L’UE aurait réautorisé le glyphosate sur le conseil des industriels

L'homologation du glyphosate a été décidée sur la base d'une évaluation qui reprend presque entièrement les conclusions des producteurs du pesticide.

Une partie de l’évaluation des risques liés au pesticide a été directement écrite par l’industrie. Une étude commanditée par des eurodéputés met en lumière un vaste plagiat.

Plus de 72 % du travail du BfR (l’autorité fédérale allemande d’évaluation des risques) sur les dangers pour la santé que représente le glyphosate sont des copiés-collés d’études des entreprises le produisant. Plus grave, 50 % a été clairement identifié comme étant du plagiat, une pratique destinée à « tromper le lecteur » sur l’identité de l’auteur, selon un rapport rendu public mardi 15 janvier.

En clair, les autorités allemandes, mandatées par l’UE, ont produit un avis sur les risques que le glyphosate fait peser sur la santé qui contient presque exclusivement les observations de la « Glyphosate Task Force » (GTF). Mot pour mot. C’est sur cette base qu’à été ré-autorisée l’utilisation du pesticide pour cinq ans, fin 2017.

Le rapport de la BfR « met en danger la santé des consommateurs »

Problème, le GTF est le groupement des industriels voulant faire autoriser la commercialisation du glyphosate, avec le géant Monsanto à sa tête. Pourtant, l’étude « a été présentée comme indépendante » quand elle est sortie, fait remarquer Anja Hazekamp, euro-députée néerlandaise de la GUE (Gauche unitaire européenne) qui a co-présenté les conclusions du rapport sur le plagiat. « Le BfR met délibérément en danger la santé des consommateurs », s’indigne-t-elle.

De son côté, l’institut allemand se défend d’avoir enfreint les règles et argue que les résultats proposés par le GTF étaient de toutes façons les bons.

Le débat sur le glyphosate reprend après la condamnation de Monsanto

Le tribunal de San Francisco a condamné Monsanto à indemniser un jardinier en phase terminale de cancer. Une condamnation sans précédent qui a ravivé le débat houleux sur le glyphosate en Europe. Un article d’Euroefe.

Certains parlementaires avaient décidé de commander une étude sur les méthodes du BfR après que l’autorité a autorisé le produit alors que le Centre international de recherche sur le cancer l’avait classé comme « cancérigène probable », en mars 2015.

Dans le détail, l’un des auteurs, Stéphane Weber, explique que « dans certaines sections du rapport, les titres sont trompeurs. Ils présentent le contenu comme étant la démarche propre du BfR alors qu’en réalité, c’est le texte de l’industriel qui a été repris ». Pour lui, l’intention de tromper est claire.

Les producteurs ont la main-mise

En effet, l’autorité allemande, dans son examen des études scientifiques relatives à la nocivité du pesticide, s’est majoritairement contentée de suivre l’avis du fabriquant. « Monsanto a fait une évaluation de toute la littérature scientifique sur le sujet. Ce sont eux qui ont décidé quelles études prendre en compte et c’est ça que le BfR a repris presque intégralement », explique Helmut Burtscher-Schaden, l’autre co-auteur.

Pesticides: vers plus de transparence dans l’homologation?

Le système d’autorisation des pesticides doit faire preuve de plus de transparence, a conclu la commission d’enquête du Parlement européen. Un article de notre partenaire, le JDLE.

« Les producteurs ont d’autres priorités en vue que la santé du consommateur, les autorités doivent donc être les garantes de sa protection », s’indigne Anja Hazekamp. Cet attendu est largement remis en question à la lumière de l’enquête.

Si bien que les députés l’ayant commanditée appellent fermement l’UE à en prendre acte rapidement. « Les autorités européennes doivent accepter ces conclusions immédiatement et interdire le glyphosate dans l’attente d’autres études », réclame Guillaume Balas, eurodéputé français affilié à Benoît Hamon.

Besoin de financement

Mercredi 16, le Parlement européen doit voter un rapport préconisant des modifications dans la procédure d’autorisation des pesticides au sein de l’Union. La question du financement des autorités sanitaires est centrale. Pour le moment, « il n’y a pas assez d’argent pour examiner exhaustivement toutes les demandes d’autorisation de mise sur le marché », se plaint Maria Noichl, eurodéputée allemande du S&D.

Les eurodéputés veulent plus de transparence dans l'évaluation des pesticides

La commission spéciale sur les pesticides a voté, ce jeudi 6 décembre, les recommandations pour améliorer la procédure d’autorisation des pesticides dans l’Union européenne. Un article de notre partenaire, Ouest-France.

En parallèle des fonds supplémentaires réclamés, d’autres idées ont germé dans l’esprit des rapporteurs, comme la publication obligatoire et officielle de toutes les études indépendantes sur un sujet dans un registre, pour s’assurer de leur prise en compte.

Nouvel examen prévu en 2022

Mais l’une des principales critiques du système actuel concerne surtout le mode de désignation du pays chargé de conduire l’évaluation. À l’heure actuelle, il est choisi par l’entreprise demandeuse, ce qui pose des questions d’impartialité en fonction de la taille du producteur dans l’économie du pays désigné. « Il faut casser ce lien », purement et simplement pour Guillaume Balas.

La désignation de l’État rapporteur doit se faire « sur la base des critères d’une évaluation indépendante, objective et transparente », indique le rapport des euro-députés. Un de ces co-auteurs, Bart Staes, élu belge membre du groupe des Verts, rappelle qu’en « 2022, les entreprises fabriquant le glyphosate devrons refaire la demande d’autorisation. Nous voulons juste nous assurer que ce processus soit fait dans les règles ».

En France, l’usage du glyphosate est interdit aux particuliers depuis le début de l’année.

La France reste loin d'interdire le glyphosate

Le ministre français de l’Agriculture, Didier Guillaume, défend la décision du gouvernement de remettre à 2020 l’interdiction du glyphosate. Il estime que si l’interdiction était appliquée immédiatement, de nombreux agriculteurs seraient en difficulté.

Subscribe to our newsletters

Subscribe