L’industrie européenne contre-attaque face au biodiesel argentin

L'Argentine est le premier producteur de soja au monde, et raffine donc un biodiesel très bon marché

Une plainte pour aide d’Etat a été déposée auprès de la Commission européenne le 3 novembre.

Rebondissement dans la guerre commerciale qui oppose le biodiesel européen à son concurrent argentin. Suite à la levée des barrières tarifaires jusqu’alors imposées par l’UE au biocarburant en provenance d’Argentine en septembre, qui faisait suite à une plainte du pays devant l’OMC, l’organisation européenne des producteurs de biodiesel réplique.

« Nous avons déposé une plainte pour subvention déloyale auprès de la Commission européenne le 3 novembre » explique Raffaello Garofalo, secrétaire général de European Biodiesel Board, qui espère l’ouverture rapide d’une enquête en raison des risques pour l’industrie européenne.

Contactée par Euractiv, la Commission européenne n’a comme à son habitude sur les sujets de concurrence, pas souhaité confirmer. Selon nos informations, il est toutefois probable que l’annonce de l’ouverture d’une enquête soit annoncée en novembre au Journal Officiel de l’UE.

En plus de prendre des parts de marché, le biodiesel argentin pèse lourdement sur les prix du biodiesel : il est, et de loin, le moins cher du marché. Les Etats-Unis ont d’ailleurs, au motif d’une aide d’Etat trop importante, imposé cet été un taxe de près de 64 % sur le biocarburant argentin.

Du coup, les navires de biodiesel argentins destinés au marché américain ont changé de route après la nouvelle de la levée des barrières tarifaires européenne, qui étaient comprises entre 22 et 25 % du prix, depuis 2013.

Le biodiesel français s'inquiète de pertes de débouchés

Examinée en ce moment au Parlement européen, la proposition de directive sur les énergies renouvelables (RED II) crée la controverse. Limiter le taux de biocarburants n’est pas la solution, selon la filière biodiesel ; mais le statu quo non plus, selon les ONG.

Une plainte contre une aide d’Etat et non pas du dumping

Ce droit à l’importation s’appuyait sur une autre base juridique : il avait été mis en place au motif de l’anti-dumping. Cette fois, les producteurs de biodiesel estiment que le biodiesel argentin bénéficie à la fois d’une aide d’Etat et d’un impôt différentiel, qui crée une concurrence déloyale.

Premier producteur de soja au monde, l’Argentine a de facto une position dominante sur cette protéine végétale dont la planète entière nourrit son bétail. Elle impose donc une taxe à l’exportation, qui retombe sur les acheteurs in fine : les tourteaux de soja et autre huiles de soja argentins bénéficient à la fois aux producteurs qui intègrent la taxe dans leur prix de vente, et à l’Etat argentin, qui encaisse la taxe. Toutefois le biodiesel argentin, fabriqué à partir d’un soja hors taxe très bon marché, n’est pas soumis à cette taxe à l’exportation, ce qui en fait un produit très concurrentiel – mais en fait très subventionné du fait de cette mécanique  complexe , selon les producteurs de biodiesel européens.

La Commission européenne a désormais 45 jours pour indiquer si une enquête est ouverte sur le sujet, mais pourrait le faire nettement plus rapidement en raison de l’urgence de la situation : l’Argentine risque de littéralement inonder l’UE de biodiesel de soja argentin, qui plus est fabriqué à partir d’OGM.

Les producteurs espèrent également que la Commission prévoit d’enregistrer toutes les importations argentines à partir de l’ouverture de l’enquête, afin de décourager les exportateurs argentins.

Actuellement, en plus des Etats-Unis, le Pérou et l’Australie imposent des barrières tarifaires importantes au biodiesel argentin, ce qui rend l’hypothèse d’une riposte du pays devant l’OMC moins crédible. « Ils ne pourront pas dire que le problème, c’est le Pérou, les Etats-Unis, l’Australie et l’Europe. Le problème, c’est l’Argentine qui pratique une politique déloyale que l’UE se doit d’interrompre » assure Raffaleo Garofalo.