Marc Fesneau, nouveau ministre de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire

Marc Fesneau à l'Assemblée nationale en 2017 [EPA/CHRISTOPHE PETIT TESSON]

Marc Fesneau, 51 ans, remplace Julien Denormandie dans un ministère nouvellement baptisé ministère de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire.

Jusqu’alors ministre délégué chargé des relations avec le Parlement, il n’a eu qu’à traverser la rue pour rejoindre son nouveau ministère rue de Varenne dans le 7e arrondissement de Paris. « Belle route à toi et bons vents », a-t-il lancé à son prédécesseur Julien Denormandie ce samedi 21 mai, jour de passation. Les deux hommes se connaissent bien, se tutoient. Se donnent l’accolade. Encore peu connu du grand public, Marc Fesneau a pourtant marqué le monde agricole.

« Tropisme personnel, familial et professionnel »

« Je sais l’attachement de Marc Fesneau à l’agriculture et aux territoires ruraux » écrivait Christiane Lambert, présidente de la FNSEA sur Twitter. L’ancien maire de Marchenoir, petite commune située dans le sud-ouest de Paris (Loir-et-Cher), possède un fort ancrage dans la ruralité. L’ensemble du secteur lui reconnaît une bonne « connaissance des dossiers ». Il avoue lui-même dans son discours de passation avoir un « tropisme personnel, familial et professionnel » pour l’agriculture.

Son père, exploitant agricole, fut également conseiller technique au ministère de l’Agriculture dans les années 1980. Après avoir travaillé pour une entreprise de conseil pour le ministère, Marc Fesneau occupera plusieurs postes clé à la chambre d’agriculture du Loir-et-Cher, jusqu’à celui de directeur chargé des politiques de développement local et des fonds européens, en 2000.

Pas surprenant, donc, de le voir arriver à la tête du ministère. Il aurait même refusé le poste dans le premier gouvernement en 2017 et l’a raté de peu à l’occasion du remaniement de juillet 2020. Avant d’accepter finalement le 20 mai dernier. 

La task-force de la France pour l’écologie et l'énergie

Deux ministres à la fibre technique et passées par le secteur privé, Amélie de Montchalin et Agnès Pannier-Runacher, devront mener à bien la politique écologique de la France, sous l’œil attentif d’Élisabeth Borne, Première ministre.

Priorité à la souveraineté alimentaire

Outre le changement de personne, l’intitulé du ministère évolue également. Exit l’ « Alimentation », place à la « Souveraineté alimentaire ». Le nouveau ministère de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire marque un renforcement de la ligne adoptée par le gouvernement depuis la crise du Covid, et plus encore depuis la guerre en Ukraine, faisant de la production une priorité pour accroître l’indépendance alimentaire française et européenne.

« Ces défis stratégiques doivent ainsi être placés sous l’égide d’un « ministre de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire » avait déjà exprimé la FNSEA dans un communiqué diffusé quelques jours avant le remaniement. « Pour l’agriculture, c’est un changement de cap majeur » permettant selon le syndicat de substituer aux « mesures de court terme », « une ligne qui doit guider l’action du pays en matière environnementale ».

Il s’agit en effet d’intégrer pleinement l’agriculture dans la planification écologique, au cœur de la nouvelle politique d’Emmanuel Macron, qui sera une prérogative de la Première ministre Élisabeth Borne. Le nouveau ministère de l’Agriculture et de la Souveraineté devra donc composer avec les impératifs environnementaux.

Il est nécessaire selon Marc Fesneau d’ « assurer la production et en même temps d’œuvrer en direction de l’environnement ».

Revenu des agriculteurs et régulation des marchés

Comme l’a rappelé le ministre lors de ses premiers déplacements, la question des revenus des agriculteurs est à la base de la reconquête de la souveraineté. Cette dernière est impossible « si on n’arrive pas à ce que les agriculteurs vivent de leur métier » expliquait-il le 22 mai dernier, dans une exploitation du Loir-et-Cher. 

Autre cheval de bataille : la lutte contre les distorsions de concurrence, qui se jouent cette fois à l’échelle européenne. Il souhaite revoir les règles afin qu’il ne soit « pas plus facile de produire ailleurs ».

