Les Européens très critiques vis-à-vis du forçage génétique

Parmi les personnes interrogées pour ce sondage en France, près de 70% se sont dit opposés au « lâchers des organismes forcés génétiquement dans la nature », considérant que cette entreprise représente des « risques trop élevés ». [Auga Studio_SHUTTERSTOCK]

Un sondage publié ce mercredi 27 janvier révèle qu’une majorité d’Européens sont opposés aux lâchers d’organismes issus du forçage génétique. Cette technique, qui vise à éradiquer ou modifier certaines espèces dites nuisibles, sera au cœur des négociations cette année, alors que se profile la COP15 sur la biodiversité.

Imaginez un monde débarrassé d’insectes porteurs de maladies, de parasites agricoles, d’espèces envahissantes… Les possibilités semblent infinies avec la nouvelle technique du « gene drive », en français forçage génétique. Née au début des années 2000, cette technique de modification génétique permet à un gène d’être transmis de manière quasi-systématique à ses descendants. En quelques générations seulement, l’ensemble d’une espèce sauvage peut être remplacée par ces nouveaux individus génétiquement forcés.

Si certains scientifiques recommandent de lâcher ces organismes dans la nature, les Européens semblent majoritairement opposés à cette idée. Mercredi 27 janvier, un sondage commandé par dix associations environnementales européennes, dont France Nature Environnement, Pollinis et OGM Dangers, pointent la défiance des citoyens européens face à la manipulation génétique. Au sein de cette enquête réalisée dans huit pays – Allemagne, Bulgarie, Danemark, Espagne, France, ltalie, Pologne et Suède -, les Français font partie des plus critiques. Près de 70% des personnes interrogées en France se sont dit opposés au « lâchers des organismes forcés génétiquement dans la nature », considérant les « risques trop élevés » que représente cette entreprise. À l’inverse seuls 8% des répondants ont émis un avis favorable.

Convoitée par les entreprises

Cette technique ne rebute pas tout le monde. Certains scientifiques et laboratoire la voient comme une solution à différents défis : maladies, ravageurs agricoles… D’ici 30 ans, la population mondiale devrait augmenter encore de 2 milliards d’habitant, passant de 7,7 milliards actuellement à 9,7 en 2050. Les défis alimentaires et sanitaires ne pourraient-ils pas être dépassés grâce au forçage génétique ? Certains l’espèrent et en font d’ores et déjà la promotion. C’est le cas du programme Target Malaria, financé par la fondation Bill et Melinda Gates, qui vise à éradiquer le moustique anophèle porteur de la malaria au Burkina Faso. Pour rappel : en 2019, cette maladie a tué près de 229 millions de personnes.

Impacts environnementaux

Pourtant, le forçage génétique reste hautement contesté au sein de la communauté scientifique. Outre la relative nouveauté de cette technique – la première démonstration réussie de forçage génétique remonte à 2015 –, des chercheurs s’inquiètent de ses impacts éventuels sur les écosystèmes, la biodiversité et à terme la santé humaine. Virginie Courtier-Orgogozo, chercheuse au CNRS spécialisée dans les questions génétiques, a expliqué ses craintes au média environnemental Reporterre : « Si, finalement, on se rend compte que le forçage génétique ne fait pas ce qu’on voudrait et qu’on souhaite l’arrêter, la seule solution sera de créer une nouvelle cassette de forçage génétique, pour désactiver la première ». « On ne reviendra jamais au stade initial », affirme la chercheuse.

Pour les organisations environnementales opposés à cette nouvelle technique, la question du forçage génétique est certes scientifique, mais aussi hautement philosophique. « Le forçage génétique révèle le projet de se rendre comme maîtres et possesseurs de la nature par les “sciences de la vie”. C’est un projet démiurgique qui est la suite logique des OGM transgéniques. Peu importent les avantages et inconvénients : nous nous y opposons totalement », souligne Hervé Le Meur, président de l’association OGM Dangers.

Agenda politique 

Ces inquiétudes sont partagées au niveau international. En 2018 lors de la dernière Convention sur la diversité biologique (CBD), l’Organisation des Nations Unies (ONU) a indiqué que « compte tenu des incertitudes actuelles concernant le forçage génétique », elle recommande « d’appliquer une approche de précaution ». Une position sur laquelle s’est aligné le Parlement européen. En janvier dernier, les eurodéputés ont adopté une résolution demandant à la Commission et aux États membres d’adopter un moratoire sur la dissémination dans la nature d’organismes forcés génétiquement.

Si la pandémie actuelle a repoussé pour un temps ces débats, la question du forçage génétique reviendra sans aucun doute sur la table des négociations en 2021. En effet , plusieurs rendez-vous internationaux se profilent, notamment le Congrès mondial de la nature de l’UICN, qui devra se tenir à Marseille en septembre, juste avant la très attendue 15e conférence des parties (COP15) des Nations Unies.

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