Lyon mise sur les semences locales pour sa sécurité alimentaire

L'institut Vavilov relance les légumes rustiques ocaux

Sélection de semences et de greffons résilients, partenariats avec les agriculteurs locaux, circuits courts: tel pourrait être le triptyque du prochain projet alimentaire territorial du Grand Lyon. Un article du JDLE.

On avait rarement vu autant d’officiels et de journalistes se presser autour de quelques graines. Et pourtant. Jeudi 11 avril, représentants de la Métropole de Lyon, entrepreneurs, scientifiques inauguraient la station d’expérimentation agronomique Vavilov: une première européenne.

Agronome, généticien et botaniste russe, Nikolaî Vavilov a créé l’une des plus importantes collections mondiales de semences, abritée depuis 1967 dans les vergers et les caves de l’institut éponyme. Situé à Saint-Pétersbourg, l’institut Vavilov stocke et replante graines et semences de 325.000 variétés et espèces de plantes. Une collection inestimable pour ceux qui veulent adapter l’agriculture aux contraintes climatiques, sans puiser dans le génie génétique et les molécules chimiques.

Le manque de diversité des semences pénalise la sécurité alimentaire

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Une ferme conservatoire à Charly

En partenariat avec la Métropole, quelques mécènes[1] et les universités de Lyon et de Grenoble, le Centre de ressources de botanique appliquée (CRBA) de Marcy s’est chargé de l’installation de la station, sur le terrain de sa toute nouvelle ferme conservatoire Melchior, située à Charly (Rhône).

La mission allouée à la station Vavilov lyonnaise est plurielle. «Elle nous permettra de voir si les graines que nous a données l’institut Vavilov s’acclimatent au terroir», explique Sabrina Novak. En galop d’essai, les botanistes du CRBA ont déjà testé des orges (brassicoles!), des avoines et des melons. «Notre exigence est triple: que les plantes testées soient résilientes aux conséquences locales du réchauffement, qu’elles soient cultivables sans intrants et qu’elles soient de haute qualité nutritive», précise la directrice adjointe du CRBA. Les graines, semences et greffons des fruits, légumes et céréales sélectionnés seront gratuitement mis à la disposition des utilisateurs volontaires: agriculteurs, particuliers, entreprises. A charge pour eux de les multiplier.

Projet alimentaire territorial

Ambitieux, ce projet s’intègre dans une politique plus vaste: un projet alimentaire territorial (PAT), dont l’objectif est de sécuriser l’approvisionnement alimentaire du million d’habitants de la Métropole. «Nous vivons une situation ubuesque, indique Bruno Charles, l’un des vice-présidents: 96% des aliments consommés dans un rayon de 50 kilomètres autour de Lyon sont importés, alors que 85% de la production agricole locale est exporté.»

Porté notamment par l’élu écologiste, le PAT ambitionne de développer les productions vivrières locales. Dont beaucoup pourraient être issues des collections Vavilov. «Dès que le PAT sera voté par la Métropole, au mois de juin prochain, nous monterons des partenariats avec les agriculteurs installés sur le territoire.» Les conditions du deal sont connuesLes producteurs de céréales, de fruits, de légumes (ou de vins!) s’engagent à réduire leur utilisation d’intrants, voire à se convertir à l’agriculture biologique. En contrepartie, la Métropole activera ses réseaux pour constituer des circuits courts de distribution. Les Lyonnais ne vont pas tarder à déguster.

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[1] Groupement national interprofessionnel des semences et plants (Gnis), région Auvergne-Rhône-Alpes, Tarvel, Groupama, Crédit Agricole.

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