Les forêts européennes ne peuvent pas freiner davantage le réchauffement

Les feux de forêt comme ici en Grèce contribuent à détruire les forêts européennes, qui devraient être mieux protégées selon une nouvelle étude. EPA-EFE/ALEXANDROS VLACHOS

Un recours massif au puits de carbone forestier serait contre-productif selon une étude française.

Les pays européens ne devraient pas compter massivement sur leurs forêts pour faire reculer le changement climatique, mais au contraire plutôt veiller à les protéger du réchauffement, souligne une étude parue mercredi dans Nature.

Les engagements de l’UE pour 2030, présentés à la COP21 en 2015 dans le cadre de l’accord de Paris, incluent pour partie le recours aux forêts comme puits de carbone, capables de pomper le CO2 de l’atmosphère.

Mais des chercheurs ont étudié différentes stratégies de gestion forestière en Europe, qu’il s’agisse de maximiser le stockage de CO2 ou de réfléchir plus de lumière, ainsi renvoyée vers l’espace. Des simulations qui en revanche ne prennent pas en compte d’éventuels reboisements ou au contraire déforestations.

 

Les quantités de carbone séquestrées pendant 90 ans par les arbres (2 parties par million) seraient faibles comparées à la quantité de carbone relarguée dans l’atmosphère pour le scénario le plus probable (où le réchauffement continuerait sur sa lancée actuelle, ndlr), soit environ 500 ppm, conclut Guillaume Marie, climatologue à l’Université de Paris-Saclay.

Pour absorber 8 milliards de tonnes de CO2 d’ici 2100, il faudrait que les conifères, espèces les mieux à même de pomper le carbone dans cette région du monde, remplacent les feuillus sur une surface équivalente à l’Espagne. Mais leur couleur plus foncée viendrait annuler ces gains, en alimentant le réchauffement, expliquent les chercheurs.

« L’erreur classique est de penser que séquestration de CO2 = refroidissement du climat », dit M. Marie à l’AFP. « C’est le cas si on ne change pas les propriétés optique, chimique et physique de la planète. Or en favorisant les forêts de conifères au détriment des feuillus, on change la couleur des feuilles ».

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Pour l’accord de Paris, l’UE s’est engagée à réduire d’au moins 40% ses émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030, par rapport à 1990, comptant sur les forêts pour environ un quart de cet objectif.

Or dans le même temps, l’Union, qui compte 182 millions d’hectares de forêt, soit 42% de sa surface, voit ce patrimoine dégradé par les sécheresses, les tempêtes, les insectes ravageurs, et les hommes… En avril dernier, la cour de justice de l’UE a condamné la Pologne, qui accueillera la COP24 en décembre, pour des coupes dans la forêt millénaire.

L’étude recommande aux gouvernements de plutôt concentrer leurs efforts sur la protection de ces écosystèmes, d’adapter les forêts au climat de demain, afin qu’elles puissent rendre encore leurs services écologiques, économiques ou culturels.

Enfin concernant un éventuel reboisement, une afforestation massive de l’Europe pourrait significativement réduire les émissions de CO2, mais ce scénario est très peu probable étant données la densité de population, estime M. Marie.

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