Loué soit le Brexit ? La Grande-Bretagne esquisse de nouvelles normes pour le bien-être animal

L’initiative citoyenne européenne « Pour une nouvelle ère sans cage » (1,4 million de signatures entre 2018 et 2020) a reçu un soutien « très massif » lors de son audition publique organisée la semaine dernière au Parlement européen. [kanphitchaya/Shutterstock]

Cet article fait partie de l'édition spéciale L’avenir du secteur agroalimentaire à la suite du Brexit.

La fin de l’élevage en cage, l’arrêt des exportations du bétail vivant, l’apposition d’étiquettes ad hoc : le bien-être animal est un sujet brûlant dans l’UE. Si l’Allemagne se voit comme leader en la matière, la Grande-Bretagne a également de grands projets. Des projets qu’elle pourrait concrétiser sans retenue à la suite du Brexit. Coup de projecteur sur l’autre côté de la Manche.

Nombreux sont ceux qui appellent à plus de bien-être animal en Europe. L’initiative citoyenne européenne « Pour une nouvelle ère sans cage » (1,4 million de signatures entre 2018 et 2020) a reçu un soutien « très massif » lors de son audition publique organisée le 15 avril au Parlement européen, a fait savoir Compassion in World Farming (CIWF), l’organisation à l’origine de l’initiative.

Dans le cadre de la stratégie « De la ferme à la fourchette » (F2F), la Commission européenne prévoit aussi une révision de la législation européenne sur la protection animale. Le 20 avril, plusieurs eurodéputés de la commission d’enquête sur la protection des animaux pendant le transport (ANIT) ont d’ailleurs exhorté l’exécutif à mettre un terme à l’exportation du bétail vivant vers des pays tiers.

Dans la même veine, les chefs d’État et de gouvernement s’étaient accordés en décembre 2020 sur la création d’un système d’étiquetage harmonisé sur le bien-être animal. Un thème particulièrement important aux yeux du ministère allemand de l’Alimentation et de l’Agriculture (BMEL), qui perçoit l’outre-Rhin comme figure de proue en la matière.

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La Grande-Bretagne, leader mondial ?

Si l’Allemagne aspire au podium sur le plan du bien-être animal, la Grande-Bretagne n’est pas sans reste. En effet, c’est bien au Royaume-Uni qu’émergent les premiers questionnements en faveur du bien-être animal. De ce fait, Londres a promulgué sa « loi sur le traitement cruel du bétail » (Martin’s Act) en 1822. En tant que « précurseur», le pays a ainsi contribué de façon considérable au développement du droit européen. Désormais, le Brexit offre à Westminster la possibilité de continuer à étoffer ses normes sur le bien-être animal en solo, d’après la Société royale pour la prévention de la cruauté envers les animaux (RSPCA).

Dans ce contexte, le gouvernement britannique semble œuvrer à l’arrêt des exportations du bétail vivant, comme l’a annoncé le ministère britannique de l’Environnement en décembre. L’interdiction des exportations fait partie d’un « nouvel effort du gouvernement, visant à renforcer la place de leader du Royaume-Uni ». Une offensive que l’UE a jusqu’à présent évitée, peut-on lire sur le site du gouvernement. Grâce à sa sortie du bloc, la Grande-Bretagne peut désormais « agir pour empêcher la cruauté inutile pendant le transport et devenir ainsi le premier pays en Europe à endiguer cette pratique ».

Au sein du navire européen, le transport transfrontalier du bétail vivant vers l’abattoir est autorisé. En revanche, il existe tout de même des règles à respecter, relatives, entre autres, à la durée maximale du transport ou aux soins des animaux à assurer pendant le transport. De plus, en Allemagne, le règlement européen à cet effet est renforcé par la loi nationale sur le transport du bétail. Si le BMEL dit veiller à ce que les règles imposées soient respectées à la lettre, l’organisation PETA juge que la protection des animaux reste insuffisante et permet une « misère animale légalisée ».

Des normes européennes s’appliquent également pour l’exportation de bétail vers des pays tiers. Toutefois, leur mise en œuvre par les États membres présente des lacunes, a déploré la commission d’enquête ANIT la semaine dernière.

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Le Brexit et le bien-être animal, une success-story mi-figue mi-raisin

L’initiative britannique en matière de bien-être animal est-elle donc réellement une success-story liée au Brexit, comme le ministre de l’Environnement George Eustice le laisse entendre ? En réalité, l’interdiction d’exportation ne concernerait que l’Angleterre et le Pays de Galle. Pour le moment, l’Écosse n’y participe pas et côté nord-irlandais, c’est le droit de l’UE qui prévaut. En outre, le texte législatif envisagé ne prend pas en compte la volaille. Pourtant, la production avicole est particulièrement sujette à l’exportation. D’après le Guardian, le Royaume-Uni exporte chaque année plusieurs millions de poulets, si bien que les exportations avicoles britanniques avoisinaient les 139 millions de livres sterling (env. 160 millions d’euros) en 2018.

En ce qui concerne l’élevage en cage, la Grande-Bretagne est également à la traîne par rapport à plusieurs États membres de l’UE. D’après le baromètre de la campagne « Pour une nouvelle ère sans cage », qui liste les pays européens en fonction de leur système « sans-cage », le Royaume-Uni occupe la 8e place. Ainsi, de l’autre côté de la Manche, 16 millions d’animaux sont élevés en cage, soit 34 % de l’ensemble des animaux d’élevage. En Allemagne, ce taux s’élève à 14 % (8,2 millions). Surprise : la première place du classement revient à l’Autriche, avec 3 % « seulement ».

Néanmoins, face à ce classement, la Grande-Bretagne prévoit d’agir. En effet, le Telegraph a annoncé à la fin du mois de mars que le 10, Downing Street envisageait de mettre un terme à l’élevage en cage « afin de montrer que le Royaume-Uni peut s’engager à respecter des normes plus strictes, maintenant qu’il a quitté l’UE ». De surcroît, il convient d’octroyer à la filière agricole le soutien nécessaire pour arrêter l’élevage des « Frankenpoulets » (par référence au monstre Frankenstein) – ces poulets à la croissance ultrarapide gavés pour devenir obèses.

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À quand la fin de l’élevage en cage et du transport des animaux destinés à l’abattage ?

Reste à voir quand et comment ces belles paroles laisseront place à la pratique, que ce soit en Grande-Bretagne, en Allemagne ou au sein de l’UE. Peu importe qui remportera la course à l’échalote, il s’agit surtout de part et d’autre de la Manche d’établir de nouvelles normes de bien-être de manière cohérente vis-à-vis du reste du monde.

La tâche n’est pas facile, car il est « clair » qu’une étiquette bien-être animal harmonisée au sein de l’UE ne peut pas entraîner des désavantages concurrentiels à l’étranger, explique le BMEL.

Toutefois, qu’il s’agisse d’étiquetage approprié ou de mesures pour contrer l’élevage en cage et le transport du bétail, tant que l’UE et le Royaume-Uni ne cesseront pas d’importer des animaux et des produits animaux bon marché, ils continueront de brasser l’air.

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