PAC : les naturalistes rappellent les enjeux pour la biodiversité

Cinq organisations représentant 2 500 naturalistes demandent au Parlement européen d’arrêter l’intensification des pratiques agricoles dans le cadre de la réforme de la PAC. Un article de notre partenaire le  Journal de l’environnement.

Si les chiffres sont connus, les naturalistes européens se sont fait un devoir de les rappeler aux eurodéputés, en plein débat sur la future Politique agricole commune (PAC) post-2021. L’agriculture intensive a entraîné le déclin de 55 % des populations d’oiseaux européens en milieu agricole entre 1980 et 2015. Les populations d’insectes se sont effondrées de 76 % entre 1989 et 2016. « La PAC a conduit à une intensification des pratiques agricoles, une homogénéisation des paysages, une augmentation des pesticides et des fréquences de fauche, l’expansion de l’irrigation et la destruction des pâturages », résument les cinq organisations scientifiques, dont l’Union européenne des ornithologues et la Fondation européenne des mammifères.

Échec du verdissement

Dans une lettre ouverte adressée le 5 novembre aux eurodéputés, les naturalistes rappellent que le verdissement opéré depuis 2014 n’est pas parvenu à enrayer la crise écologique. En partie parce que les négociations ont été monopolisées par les représentants du secteur agricole au détriment des environnementalistes : commission agriculture du Parlement européen et ministres de l’Agriculture au sein du Conseil. Résultat : les mesures environnementales du premier pilier —mal contrôlées — se sont avérées insuffisantes pour conserver et restaurer la biodiversité.

Éviter un nouveau désastre

Largement dénoncé, cet échec écologique risque pourtant de se répéter. Comme la Cour des comptes européenne l’avait déjà dénoncé, dans son analyse de la proposition de PAC post-2020 en novembre 2018, les associations naturalistes affirment que le texte actuel « n’envisage pas une véritable réforme de la PAC et risque même de réduire ses ambitions ». Pour enrayer la crise écologique, elles avancent une solution qui ne tient pas du miracle, mais de « mesures ciblées au profit des petites exploitations pratiquant une agriculture responsable pour maintenir des terres à haute valeur écologique ». « Des aides financières spécifiques pour la biodiversité dans les exploitations peuvent faire du pâturage extensif une option viable et compétitive pour les agriculteurs », écrivent-elles au Parlement européen.

Le monde agricole manifeste contre la future PAC devant le Parlement européen

Des centaines d’agriculteurs prévoient de manifester ce mardi 22 octobre devant le parlement européen. Ils exigent des changements fondamentaux dans la proposition de la nouvelle politique agricole commune (PAC) et la mise en place d’une prime d’hectare pour l’agriculture.

« Green deal » plutôt que  « greenwashing »

« Les preuves scientifiques parlent d’elles-mêmes. L’agriculture intensive tue la nature. Si la PAC n’est pas fondamentalement réformée en faveur de la nature, les promesses d’un Green Deal européen pour la biodiversité et le climat resteront lettre morte », alerte Harriet Bradley, responsable de la politique agricole européenne à BirdLife Europe.

Alors que le débat autour de la PAC post-2021 se focalise actuellement sur le montant du budget (amputé de la contribution britannique), plusieurs organisations avancent leurs propositions alternatives. Dans un rapport publié le 23 octobre, France Stratégie préconise notamment de revoir le fonctionnement des aides directes pour les attribuer selon le nombre d’emplois par exploitation et non plus le nombre d’hectares. Une autre façon de barrer la route à l’agriculture intensive.

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