Au Burundi, l’agriculture se développe grâce aux bons pour fertilisants

Au Burundi, la distribution de bons pour l’achat d’engrais a permis d’accroître la production des petits agriculteurs, réduisant dans la foulée l’insécurité alimentaire.

Les donateurs internationaux et l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) ont lancé des « foires aux intrants » et des systèmes de bons pour donner aux agriculteurs les plus vulnérables et les plus pauvres accès à des semences, des fertilisants et des outils.

De tels systèmes sont promus par l’UE, qui a placé le soutien à la « résilience » dans l’agriculture et la sécurité alimentaire au cœur de ses projets en Afrique subsaharienne. Ils consistent à créer des liens avec des entreprises agricoles et à promouvoir l’accès aux financements tels que les systèmes d’assurance sur les récoltes.

Edenred est plus connue en Europe pour son système de bons alimentaires, mais l’entreprise française gère aussi des systèmes de bons agricoles en Afrique subsaharienne depuis quelques années. Au Burundi, le système Ticket Agri a été lancé en 2013 avec le soutien du gouvernement afin d’accroître la sécurité alimentaire grâce à l’utilisation d’engrais adaptés.

Un système nécessaire puisque le coût élevé des engrais limitait la production agricole. Les bons ont donc été distribués dans le cadre d’une subvention d’État pour les fertilisants.

Le système est assez simple : un bon permet d’acheter un sac d’engrais. Quatre ans et demi plus tard, 3,3 millions de bons ont été utilisés par plus de 300 000 agriculteurs au Burundi, l’un des plus fragiles et plus petits États d’Afrique de l’Est.

Encourager le marché des fertilisants a permis de rapidement accroître la production et les recettes des petits exploitants et de générer une hausse moyenne de 18 % des revenus des agriculteurs locaux.

Le système de bons a aussi agi comme un générateur de marché. Au début, les agriculteurs ne contribuaient qu’à hauteur de 25 % du prix, le gouvernement burundais se chargeant des 75 % restants. Cette subvention est maintenant de 25 % du prix et pourrait même être éliminée puisque le marché prospère et les agriculteurs peuvent se le permettre.

« Il n’y avait pas d’importations de fertilisants, alors nous avons essayé de ramener des importateurs. Et ça a créé un marché pour les commerçants », explique la chargée des programmes publics d’Edenred, Nolween Bertrand.

L’entreprise a mis en œuvre un programme pilote similaire dans la région du Kivu en République démocratique du Congo en 2015 et 2016 avec l’organisation nationale des fertilisants. Le système était géré numériquement, grâce à une carte que les commerçants pouvaient lire, utilisée par 3 500 bénéficiaires. Les projets au Mali et au Soudan du Sud ont quant à eux été stoppés par les guerres civiles.

Quel est l’avantage de tels systèmes par rapport à de la distribution d’argent liquide ? D’abord, ces bons ciblent des produits spécifiques et les communautés qui en ont le plus besoin. « Quand les commerçants demandent à être remboursés, nous savons qui en a profité – nous pouvons voir le cycle de vie des bons », assure Nolween Bertrand.

Par ailleurs, contrairement à la remise d’espèces, le système est beaucoup moins vulnérable à la fraude. Qu’ils soient numériques ou en papier, les bons ont beaucoup moins de chance d’être volés, car ils n’ont aucune valeur en dehors de l’écosystème.

Les donateurs apprécient aussi ces systèmes, car ils impliquent d’avoir une étroite relation avec le gouvernement en question, qui décide de comment l’argent est dépensé. Ils estiment aussi que ce sont des moyens fiables de réduire la pauvreté – amélioration des rendements, opportunité de développement pour les petits exploitants et hausse de leur propre investissement dans leur activité.

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