Les réseaux de jeunes agriculteurs se multiplient en Italie

Le principal obstacle auquel sont confrontés les jeunes agriculteurs concerne l’accès au crédit. En Sardaigne, le prix d’un hectare de terrain est de 17 000 euros environ, contre 108 000 en Ligurie. Et dans les Langhe (Piémont), un hectare de vigne peut coûter plusieurs millions. EPA-EFE/CESARE ABBATE

Cet article fait partie de l'édition spéciale Le renouvellement des générations dans l’agriculture.

Vous pouvez également lire cet article en croate, portugais et espagnol.

En Italie, les jeunes sont de plus en plus nombreux à se lancer dans l’agriculture, mais les obstacles sont légion. La construction de communautés constitue une manière efficace de les surmonter. Un article de notre partenaire Agronotizie.

Les chiffres sont éloquents : avec  55 000 exploitations dirigées par des agriculteurs de moins de 35 ans, l’Italie est le pays d’Europe qui emploie le plus de jeunes dans le secteur de l’agriculture. Héritiers de l’exploitation familiale ou jeunes amoureux de la nature, ils affichent des profils très diversifiés.

Selon des données de Coldiretti, la principale association italienne des entrepreneurs agricoles, les nouveaux agriculteurs savent se servir des nouvelles technologies, sont habitués à voyager, et sont particulièrement attentifs aux questions liées à l’environnement et à la protection sociale. En outre, un jeune agriculteur sur quatre est une femme diplômée.

Agriculture européenne : où sont les femmes ?

Malgré les mesures en place, les jeunes et les femmes sont toujours très peu nombreux dans le secteur agricole européen. La nouvelle PAC permettra-t-elle de régler ce problème ?

Il existe cependant de grandes différences entre ceux qui décident de se lancer dans le métier en partant de rien, et ceux qui héritent du domaine familial, qui demeurent majoritaires selon les statistiques. Les premiers possèdent des qualifications variées, un business plan et des idées claires.

Le principal obstacle auquel sont confrontés les jeunes agriculteurs concerne l’accès au crédit. En Sardaigne, le prix d’un hectare de terrain est de 17 000 euros environ, contre 108 000 en Ligurie. Et dans les Langhe (Piémont), un hectare de vigne peut atteindre le million d’euro. Les fonds mis à disposition par l’UE et l’État italien contribuent cependant à atténuer le problème.

Le rôle de l’éducation

Selon Coldiretti, cette année, quelque 22 000 jeunes de moins de 40 ans ont présenté une demande pour bénéficier de l’« aide au démarrage d’entreprises pour les jeunes agriculteurs » dans le sud de l’Italie. 78% des requêtes ont cependant été refusées en raison de retards administratifs.

Les fonds européens destinés au développement rural pour la période 2014-2020 risquent donc de repartir à Bruxelles. « C’est un préjudice terrible pour un territoire qui doit déjà faire face à de grandes difficultés », dénonce Confagricoltura, l’autre grande association du secteur agricole, qui montre du doigt la bureaucratie et les administrations régionales.

Cela dit, la plupart des jeunes qui étudient l’agriculture sont des enfants d’exploitants agricoles qui hériteront un jour de l’entreprise familiale. Durant l’année scolaire 2017-2018, 45 566 élèves ont opté pour une filière dans ce secteur.

Selon une enquête effectuée auprès des étudiants par AgroInnovation EDU (un programme d’éducation sponsorisé par Image Line), il ressort clairement que les agriculteurs modernes auront besoin de centrales météo (52,1%), d’applications web pour la gestion des opérations dans les champs (51,1%), de GPS (47%) et de senseurs (45 ,1%). Viennent ensuite les moteurs de recherche pour les produits phytopharmaceutiques et les fertilisants (39.4%), les drones (33,7%) et les robots (10,5%).

Le transfert générationnel n’en reste pas moins problématique. « Aujourd’hui les jeunes agriculteurs se sentent seuls et bien souvent, même s’ils sont préparés d’un point de vue académique, ils ne parviennent pas à imposer un changement de cap à l’exploitation familiale. Même s’ils sont propriétaires sur le papier, dans les faits, ce sont leurs parents qui continuent à prendre les décisions », explique Giuseppe Savino, fondateur de VàZapp’.

L’importance du travail en réseau

VàZapp’ est une association d’agriculteurs créée dans les Pouilles, dans le sud de l’Italie. Animée par des jeunes porteurs d’une nouvelle vision du secteur, elle constitue, pour les agriculteurs, un lieu de rencontre, de discussion et de partage des bonnes pratiques agricoles.

La pyramide des âges menace l'agriculture européenne

Les États membres ne peuvent faire l’impasse sur le renouvellement générationnel dans le secteur agricole . Or l’entrée de jeunes dans le secteur passe par un budget PAC important, selon les jeunes agriculteurs.

L’association est née à l’initiative de Giuseppe Savino et de Don Michele De Paolis, un prêtre décédé à l’âge de 93 ans, pour qui la terre était une source de travail et non une cause d’émigration vers le nord.

« Notre rôle est d’abord d’écouter. Je suis moi-même agriculteur et je sais qu’aujourd’hui, les paysans se sentent seuls et ne sont pas écoutés. C’est pourquoi nous avons inventé les « Contadinner » (la contraction des termes « contadino », qui signifie paysan en italien et « dinner », dîner en anglais), des dîners organisés chez les agriculteurs, au cours desquels chacun est libre d’exprimer des idées, des problèmes, des visions », explique Giuseppe Savino.

Le plus important est de créer des réseaux, selon l’association. A l’ère numérique, construire des communautés est indispensable à la survie des petits agriculteurs. Cela permet par exemple partager des bonnes pratiques agricoles, mais aussi de l’équipement. Pourquoi un agriculteur devrait-il acheter seul un tracteur alors qu’il peut partager la dépense avec un voisin ? Et pourquoi ne pas prévoir également un entrepôt centralisé afin de prévenir les vols ?

« Les jeunes agriculteurs voient les choses autrement, ils voudraient changer la manière de faire de l’agriculture, mais ils ne savent souvent pas comment s’y prendre. Ils se sentent isolés », confie Giuseppe Savino. Lui-même a repris l’exploitation familiale, qui produit des céréales, du raisin et de l’huile d’olive à Foggia, dans les Pouilles. « Il faut écouter les agriculteurs et leur donner du courage. Dans ce secteur, l’innovation se propage grâce à l’émulation. Les cours ex cathedra ne servent à rien, il faut des professionnels du secteur qui dispensent des formations au sein des exploitations agricoles, à des heures où les agriculteurs sont disponibles. »

Selon la vision de VàZapp’, la fonction des agriculteurs ne se limite pas à nourrir l’humanité, ils peuvent aussi faire office de thérapeutes. « Les citadins fuient à la campagne pour la beauté du cadre, la tranquillité, des rythmes de vie plus lents. Les agriculteurs peuvent devenir les gardiens du paysage et créer les relations dont tout le monde a besoin », a-t-il ajouté. Le rapport humain génère ensuite un lien économique, qui se traduit par la vente directe des produits de la terre.

En fin de compte, les expériences qu’offre la campagne contribuent à la rendre attrayante aux yeux des jeunes. Aujourd’hui, des milliers de personnes prennent part aux vendanges, à la récolte des olives et à la préparation du fromage.

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