La nouvelle proposition de budget de l’UE ravive le débat sur la PAC

Alors que la Commission doit présenter sa proposition de cadre financier pluriannuel (CFP) le 29 avril prochain, le secteur agroalimentaire s’oppose à toute nouvelle réduction budgétaire de la politique agricole commune (PAC) post-2020.

Le budget de l’UE pour la période 2021-2027 nourrit des attentes élevées, notamment en ce qui concerne le principal programme de subventions à l’agriculture, la PAC, largement amputée dans les propositions de CFP présentées depuis un an et demi.

Dans sa première offre, en 2018, la Commission suggérait d’opérer des coupes sombres dans le budget du développement rural, le « second pilier » de la PAC, qui aurait été 28 % moins important que le fonds précédent. Le premier pilier, celui des paiements directs aux agriculteurs, aurait subi une baisse de 11 %.

La dernière proposition de budget à long terme, soumise en février par le président du Conseil européen, Charles Michel, rognait au total cinq milliards d’euros supplémentaires sur le budget de la PAC.

En signe de protestation, de nombreux agriculteurs sont venus parquer leurs tracteurs à proximité du Parc du Cinquantenaire, dans le quartier du Conseil européen à Bruxelles, avant l’arrivée des leaders de l’UE.

Alors que l’UE revoyait le CFP, plusieurs acteurs du secteur agroalimentaire ont estimé que le moment était venu de s’ériger contre cette réduction des dépenses agricoles de l’UE. D’autant plus que la crise a mis en lumière le rôle clé de la chaîne d’approvisionnement alimentaire dans la lutte contre le COVID-19.

Lundi 20 avril, la Copa-Cocega, l’association européenne des agriculteurs, a adressé une lettre à la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, l’appelant à allouer un budget important et adéquat à la PAC, au moins équivalent au montant fixé dans le CFP actuel.

L’organisation demande à la Commission de considérer l’agriculture comme un secteur prioritaire dans le plan de relance économique et d’autoriser en parallèle l’application de mesures de soutien financier des agriculteurs ne dépendant pas du budget de la PAC.

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Le Conseil européen des jeunes agriculteurs (CEJA), de son côté, invite l’exécutif européen à « sortir des sentiers battus ».

« Si [la PAC] est reconnue comme [un investissement] stratégique, comme le prouve [la situation actuelle] partout en Europe, alors cela doit mieux se refléter dans les priorités budgétaires du prochain CFP », affirme le président du CEJA, Jannes Maes. Et d’ajouter que les jeunes agriculteurs attendent un financement de la PAC en adéquation avec les grandes ambitions de notre siècle.

Lors d’une audition de Janusz Wojciechowski, le commissaire européen chargé des questions agricoles, plusieurs membres de la commission de l’agriculture du Parlement européen ont exprimé leurs inquiétudes concernant les potentielles réductions de la PAC.

L’eurodéputé socialiste de longue date, Paolo De Castro, se montre quant à lui plus optimiste. Depuis le début de la crise, a-t-il expliqué à Euractiv, le risque de coupes n’existait plus, parce que l’UE comptait renflouer le budget à long terme, considéré comme « un outil crucial pour faire face à cette pandémie dramatique ».

Les États membres préconisent également d’éviter les réductions dans le secteur agricole. En amont de la dernière réunion du Conseil européen, le Premier ministre espagnol, Pedro Sanchez, a publié une note libre très bien accueillie dans laquelle il encourage à maintenir les subventions de la politique de cohésion et de la PAC.

D’après le document, il est essentiel de veiller à ce que la PAC soutienne suffisamment les agriculteurs pour qu’ils puissent s’adapter à la demande croissante. La crise a en effet prouvé que l’agriculture européenne jouait un rôle clé dans la stabilité, l’autosuffisance et l’autonomie géopolitique du continent.

Pour Yves Madre, ancien conseiller chargé de la réforme de la PAC et cofondateur du groupe de réflexion Farm Europe, il serait judicieux de fixer le montant de la politique agricole à une somme au moins équivalente à celle du budget 2014-2020.

« Il semblerait toutefois que certains [membres] de la Commission s’imaginent que tout ce qu’ils avaient planifié avant la crise [sanitaire] resterait d’actualité dès que [celle-ci] serait passée », a-t-il déclaré à Euractiv.

« En outre, je ne pense pas que l’UE puisse se permettre [d’imposer] des exigences qui induiraient une décroissance de l’agriculture européenne », a-t-il averti, en ajoutant que cela n’était pas synonyme d’un manque d’ambition en matière de développement durable.

Selon Yves Madre, il faut rejeter les idées proposées lors des pourparlers sur la stratégie « De la ferme à la table » ou sur la Stratégie de l’UE en faveur de la biodiversité — notamment celle selon laquelle la législation en matière de développement durable freinerait la croissance économique.

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