Les quotas de sucre alimentent le débat en amont d’un vote sur la PAC

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Le comité de gestion du sucre de la Commission européenne a autorisé l’importation de 584 000 tonnes de sucre blanc depuis janvier, près de la moitié de la quantité que l’UE envisage d’approuver cette année. Cette décision va dans le sens des appels à l’abandon de la protection de longue date du marché domestique du sucre.

 

Alors que des importations sont nécessaires pour satisfaire la demande des Européens en sucre, des entreprises agroalimentaires s'unissent pour lutter contre les décisions de la commission de l'agriculture du Parlement européen. Cette dernière veut annuler un accord préalable visant à supprimer progressivement les quotas de sucre de l'UE d'ici 2015.

 

Un vote au sein du Parlement européen sur la politique agricole commune pour 2014?2020, qui inclut la prolongation des protections pour les viticulteurs et les producteurs de sucre, est prévu plus tard ce mois-ci.

 

Une coalition de groupes industriels représentant le secteur agroalimentaire a exhorté la semaine dernière les eurodéputés à rejeter les amendements de la commission afin de prolonger les quotas de sucre jusqu'en 2020. Elle a ajouté que cette décision allait à l'encontre d'un accord contraignant conclu en 2006 sur la réduction progressive des protections du marché.

 

Les groupes de pression ont été rejoints par d'autres organisations, dont des producteurs d'isoglucose, un édulcorant provenant de l'amidon de blé, de maïs et d'autres produits agricoles. La production d'isoglucose en Europe est militée par des quotas de sucre.

 

« Les quotas limitent la production de sucre de l’UE à seulement 80 % de la demande de l'UE et ils ont considérablement augmenté les prix : le sucre blanc de l'UE est maintenant 50 % plus cher que les prix de référence de l’UE et sur le marché mondial », a déclaré dans un communiqué la coalition qui regroupe plus d'une vingtaine de producteurs de boissons, de bonbons et de confiserie.

 

La coalition qui représente des organisations commerciales d'Allemagne, de Belgique, d'Hongrie, d'Italie, de Slovénie et d'autres a indiqué que les quotas affectaient les plus petites entreprises qui constituent l'épine dorsale du secteur.

 

« Les producteurs agroalimentaires de l'UE, qui représentent le plus grand secteur manufacturier de l'Europe dont plus de 90 % sont des petites et moyennes entreprises, sont confrontés à un désavantage concurrentiel sur les marchés mondiaux sensibles. Il s'agit d'une grave erreur de stratégie », peut-on lire dans le communiqué.

 

Le comité de gestion du sucre de l'UE a autorisé l'importation de 127 000 tonnes de sucre brut. La quantité d'importation pour satisfaire la demande s'élève donc à environ 584 000 tonnes depuis janvier, soit près de la moitié des 1,2 million de tonnes prévues pour cette année.

 

Maintenir la compétitivité des agriculteurs

 

L'Allemagne, l'Espagne et la France font partie des pays qui souhaitent prolonger les quotas de jusqu'en 2020. Les organisations agricoles déterminées à défendre les programmes de paiements de l'UE voudraient aussi disposer de plus de temps.

 

L'année dernière, le président du Comité européen des fabricants de sucre, Johann Marihart, a apporté son soutien à l'eurodéputé français Michel Dantin (Parti populaire européen), qui souhaite prolonger les quotas. « La production agricole nationale est une source fiable pour la stabilité de l'offre », avait-il alors déclaré.

 

Gerd Sonnleitner, le président de l'organisation des agriculteurs européens Copa, a également exhorté les décideurs politiques européens à conserver les quotas pour aider les producteurs européens de betteraves sucrières à maintenir leur compétitivité face à la concurrence mondiale.

 

Les quotas de sucre ont été révisé au cours d'une audition marathon de la commission en janvier où des eurodéputés ont irrité des organisations de défense de l'environnement en modifiant des règles environnementales proposées par la Commission européenne pour les agriculteurs.

 

Les consommateurs paient le prix

 

Les petites entreprises de confiserie qui luttent contre les amendements de la commission disposent également du soutien d'autres organisations. Parmi elles figurent des multinationales qui souhaitent que l’ensemble du Parlement revienne sur la décision de la commission de prolonger les quotas.

 

« Alors que tout le monde parle de sécurité alimentaire, de prix alimentaires, de crise des consommateurs et que le consommateur vit une situation assez difficile, [le vote sur la prolongation des quotas de sucre] est une position assez radicale », a déclaré Marc Engel, le directeur des achats d’Unilever, le producteur anglo-néerlandais de produits alimentaires et de biens de consommation.

 

« Il s'agit probablement de loin de la politique la plus protectrice de l'agriculture de l'UE et elle durera maintenant cinq ans de plus », a-t-il expliqué à EURACTIV lors d'un entretien la semaine dernière. Il a ajouté que l'ensemble du Parlement et les États membres de l'UE devraient mettre un terme aux quotas.

 

Il estime que les quotas ont coûté 26 millions d'euros à son entreprise en 2012, à savoir la différence entre le prix du sucre blanc en Europe et ce qui est disponible sur le marché mondial. Cette estimation ne représente peut-être pas grand-chose pour une entreprise qui génère des recettes de 51,3 milliards d'euros, mais la différence de coût affectera le client en fin de compte.

 

« Tout ce que nous pouvons faire, nous le compenserons. Mais en fin de compte, ce que nous ne pouvons pas compenser, nous le répercuterons sur le consommateur », a-t-il déclaré.

 

Dans son appel, la coalition industrielle a expliqué que l'Europe ne peut pas se permettre cette intervention sur le marché. « C'est pourtant exactement ce que l'Europe risque de faire si les quotas de production anachroniques et contreproductifs sont maintenus. Les priorités absolues pour l'UE sont actuellement l'emploi, la compétitivité et la croissance. La prolongation des quotas de sucre de l’UE ne contribue à aucune. »

 

Le comité de gestion du sucre de l'UE a approuvé jeudi (28 février) l'importation de 127 000 tonnes de sucre brut destiné au raffinage à un droit d'importation minimum de 141 euros la tonne, selon l'agence de presse Reuters.

 

Le comité a également approuvé l'importation de 95 293 tonnes de sucre blanc au prix minimum de 161 euros la tonne ainsi que la vente de 150 000 tonnes de surplus de sucre de betterave par rapport aux quotas nationaux à un prix réduit de 172 euros par tonne.

 

Depuis janvier, la quantité de sucre supplémentaire importé sur le marché de l'UE équivaut à 584 000 tonnes, alors que l'UE devrait autoriser un total de 1,2 million de tonnes pour cette année, selon un rapport de l'exécutif européen cité par Reuters.

 

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