Le secteur agricole peine à reconnaître la place des femmes

Les femmes ont une place importante dans l'agriculture, malgré le manque de reconnaissance. [Lauras Eye/Flickr]

Pour faire renaître les zones rurales européennes, le Parlement européen plaide pour une vraie reconnaissance du travail féminin.

Dans un nouveau rapport, Femmes et leurs rôles dans les zones rurales, les commissions parlementaires sur l’agriculture (AGRI) et les femmes (FEMM) appellent à une meilleure promotion du rôle des femmes dans le secteur agricole.

Face à la multiplication des difficultés, de l’urbanisation galopante du vieillissement de la population, la Politique agricole commune (PAC) post-2020 devrait se reposer sur les rôles multiples des femmes pour exploiter tout le potentiel des zones rurales.

« Je suis heureuse que le rapport sur le rôle des femmes dans l’agriculture ait été adopté par la grande majorité des membres des commissions AGRI et FEMM. Ce rapport souligne le rôle multifonctionnel des femmes dans les zones rurales, qui sont à la fois mères, ménagères, travailleuses, éducatrices, gestionnaires de l’exploitation familiale et gardiennes des cultures et traditions », s’est félicité Marijana Petir, eurodéputée (PPE) du Parti paysan croate.

Les membres des deux commissions ont estimé qu’une nouvelle approche devait être adoptée pour le développement des zones rurales, et que les autorités nationales et locales devraient fournir aux habitants de ces zones, et particulièrement aux femmes, les services et infrastructures nécessaires à une « vie équilibrée », afin d’endiguer l’exode rural.

Un travail « invisible »

Les eurodéputés font remarquer que les femmes contribuent énormément au secteur agricole. En 2014, les femmes ont effectué 35 % du temps de travail total du secteur, occupant 53,8 % des emplois à mi-temps et 30,8 % des temps pleins. Pourtant, seuls 30 % des exploitations sont gérées par des femmes.

« Le travail effectué par les épouses et autres membres féminins de la famille dans les fermes est souvent indispensable, alors qu’il constitue souvent un ‘travail invisible’, à cause de l’absence de statut professionnel qui mènerait à de la reconnaissance et à la possibilité pour ces femmes de bénéficier des services sociaux », révèle l’étude, qui note que ces femmes passent donc souvent à côté de certains de leurs droits, comme les congés maladie ou de maternité, ou leur indépendance financière.

« Le rapport fournit des solutions pour l’amélioration des conditions de vie et de travail dans les zones rurales, surtout en ce qui concerne la protection sociale et les droits [des femmes], afin d’assurer l’équilibre précieux entre vie familiale et vie professionnelle », a poursuivi Marijana Petir, ajoutant qu’à ce jour aucun État membre n’avait établi de sous-programme thématique pour les femmes en milieu rural, prévu par le fonds agricole européen.

« Ce rapport invite donc les États à utiliser et mettre en marche ces sous-programmes, qui peuvent avoir un rôle important en termes de création d’emplois et d’indépendance des femmes dans ces zones », insiste-t-elle.

Le concept de multifonctionnalité

La multifonctionnalité est identifiée dans le rapport comme un concept clé pour un développement rural dans lequel les femmes prendront toute leur place. Les eurodéputés estiment en effet que la production agricole pourrait être complétée par des activités économiques, sociales, culturelles et environnementales dans les zones rurales, créant ainsi de l’emploi pour les femmes.

« Le tourisme rural, qui inclut la vente de biens et services dans la campagne via des entreprises familiales et coopératives, est un secteur à faible risque qui génère de l’emploi, permet de combiner vie familiale et personnelle et vie professionnelle et encourage les populations locales, et surtout les femmes, à rester dans les zones rurales », lit-on dans le document.

Hogan: « Il est crucial d'encourager les agricultrices dans les pays en développement »

Dossier spécial. Le commissaire à l’agriculture, Phil Hogan, explique à EURACTIV comment l’UE et les pays en développement pourraient améliorer la sécurité alimentaire dans le monde grâce à l’innovation et à l’agriculture durable. 

Willemien Koning-Hoeve, présidente du comité européen des agricultrices, s’est réjouie de l’adoption du rapport. « [Les femmes] promeuvent souvent des activités additionnelles dans les exploitations, comme l’agritourisme et sont des moteurs d’innovation », a-t-elle déclaré, ajoutant que pour maximiser leur potentiel, les conditions actuelles doivent être améliorées.

« Elles doivent avoir un meilleur accès aux prêts et à l’éducation et pouvoir bénéficier d’un traitement égal à celui des hommes […] et elles doivent surtout être mieux représentées dans les organismes décisionnels », conclut-elle.

Plus d'information

Subscribe to our newsletters

Subscribe