Les agriculteurs bio plaident pour une PAC plus durable

Les agriculteurs bio veulent être plus encadrés par la PAC. [Cascadian Farm/ Flickr]

La fédération européenne des mouvements d’agriculture biologique a demandé à Bruxelles de mettre l’accent sur la qualité de la production agricole et non pas sur sa compétitivité, lors de la prochaine PAC.

Selon les agriculteurs biologiques, le caractère durable du secteur agroalimentaire doit être au centre des efforts de l’UE si elle veut atteindre les objectifs pour le développement durable (ODD)..

Ils estiment en effet que l’actuelle Politique agricole commune (PAC) est trop orientée sur la compétitivité du secteur, ce qui a boosté les exportations, mais qui a aussi sapé les efforts liés à la sécurité alimentaire ou à la lutte contre le changement climatique.

Dans un papier d’orientation sur la PAC post-2020 envoyé le 19 janvier au commissaire en charge de l’agriculture et du développement rural, Phil Hogan, les agriculteurs bio soulignent que moins de 30 % des dépenses de l’UE ont été employées pour des mesures environnementales et que les investissements écologiques représentent seulement 1,5 %.

Le papier met l’accent sur « l’exode massif » des agriculteurs dû à la volatilité du marché et à l’impact de l’agriculture industrielle intensive sur l’utilisation des sols et le changement climatique.

« Les prochaines réformes de la PAC doivent lancer un nouvel accord entre les agriculteurs et les citoyens qui renforcera les performances environnementales et sociaux-économiques du secteur agroalimentaire », peut-on lire dans la lettre, qui insiste sur le fait qu’un nouveau modèle de paiements devrait être établi en fonction des résultats agroécologiques.

>> Lire : La Commission prend son temps sur le nouveau règlement bio

Argent public pour biens publics

Les agriculteurs bio ont notamment insisté sur le fait que les biens publics agricoles (agrobiodiversité, eau potable, sols stables, bien-être des animaux, paysages durables, viabilité des zones rurales, etc.) devraient être reconnus par les marchés. Ils appellent donc la Commission à adopter un nouveau modèle de versements aux agriculteurs, sur cette base.

Ils estiment que de plus en plus de consommateurs européens seraient prêts à payer pour des aliments produits de façon plus durable et plus qualitative, mais que malheureusement, les agriculteurs pratiquant ce genre de production sont encore minoritaires.

« En mettant en œuvre pleinement le principe d’argent public pour des biens publics, des bases plus solides peuvent être créées pour la production alimentaire de grande qualité et l’Europe peut commencer à abandonner son approche actuelle consistant à produire de la nourriture pas chère pour les marchés mondiaux », explique le mouvement.

>> Lire : L’agriculture bio pourrait bien nourrir la planète

Un seul pilier

IFOAM UE considère que pour que ce processus devienne réalité, la PAC post-2020 devrait être progressivement structurée en fonction d’un seul pilier, dans lequel le paiement des biens publics devrait représenter 80 % du total des dépenses européennes et des mesures de soutien.

Cet unique pilier devrait fournir un « cadre pour les paiements de biens publics », qui encourage et récompense les agriculteurs proposant une série de services environnementaux et socio-économiques au niveau de leur exploitation », et celui-ci devrait être financé par l’UE à 100 %.

Par ailleurs, IFOAM UE suggère que la nouvelle PAC contienne des mesures de soutien complémentaires cofinancées par les États membres et couvrant des sujets comme les conseils en matière agricole, les investissements en infrastructure, l’innovation, les paiements à l’agriculture biologique et les activités promotionnelles.

Travailler avec la nature

Dans une interview récente avec EURACTIV, le directeur des politiques de IFOAM UE, Eric Gall a souligné que l’agriculture était la colonne vertébrale de l’agenda des ODD, qui ne sera réalisé que si le système alimentaire dans son ensemble est transformé.

« Nous avons besoin d’une transformation et de nous diriger vers une production agricole qui travaille en harmonie avec la nature et promet la capacité naturelle des sols, des plantes et des animaux, ce qui rend les fermes plus résistantes », a observé Eric Gall.

Il a ajouté que si les coûts environnementaux, sociaux, et sur la santé publique de l’agriculture étaient mieux reflétés dans les versements des agriculteurs et dans les prix des aliments, alors les fermiers et les travailleurs le long de la chaine de valeur pourraient être plus justement rémunérés.

« C’est un changement urgent puisque 70 % du milliard de personnes souffrant actuellement de la faim sont des petits producteurs », a commenté Eric Gall.

L’UE peut contribuer à cela avec une nouvelle approche de la PAC capable de soutenir un développement durable basé sur des paiements holistiques pour les agriculteurs et sur la priorisation des services environnementaux et socio-économiques souvent cachés que les agriculteurs fournissent, a-t-il ajouté.

« Changer l’orientation de la PAC permettra d’aider les agriculteurs dont les pratiques sont orientées vers la durabilité socio-économique et environnementale de leur propre exploitation, de leur région et des citoyens. Finalement, ce serait une victoire pour les contribuables et pour les citoyens », a-t-il conclu.

Les agriculteurs sont une « force motrice »

Lors de la semaine verte internationale de Berlin, le commissaire européen en charge de l’agriculture, Phil Hogan, a souligné que les agriculteurs devaient être en première ligne de la lutte contre le réchauffement de la planète et de la promotion du développement durable.

Selon le commissaire irlandais, les citoyens et les décideurs politiques devraient accepter le fait que maintenir de hauts standards de qualité et de sécurité alimentaire ne peut pas être associé à plus d’efforts des agriculteurs pour l’environnement, « sauf si nous encourageons spécifiquement les agriculteurs à ce sujet ».

« Qui est mieux placé que les agriculteurs pour améliorer la préservation des sols et de l’eau ? Qui est mieux placé qu’eux pour créer des systèmes véritablement durables de la production alimentaire ? » , a demandé Phil Hogan.

>> Lire : Nouvelle ère pour l’agriculture bio en France

  • D'ici fin 2017 : La Commission européenne publiera une communication sur l'avenir de la PAC.

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