Les agriculteurs allemands, polonais, roumains, français ont été rejoints dans leur mouvement de protestation par les agriculteurs belges, vendredi (26 janvier) et durant tout le week-end, formulant des demandes similaires à leurs collègues européens.
Les agriculteurs wallons ont protesté ce week-end dans le cadre de l’opération Trop is te veel (Trop c’est trop), menée par la Fédération wallonne de l’Agriculture (FWA), pour dénoncer la situation « étouffante » dans laquelle ils se trouvent aujourd’hui.
Le slogan français « On marche sur la tête ! » a été repris par les Belges, qui ont également retourné les panneaux à l’entrée de certaines villes.
Ces protestations, notamment des opérations escargot, le blocage de routes et la mise en place de barrages filtrants, se sont jusqu’à présent, déroulées dans le calme.
« Les citoyens n’ont pas à payer la note et notre but est d’être constructifs pour faire bouger les choses », a déclaré le principal syndicat agricole de la Région wallonne, cité par l’agence de presse Belga, l’objectif étant avant tout d’alerter les citoyens et les responsables politiques sur leur situation précaire.
Dans les prochains jours, les agriculteurs flamands devraient emboîter le pas, tandis que les Wallons continueront leurs actions durant la semaine en visant, entre autres, des sites agro-industriels.
Jeudi (1er février), les agriculteurs sont attendus à Bruxelles, selon Europe 1, où un sommet extraordinaire du Conseil européen aura lieu.
La colère des agriculteurs belges rejoint celle des agriculteurs roumains, polonais, allemands, néerlandais et français, à l’approche d’une élection européenne cruciale en juin au terme de laquelle une montée de l’extrême droite est attendue.
Revendications
En Belgique, les agriculteurs demandent, comme ailleurs en Europe, un revenu décent, puisqu’ils sont confrontés à une hausse des coûts de production, mais à une baisse des prix de leurs produits. Une situation qui n’est pas viable économiquement et n’incite pas les jeunes à se lancer dans le métier.
Ils demandent donc des législations qui permettraient au secteur d’être « réellement durable économiquement, environnementalement et socialement », comme on peut le lire dans un communiqué de la FWA.
En outre, ils dénoncent une surcharge administrative en raison des politiques environnementales européennes, mais également la complexité de celles-ci.
Le syndicat agricole insiste sur l’urgence « d’obtenir une réelle simplification administrative et de permettre à nos agriculteurs de non seulement retrouver le goût du métier, mais également de travailler plus durablement encore ».
Les agriculteurs souhaitent une révision « profonde » de la Politique agricole commune (PAC), ainsi qu’une « évaluation économique, environnementale et sociale par la Commission européenne de l’impact de toutes les législations et contraintes qu’elle a imposé au secteur ces dernières années ». Selon les agriculteurs, le budget de la PAC devrait compenser toutes ces contraintes et être augmenté et indexé en fonction de l’inflation.
Parallèlement à cela, ils fustigent des accords tels que le Mercosur, qui fait un peu plus peser le doute sur leur avenir. En effet, les agriculteurs déplorent le fait que l’UE importe des produits ne respectant pas les mêmes normes qu’ils doivent eux-même respecter en vertu de la législation européenne.
La FWA demande donc « l’interdiction d’importer chez nous des productions venant d’agricultures que nous ne voulons pas en Europe ainsi que des produits que nous produisons déjà sur notre territoire » et des « clauses miroirs non négociables » et obligatoires.
L’accès à la terre et la transmission des exploitations agricoles est un autre point soulevé. Dans son communiqué, la FWA insiste sur « l’importance de travailler sur le renouvellement des générations en agriculture », un problème en Belgique mais également dans d’autres États membres, tels que la France.
Et la situation est critique car, comme le rappelle la Fédération des jeunes agriculteurs (FJA), citée par Belga, « l’âge moyen du chef d’exploitation est de 55 ans, seul un exploitant de 50 ans et plus sur cinq déclare avoir un successeur, et 40 % savent déjà qu’ils n’en auront pas ».
Réponses du politique
La FJA, la FWA, mais également l’Algemeen Boerensyndicaat (ABS) flamand et la Fédération Unie de Groupements d’Éleveurs et d’Agriculteurs (FUGEA) se sont rendus dans la capitale vendredi pour rencontrer le ministre fédéral de l’Agriculture David Clarinval (Mouvement Réformateur/MR, Renew).
« On peut comprendre leur colère. Les causes sont multiples et nécessitent des réponses au niveau régional, fédéral et européen. Cela concerne entre autres les charges administratives de la nouvelle PAC, un budget insuffisant pour assurer un revenu décent, des contraintes environnementales du Green Deal excessives, l’absence de clauses miroirs dans les accords internationaux de libre-échange », a tweeté le ministre après la rencontre.
Pour lui, il faut « répondre de manière globale » à ces problèmes. « La mission première de l’agriculture est de nourrir les citoyens, les agriculteurs doivent pouvoir le faire avec un revenu juste pour investir et optimiser leur production avec des outils innovants », soutient-il.
Il a par ailleurs insisté sur le fait que l’agriculture devait être considérée comme « une activité stratégique essentielle, pas une variable d’ajustement d’autres politiques, environnementales et budgétaires notamment ».
Dimanche (28 janvier), le ministre wallon de l’Agriculture, Willy Borsus (MR), a annoncé la création d’une taskforce consacrée à la question de la surcharge administrative, une initiative saluée par la FWA.
Sur le plateau de RTL, le ministre wallon a expliqué qu’il prendrait contact avec son homologue du fédéral, David Clarinval et flamand, Jo Brouns (Chrétiens-démocrates et Flamands, Parti populaire européen), afin d’organiser une première réunion sur ce sujet.
« Je propose que l’on puisse dès la semaine prochaine mettre en place une taskforce avec le fédéral et les Régions, connectée à l’Union européenne, pour voir ce dont on peut se passer rapidement », a-t-il expliqué.
Vendredi il avait déclaré sur X qu’il fallait « saisir l’opportunité du dialogue stratégique ouvert sur l’avenir de l’agriculture annoncé par Ursula von der Leyen », en référence au dialogue stratégique lancé par la présidente de la Commission jeudi dernier (25 janvier) dont l’objectif est de discuter avec les parties prenantes des défis auxquels le secteur est confronté.




