Néonicotinoïdes : les ONG environnementales ont boycotté leur rentrée

Les néonicotinoïdes sont accusés de s'attaquer au système nerveux des abeilles. [EPA-EFE]

Lors de sa réunion de rentrée, mardi 1er septembre, le Conseil national de la transition écologique a abordé la question de la réintroduction des néonicotinoïdes. Une thématique qui attise les mécontentements en France mais aussi outre-Rhin.

Dire qu’il a fait sa rentrée en ordre dispersé serait un euphémisme. Le Conseil national de la transition écologique (CNTE), qui s’est tenu mardi 1er septembre en présence de Barbara Pompili, récemment nommée ministre de la Transition écologique et solidaire, a vu ses rangs considérablement réduits. Pourtant les thématiques à aborder étaient nombreuses.

La cinquantaine de membres que composent le CNTE devaient plancher notamment sur les propositions de la Convention citoyenne pour le climat. C’est finalement un autre sujet, autrement moins vert, qui était sous le feu des projecteurs : la réautorisation des insecticides néonicotinoïdes, dits « tueurs d’abeille ». Pour plusieurs associations de défense de l’environnement, la coupe est pleine. La Ligue de protection des oiseaux, France Nature Environnement (FNE), et Les Amis de la terre, entre autres, ont décidé de boycotter la réunion.

« Rétropédalage surréaliste »

Annoncée début août par le ministre de l’Agriculture et de l’alimentation Julien Denormandie, la réintroduction des néonicotinoïdes a fait l’effet d’une bombe. Dans un entretien pour Libération, Allain Bougrain-Dubourg, président de la Ligue de protection des oiseaux, dénonce un « rétropédalage surréaliste », ajouté à un « millefeuille d’agressions contre la nature et de régressions ».

Pour rappel, le 1er septembre 2018, cinq insecticides néonicotinoïdes sont officiellement interdits. Une grande victoire pour les associations de défense de l’environnement et les députés qui ont porté la loi biodiversité. Parmi eux, l’actuelle ministre de la Transition écologique, Barbara Pompili, alors secrétaire d’État chargée de la biodiversité.

« Cette interdiction a placé notre pays comme précurseur sur la protection des pollinisateurs », se targuait alors le ministère de l’Agriculture dans un communiqué. Deux ans plus tard, le gouvernement entend sauver la filière de la betterave-sucrière en réintroduisant les néonicotonoïdes.

Un secteur économique en crise

Il s’agit d’« une crise inédite, dans un contexte où il n’existe pas aujourd’hui d’alternative », a souligné Julien Denormandie jeudi 6 août, lors d’une réunion avec les représentants de la filière sucrière. Empêtrés depuis plusieurs mois dans une crise qui n’en finit pas, les producteurs de betteraves appellent à l’aide. En cause : des pucerons verts, vecteurs de la jaunisse, qui infestent les plantations de betterave, avec une perte de rendements allant de 30 à 50 %.

« Pour certains exploitants, cette année est un désastre économique, avec des pertes de l’ordre de 1300 euros par hectare », martèle gravement Nicolas Rialland, directeur des affaires publiques de la Confédération générale des planteurs de betteraves (CGB), lors d’un entretien pour Euractiv France. Le représentant du syndicat betteravier souligne l’impasse dans laquelle se trouve la filière betterave : « Les produits actuellement autorisés pour lutter contre les pucerons ne se sont malheureusement pas montré efficaces en 2020. Les agriculteurs se considèrent sans solution. Si certains réduisent leur parcelle, d’autres risquent de mettre la clé sous la porte. C’est tout une filière qui est aujourd’hui en péril. »

La culture de la betterave est un secteur clé de l’économie française. Elle concerne 46 000 emplois, soit 25 000 agriculteurs et 21 sucreries. Pour conserver sa place de premier producteur européen de sucre, le gouvernement français n’hésite pas à revenir sur la loi biodiversité de 2016.

Dans son plan de soutien à la fillière betterave-sucre, le ministère de l’Agriculture a annoncé « une modification législative cet automne », pour accorder « dans des conditions strictement encadrées » une « dérogation de 120 jours au moment des semis » sur les semences enrobées de ces insecticides. Ces dérogations, accordées jusqu’au 1er juillet 2023, ne seront que temporaires rappelle Nicolas Rialland : « On espère trouver une solution, qui nous éviterait d’utiliser ces insecticides, d’ici trois à cinq ans. Mais en attendant, nous n’avons tout simplement pas d’autre choix. »

Les néonicotinoïdes risquent de revenir par la petite porte en Europe

Malgré leur interdiction depuis avril 2018, des autorisations en cas d’urgence pour les néonicotinoïdes peuvent être demandées par les Etats membres à l’EFSA. Une faille que dénoncent les ONG.

L’Allemagne, engagée contre les insecticides « tueurs d’abeille »

Ce retour en force des néonicotinoïdes fait grincer des dents outre-Rhin. En Allemagne, la lutte contre ces molécules accusées de perturber le sens de l’orientation, la mémoire et le mode de reproduction des abeilles est engagée depuis près de 11 ans. Dans son état des lieux des interdictions des néonicotinoïdes en Europe, l’Union national de l’apiculture rappelle que dès 2009 « l’Allemagne avait adopté des mesures restrictives contre les traitements de semences de céréales à paille » à l’aide de certains types de néonicotinoïdes. En 2015, face à l’importation de graines traitées aux substances néonicotinoïdes à l’étranger, les restrictions se durcissent. Un texte est adopté, interdisant formellement « la mise sur le marché, les importations et les semis ».

Face à la décision française de réintroduire les néonicotinoïdes, Martin Häusling, porte-parole des Verts pour la politique agricole au Parlement européen et membre de la commission de l’environnement, n’a pas mâché ses mots. Dans une lettre adressée au vice-président de la Commission, Franz Timmermanns, le député écologiste demande à la Commission de stopper les ambitions françaises : « Les néonicotinoïdes sont extrêmement nocifs, leur utilisation n’est pas interdite sans raison. La France ne doit pas pouvoir s’en tirer à bon compte avec sa demande de les utiliser à nouveau par le biais d’une « autorisation d’urgence. »

Selon l’article 53 du règlement européen n°1107/2009, les États membre peuvent obtenir « en raison d’un danger qui ne peut être maîtrisé par d’autres moyens raisonnables » des dérogations sur l’utilisation de ces insecticides. Le porte-parole des Verts exige de la part de la Commission une plus grande fermeté : « La pratique scandaleuse de certains États membres, consistant à utiliser des néonicotinoïdes malgré l’interdiction de l’UE par le biais d’autorisations dites d’urgence, doit cesser immédiatement. »

Le projet de loi sur la dérogation pour les néonicotinoïdes sera présenté jeudi 3 septembre en Conseil des ministres.

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