L’UE réexamine les objectifs du Green Deal pour l’agriculture afin de garantir la sécurité alimentaire

Le ministre français de l'Agriculture, Julien Denormandie (à gauche), et le commissaire européen à l'Agriculture, Janusz Wojciechowski (à droite). [UE]

La Commission européenne va réexaminer les objectifs de ses principales politiques en matière d’alimentation durable, à savoir la stratégie « de la ferme à la table » ainsi que celle en faveur de la biodiversité, afin de déterminer si elles pourront garantir la sécurité alimentaire de l’Europe au lendemain de la guerre en Ukraine.

Le secteur agricole de l’Union européenne risque d’être durement touché dans les semaines à venir, pris en étau entre le revers des sanctions imposées à la Biélorussie et à la Russie et la réduction des échanges avec l’Ukraine, qui représente à elle seule 19 % des importations de blé et 13 % des importations d’oléagineux de l’UE.

« À moyen terme, la guerre aura des répercussions sur la capacité à produire de la nourriture en Europe et ailleurs », a indiqué le ministre français de l’Agriculture Julien Denormandie, président actuel du Conseil des ministres de l’Agriculture de l’UE.

Cette situation inédite pourrait conduire à un réexamen des politiques de la Commission présentées il y a plus de deux ans et demi, qui visent à rendre le système alimentaire européen plus durable grâce à une série d’objectifs rigoureux.

« Nous devons garder un œil attentif sur les objectifs de ces politiques en ce qui concerne la sécurité alimentaire », a déclaré le commissaire à l’Agriculture, Janusz Wojciechowski, à l’issue d’une réunion spéciale avec les ministres de l’Agriculture des 27 États membres de l’Union, mercredi 2 mars.

Il a ajouté que, si la sécurité alimentaire était menacée, la Commission devait éventuellement rectifier certains objectifs.

« Nous ne voulons pas balayer ces stratégies, nous ne voulons pas les remettre en question », a expliqué le commissaire. « Mais il y a d’autres éléments qui doivent être réexaminés, compte tenu de la situation actuelle », a-t-il poursuivi.

La guerre en Ukraine place la sécurité alimentaire de l’UE sous les feux de la rampe, le secteur agricole doit se préparer

La guerre en Ukraine a mis au premier plan la question de la sécurité alimentaire au sein de l’UE, et la Commission européenne avertit le secteur agroalimentaire européen qu’il doit se préparer à l’impact du conflit.

Priorité aux protéagineux

Julien Denormandie a repris cette idée et a affirmé que tous les États membres qui sont intervenus lors de la réunion ont fait référence à la souveraineté alimentaire, estimant qu’elle devrait être considérée comme l’une des priorités politiques de l’UE.

« La Commission va évaluer ces stratégies pour voir si nous devons les ajuster à la lumière de la vision politique d’une souveraineté agroalimentaire européenne », a-t-il affirmé lors d’une conférence de presse.

Les ministres ont déjà soumis à la Commission la proposition de mettre en jachère des terres agricoles destinées à la production de protéagineux. « Je ne peux pas m’engager sur quoi que ce soit à ce stade, mais nous allons examiner la question », a commenté M. Wojciechowski.

M. Denormandie a précisé que cette demande des ministres ne concerne que l’année en cours, compte tenu de l’urgence de la situation puisque les protéagineux peuvent avoir un impact important sur l’alimentation animale. Il s’agit d’un enjeu majeur à l’heure actuelle en raison du manque d’importations en provenance d’Ukraine.

Des perturbations du marché à l’horizon

Selon la Commission, le conflit ukrainien affectera chaque État de manière différente. Les Pays-Bas, l’Allemagne et la Pologne seront les plus touchés, de même que leurs voisins comme l’Estonie et la Lettonie.

Le commerce avec l’Ukraine et la Russie représente 10,5 milliards d’euros d’exportations et 8 milliards d’euros d’importations, a rappelé le commissaire polonais.

L’impact du conflit armé sera particulièrement visible sur le marché des céréales et des oléagineux et huiles, dont la Russie et l’Ukraine sont de grands producteurs, a indiqué une source diplomatique à EURACTIV.

En raison de la baisse des approvisionnements, une nouvelle hausse des prix mondiaux est attendue, et les prix élevés de ces produits affecteront l’ensemble du secteur agroalimentaire, y compris les prix des aliments pour animaux et des produits semi-finis destinés à la transformation.

Dans le même temps, les opérations humanitaires aux frontières européennes, mais aussi en Ukraine, entraîneront une augmentation de la demande en denrées alimentaires.

« Ce que nous voulons, c’est nous assurer que nous fournissons l’aide alimentaire, mais également que […] l’Europe peut produire suffisamment de nourriture pour couvrir les besoins de l’Europe et du monde entier », a déclaré M. Denormandie.

Les fortes fluctuations du prix du gaz, ainsi que les facteurs inflationnistes dans les économies nationales peuvent également affecter la compétitivité des prix des produits agroalimentaires européens.

Le projet de la Commission

La Commission européenne a prévu d’examiner la possibilité d’introduire des mesures exceptionnelles dans le cadre de l’organisation commune des marchés agricoles (OCM), le filet de sécurité des agriculteurs en cas de crise.

« Dans cette situation, deux mesures pourraient être prises : l’aide au stockage privé et la réserve de crise », a indiqué le commissaire polonais.

L’aide au stockage privé est une forme traditionnelle d’intervention publique de l’UE qui vise à rééquilibrer un marché perturbé en réduisant une offre excédentaire à court terme.

Cette aide est autorisée par la législation européenne pour certains produits tels que le sucre blanc et les produits laitiers, mais elle doit être évaluée et approuvée par la Commission si elle dépasse une certaine limite.

La réserve de crise a quant à elle été introduite par la Politique agricole commune (PAC) de 2013 et peut être utilisée pour financer des mesures exceptionnelles visant à contrer les perturbations du marché affectant la production ou la distribution.

Toutefois, ce fonds n’a jusqu’à présent jamais été utilisé malgré les demandes car il est alimenté chaque année par des réductions des paiements directs dans le cadre du mécanisme de discipline financière.

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