Les villes sans pesticides mettent la pression sur le gouvernement

Malgré des plans successifs pour réduire l'usage des pesticides en France, ce dernier a globalement continué de progresser ces dernières années.

Plusieurs maires ont pris des arrêtés anti-pesticides en s’appuyant sur le principe de précaution, alors que le gouvernement a lancé une consultation sur les distances de sécurité pour l’épandage des produits phytosanitaires.

Ils sont de plus en plus nombreux. Les arrêtés anti-pesticides autour des zones d’habitation communes font des émules chez les collectivités locales.

Dijon, Gennevilliers ou encore le petit village breton de Langouët, ils sont nombreux à avoir proscrit l’épandage de pesticides près des zones d’habitation au nom du principe de précaution. Et le 12 septembre, 5 métropoles françaises (Paris, Lille, Nantes, Grenoble et Clermont-Ferrand) ont enfoncé le clou en annonçant de concert l’interdiction de l’utilisation des pesticides sur leurs territoires.

Le 10 septembre, c’était le président du conseil départemental du Val-de-Marne qui annonçait se joindre au mouvement anti-pesticide en signant un arrêté bannissant l’usage de pesticides contenant du glyphosate dans l’ensemble du département.

Ces annonces ont été faites alors que le gouvernement français a lancé le 7 septembre une consultation publique sur la question de la distance minimale entre l’épandage des pesticides et les habitations. Aujourd’hui, aucune règle globale n’encadre l’épandage de ces produits chimiques près des zones habitées.

La France lance une consultation publique sur les pesticides

Le gouvernement a soumis à consultation un arrêté fixant une courte distance de protection des riverains vis-à-vis des épandages de pesticides. Une mesure très largement insuffisante, déplorent les associations. Un article de notre partenaire le Journal de l’environnement.

Mais pour l’heure, le gouvernement prévoit des distances de sécurité sans traitement de seulement de 5 mètres pour les cultures dites basses, céréales, légumes, et de 10 mètres pour les cultures hautes, vignes, arbres fruitiers.

La sécheresse fragilise les mesures environnementales du secteur agricole

L’épisode intense de sécheresse subi par la France a déjà entraîné la suppression des jachères. Il crée aussi des tensions peu favorables aux négocations de la nouvelle PAC.

Ces distances, jugées insuffisantes par beaucoup, s’appuient sur un récent rapport de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation et de l’environnement (Anses). Dans cet avis, l’Anses évalue les risques d’exposition des personnes résidants près des zones d’épandage, mais seulement pour les distances de 2-3, 5 et 10 mètres. Ce que déplore les partisans d’une distance plus importante.

Le dispositif de zone sans pesticides doit entrer en vigueur le 1er janvier 2020. Mais il est largement critiqué par les associations écologistes. L’association France Nature Environnement propose par exemple un périmètre de sécurité de 150 mètres autour des habitations.

Une proposition qui priverait les agriculteurs français de 15 % à 20 % des surfaces cultivable, a mis en garde la FNSEA, le principal syndicat agricole.  Une réduction drastique qui pourrait obliger l’Hexagone à importer des denrées agricoles d’autres pays, a affirmé le 4 septembre, sur Europe 1Didier Guillaume, le ministre de l’Agriculture.

De fait, si la France reste le principal producteur agricole européen, elle n’en importe pas moins une partie de son alimentation – 20 % pointait un rapport du Sénat. Et sa production agricole stagne depuis plusieurs années.

Soutien populaire

Dans le bras de fer, les Français se rangent largement du côté de la lutte contre les pesticides. Ainsi, selon un sondage de l’Ifop réalisé en août, 96 % des Français soutiennent l’arrêté anti-pesticide du maire du petit village breton de Langouët, Daniel Cueff, figure de proue de cette mobilisation locale.

La mobilisation citoyenne autour du sujet des pesticides s’est organisée alors que les objectifs de réduction de l’usage des pesticides ne sont pas tenus par la profession agricole, et que le gouvernement peine à avancer sur des sujets devenus cruciaux dans l’opinion publique tels que le l’interdiction du glyphosate ou des pesticides tueurs d’abeille, les néonicotinoïdes.

En effet, le plan de réduction de l’usage des pesticide Ecophyto lancé en 2007 lors du Grenelle de l’environnement n’a eu aucune conséquence, l’utilisation des pesticides continuant à progresser au lieu de régresser. L’objectif principal de réduire de moitié l’usage des pesticides en France d’ici à 2018 a été repoussé à 2025, faute de progrès notables.

Troisième tentative en France pour réduire l'usage des pesticides

Un nouveau plan gouvernemental en faveur de la réduction des pesticides Ecophyto II+ a été adopté, après l’échec des deux premières tentatives. Un article de notre partenaire, le Journal de l’Environnement. 

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