Pour ce faire, il est attendu sur une promesse faite par Emmanuel Macron durant sa présidence de l’Union européenne : la mise en place de clauses miroirs, visant à empêcher l’importation de produits non autorisés en Europe.

« Il faut qu’on repense aussi notre modèle économique, on a découvert qu’une grande partie de nos engrais étaient faits dans un pays en guerre », notait Marc Fesneau lors de son déplacement. La baisse de la dépendance vis-à-vis des autres pays, corollaire de la souveraineté, tout en maintenant la puissance exportatrice. 

Il faut pouvoir nourrir les pays qui ont besoin de matières premières, a-t-il rappelé, comme les pays du Sud tels que l’Egypte, l’Algérie, la Tunisie qui font face à des pénuries inquiétantes de blé notamment. 

Le nouveau gouvernement français nommé : de la continuité avec quelques surprises

Après la nomination d’Élisabeth Borne comme Première ministre lundi (16 mai), le reste du gouvernement a été nommé vendredi (20 mai), et se place plutôt dans la continuité par rapport aux gouvernements précédents.

Glyphosate, bien-être animal, chasse : ce qui gêne les écolos

De leur côté, les associations environnementales et les écologistes n’ont pas tardé à relever les actions passées du ministre. Samedi dernier (22 mais), à la marche annuelle contre les pesticides et l’agrochimie, le leader de la France Insoumise Jean-Luc Mélenchon a rappelé que, comme la nouvelle ministre de la Transition écologique (Amélie de Montchalin), Marc Fesneau a « rétabli l’usage du glyphosate ». 

Ce dernier a en effet voté contre l’amendement visant à interdire l’herbicide au parlement, préférant travailler sur « une mesure globale à l’échelle européenne » comme le rapportait la Nouvelle République en 2018.

Mais c’est surtout sur le terrain du bien-être animal que les voix s’élèvent. Comme pour le glyphosate, les associations rappellent que le député avait rejeté à l’époque différents amendements proposés par l’opposition visant à prohiber l’élevage en cage des poules et des lapins. De plus, Marc Fesneau est chasseur à l’arc revendiqué, et s’était opposé à la proposition de l’écologiste Yannick Jadot d’interdire la chasse les week-ends et les vacances scolaires.

« Nous sommes dans une société qui se supporte de moins en moins, notamment avec des groupuscules ultra-agissants qui combattent la chasse, une activité légale. Nous ne sommes pas dans le camp des antispécistes, mais des humanistes » avait-il tweeté le 22 mars dernier. Il avait auparavant taxé les végans de « fous dangereux » déclenchant l’ire des défenseurs de la cause animale.

« L’Europe est un bel horizon et une nécessité »

C’est peu dire que le nouveau Ministre a du pain sur la planche. Il devra reprendre les négociations en cours sur la politique agricole commune, porter la grande loi consacrée au renouvellement des générations d’agriculteurs.

Comme il l’a rappelé lors de ses déplacements, il fera du pouvoir d’achat une priorité. Un chèque alimentaire pour les plus précaires, annoncé par l’ex-gouvernement, devrait figurer dans une loi « dès cet été ».

« Nous l’attendons sur la concrétisation de dossiers cruciaux en cours : l’assurance récolte et le Varenne de l’eau, mais aussi sur une forte présence au niveau européen » insiste de son côté Christiane Lambert sur Twitter.

Son arrivée a enfin de quoi rassurer Bruxelles. Européiste convaincu, il assurait lors des dernières élections européennes que « L’Europe est un bel horizon et une nécessité ». Il participe aujourd’hui, mardi 24 mai à son premier Conseil de l’UE sous présidence française, un rôle central qu’il assumera jusqu’au 30 juin prochain. S’il ne démissionne pas avant. 

Candidat aux élections législatives, il ira en effet devant les électeurs au mois de juin comme les autres ministres dans sa situation. Et en cas de défaite, il devra quitter son poste, selon la règle édictée en 2007 par Nicolas Sarkozy. 

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