Fin de la pêche électrique et d’autres techniques de pêche contestées

Les Néerlandais n'ont pas obtenu gain de cause. [SHUTTERSTOCK/ZWERWER]

Le Parlement européen a approuvé à une large majorité les nouvelles règles de pêche dans les eaux européennes. L’utilisation controversée des courants électriques sera interdite en 2021.

Les débats se sont prolongé jusqu’au dernier moment, pour finalement durcir à la marche les conditions de la pêche en Europe. Parmi les nouveautés, des nouvelles restrictions sur certains matériels de pêche, une liste d’espèces de poissons ne pouvant pas être attrapés ainsi que des lignes directrices communes sur la manière dont les pêcheurs peuvent exercer, les lieux et les périodes.

Conformément au programme du « mieux légiférer » de la Commission, le principal objectif de la nouvelle loi est de simplifier toutes ces mesures techniques, autrefois incluses dans plus de 30 lois européennes différentes.

Même si la règlementation concerne un grand nombre d’activités de pêche, la pêche électrique s’est retrouvée en première ligne des négociations interinstitutionnelles, et a suscité un débat public passionné.

La pratique controversée du chalut à impulsions consiste à envoyer des courants électriques au-dessus du fond de la mer pour surprendre les poissons plats et les capturer ensuite dans des filets de pêche. En réalité, la pêche électrique avait officiellement été interdite en 1998, mais un système de dérogations mis en place en 2006 a permis de poursuivre la pratique.

Ses opposants soulignent qu’elle a des effets néfastes sur les œufs et les jeunes poissons et causent des dégâts sur la faune marine. Les défenseurs de la pêche électrique assurent pour leur part que cette technique est plus sure pour l’environnement que les chaluts à perche puisqu’elle permet de réduire les émissions de carbone en réduisant la consommation de combustibles.

La pêche électrique sera bannie de l'UE en 2021

Parlement européen et  États membres se sont accordés sur de nouvelles règles pour la pêche. Dont l’interdiction des engins à impulsion électrique à partir de mi-2021.

Lobbying

Pendant les négociations, une coalition d’ONG et d’associations de pêche menée par le groupe français Bloom a fait campagne contre le chalut à impulsions, parfois de manière très agressive. L’association française a salué le vote en déclarant que cela montrait que David pouvait combattre Goliath, car Bloom « fait face à une industrie particulièrement puissante et influente, avec des pratiques dignes de la mafia à tous les niveaux du processus décisionnel européen », selon une note publiée après le vote.

Bloom n’était toutefois pas seul dans sa bataille. L’association était soutenue par des petits pêcheurs et des ONG françaises, mais aussi par des gros distributeurs français et l’industrie hôtelière de luxe.

Bloom demande maintenant le remboursement de 21,5 millions d’euros de subventions accordées à la pêche électrique et souhaite également une compensation pour les pêcheurs artisanaux français, victimes de la concurrence des navires néerlandais de pêche électrique.

« Je n’ai pas aimé le lobbying de Bloom car il a perturbé les négociations en divulguant des informations qui, à ce stade, auraient dû rester sur la table des négociations », critique l’eurodéputé italien Marco Affronte, rapporteur fictif pour les Verts sur le dossier.

Au final, tout le monde s’est concentré sur la pêche électrique, alors que cette activité est très limitée dans l’espace et que le règlement s’applique beaucoup plus largement et implique d’autres méthodes de prise. La faute à la campagne de l’ONG, mais aussi aux eurodéputés, convient-il.

Selon l’eurodéputé, davantage aurait pu être fait sur l’article 4 sur les cibles, qui étaient mesurables en termes quantitatifs et qui ont ensuite été diluées.

« Le bon point et ce pour quoi j’ai voté en faveur est que nous avons désormais un cadre applicable à tous les pêcheurs, ce qui crée une égalité des chances dans le secteur comparé à la situation actuelle », conclu-t-il.

Dernière tentative des Pays-Bas

La veille du vote, un filet de pêche utilisé par les navires de pêche électrique a été tendu devant le Parlement européen pendant qu’à l’intérieur, le chanteur néerlandais Geke van der Sloot entonnait une chanson intitulée « Chant des pêcheurs », composée pour l’occasion.

Selon les paroles, cette interdiction de la pêche électrique s’explique principalement par de la jalousie, puisque les pêcheurs néerlandais sont enviés car les meilleurs au monde.

Les deux manifestations faisaient partie de la dernière tentative infructueuse de trois eurodéputés néerlandais – Peter van Dalen, Annie Schreijer-Pierick et Jan Huitema – d’empêcher l’interdiction du chalut à impulsions.

Les navires néerlandais pratiquent la pêche électrique depuis 2011 à grande échelle et une recherche menée par l’institut Wageningen Economic Research a mis en lumière les coûts socio-économiques d’une interdiction totale de la pêche électrique pour les pêcheries néerlandaises. L’étude souligne que l’interdiction débouchera sur des pertes économiques considérables pour chaque navire, impactant ainsi tout le secteur.

Selon VisNed, l’organisation nationale des pêcheries néerlandaises, l’interdiction de la pêche électrique met en péril plus de 80 entreprises familiales.

« Les revers écologiques et financiers sont énormes, mais nous nous inquiétons aussi beaucoup de la démotivation concernant la volonté d’innover et d’investir dans la collaboration scientifique », fait remarquer le directeur de VisNed, Pim Visser.

Après l’accord institutionnel de février, un porte-parole néerlandais a déclaré à Euractiv.com que même si l’interdiction était maintenant définitive, la possibilité de revoir le règlement montrait que la science importait toujours dans le processus décisionnel de l’UE.

 

 

 

 

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