Les paysans grecs et leur juteux jardin d’Olympe

Paraskevas Paraskevopoulos (à droite), paysan-président de Alfeios-Rodi SA pomegranates. | Ouest-France

Leur réponse à la crise, c’est la pacifique grenade. De la culture à l’embouteillage, ils contrôlent toute la chaîne de production de leurs jus de fruits. De quoi retrouver emplois et dignité. Un article de notre partenaire Ouest-France.

Le platane où ils aiment à se retrouver, au frais, est immense, énorme, aussi tordu et noueux que leurs oliviers. « Il a sans doute près de deux mille ans », répond Dimitri, évasif, se tournant vers ses vieux amis agriculteurs.

Deux mille ans ? Ça assoit le ton, calme et mesuré… Dans cette vallée de l’ancienne et noble Olympie, refuge de bien belles figures tutélaires, on cultive du tabac, des olives, des pêches. Et un solide sens des vraies valeurs.

La preuve. La mauvaise crise de 2008 a mis un genou à terre à l’antique mais éternelle Grèce. L’intransigeance du Fonds monétaire international, poussé par l’Eurogroupe, sous l’influence de quelques grandes banques d’Europe du nord (allemandes, mais aussi françaises), qui ont finalement sauvé leur mise, a abouti à une division des salaires par deux et à des coupes terribles sur les retraites, le système de santé et l’appareil éducatif.

130 familles et 90 emplois

Réponse des cinquante-neuf paysans de ce pauvre coin du Péloponnèse ? La grenade… Rien d’offensif, mais ce fruit rouge et juteux apprécié dans toute la Méditerranée. « On a voulu sortir notre région de la misère, en contrôlant tout par nous-mêmes, en ne dépendant de personne », réplique Paraskevas Paraskevopoulos, le président de leur bébé : Alfeios-Rodi SA pomegranates.

Il y a cinq ans, les cinquante-neuf ont d’abord pensé « à une coopérative ». Mais l’idée a mûri, ils lui ont préféré une société anonyme, détenue par 250 actionnaires. Pour moitié des paysans ; l’autre, des amis venus apporter de partout leur soutien enthousiaste, du crowfunding à la grecque. De quoi lever plus de 700 000 €. « Avec zéro banque ! » On comprend la méfiance de Paraskevas… Le reste est venu notamment de l’Union européenne (fonds Leader). Au total, plus d’un million d’euros investis dans une petite usine ultramoderne de production de jus de fruits, totalement automatisée.

Elle monte en puissance : 240 000 bouteilles produites cette année, « 400 000 l’an prochain », promet Paraskevas. Et 2 millions par an, à partir de 2019, quand les jeunes grenadiers qu’ils ont plantés dans leur vallée immortelle arriveront à maturité. Sans attendre, ils sont passés de 700 à 2 000 points de vente desservis dans le Péloponnèse et l’Attique, bientôt 12 000. Avant de viser l’exportation et l’Amérique, en déclinant bientôt marmelades, sucres, vinaigre balsamique, jus et arômes pour pâtisseries, cosmétiques et compléments alimentaires… Ils ne doutent de rien, foi de vieux Grecs.

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