institute, menée sur le long terme aux États-Unis, ne parvient pas à établir de lien entre le pesticide et l’apparition de tumeurs chez les agriculteurs.

« Le glyphosate est cancérogène probable ? Le café aussi ! Pourtant vous buvez du café ! » raille le député UKIP John Stuart Agnew, ne semblant pas comprendre le problème que pose l’utilisation du glyphosate dans l’industrie agroalimentaire. Une sortie que  Franziska Achterberg, à l’origine du comité citoyen, ne pardonne pas dans sa réponse aux députés : « vous ne buvez pas de glyphosate mais vous y êtes exposés constamment. Des études montrent que le pesticide est présent dans 45 % des sols européens ! » lui rétorque-t-elle. La membre de Greenpeace regrette également les arguments tendant à nier le rôle probable du glyphosate dans la formation de cancers : « pourquoi la Californie l’aurait-elle interdit sinon ? » se demande-t-elle.

Onze questions pour tout savoir sur le glyphosate

Mercredi 25 octobre, l’Union européenne votera pour ou contre le renouvellement, pour une période de cinq à sept ans, de la licence du glyphosate, le désherbant le plus vendu dans le monde. Un récapitulatif de notre partenaire, Ouest-France.

L’initiative citoyenne permet à au moins un million de citoyens provenant d’au moins un quart des pays membres  d’inviter la Commission à agir sur le sujet de leur choix. Introduit par le traité de Lisbonne, le mécanisme n’est en aucun cas contraignant. L’initiative sur le glyphosate est la 4e plus importante en nombre de signatures jamais débattue au Parlement.

Les États membres de l’Union se prononceront sur un renouvellement de cinq ans du pesticide le 27 novembre.

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